MATHIAS ET LES HONGROIS
rieures, ne signait même pas les pièces qu'on lui présentait : de là, d'extraordinaires lenteurs et les progrès du mécontentement général.
Les Hongrois avaient mis comme condition à leur soumission la paix avec les Turcs, et le traité de Vienne n'avait aucune valeur tant que celui de Sistva n'était pas ratifié. Par un raisonnement analogue à celui de Rodolphe, ils voulaient que la Turquie fût forte pour que leur souverain respectât leurs libertés. L'ambition de Mathias s'entendit facilement avec leur mauvaise humeur. Au mois de novembre 1607, éclata une nouvelle révolte des Haïdouques. Elle n'était pas très redoutable, et, dès le mois de janvier, le commissaire impérial signait avec eux une trêve qui présageait un arrangement. Mais le prétexte parut bon à Mathias, d'autant plus que l'accord signé avec les archiducs le 25 mars 1606 donnait à sa prise d'armes une apparence de légalité.
Il impone de le constater dès le début, la masse de la population ne prit aucune part au mouvement; l'ensemble de la noblesse même se montra assez tiède, les diètes dans lesquelles l'insurrection fut résolue, étaient fort peu nombreuses; le mouvement n'eut rien de national et de spontané, rien qui rappelle, par exemple, le commencement des guerres hussites ou la révolution d'Angleterre. La révolte se préparait sans doute depuis longtemps et les événements antérieurs la rendaient inévitable : les causes immédiates de la rupture cependant furent, non pas l'indignation universelle, mais l'ambition hâtive de Mathias et le calcul de quelques chefs protestants qui jugèrent le moment favorable pour assurer le triomphe de leurs idées politiques et religieuses. Leur alliance avec Mathias n'était que la coalition temporaire d'intérêts et de passions opposés, et ils n'avaient pour lui pas plus d'affection que pour son frère. Ils étaient persuadés en général que leur foi serait menacée tant que les Habsbourgs conserveraient quelque autorité, et ils voulaient ou renverser la dynastie ou du moins « rogner les ongles » à leur souverain et lui interdire