‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 190 sur 239 · PAIX DE LIBEN · texte numérisé non relu

PAIX DE LIBEN

étaient plus habitués à donner des exemples qu'à en recevoir, leur orgueil s'inspirait d'un sentiment très respectable et très légitime, la volonté de maintenir l'unité du royaume et de ne pas laisser rompre les liens qui unissaient dans un seul État tous les fils d'une même race. Et que leur proposait-on en récompense du sacrifice qu'on réclamait d'eux? La substitution d'un Habsbourg à un autre Habsbourg. — Si du moins on eût déchiré le pacte fatal conclu avec Ferdinand I"! Le plan d'Henri IV et d'Anhalt étaitde briser en plusieurs tronçons la monarchie des Habsbourgs, et les principaux seigneurs tchèques s'y étaient ralliés. Bien moins loyaux, bien plus hardis que Ziérotyn, ils ne voulaient de révolution que radicale et la solution bâtarde qu'on leur proposait ne leur souriait pas. L'ambassadeur français Bongars mettait en garde contre Mathias les Protestants d'Allemagne, et sa haine était clairvoyante. Un jour qu'il avait besoin d'un subside extraordinaire, Mathias confirmait leurs privilèges, et ce n'était pas un serment punique ou français, ajoutait-il, mais un serment germain et bohème (non fide gallica, non punica, sed germanica et bohemica); à l'user, il se trouva que la foi germaine ne valait pas mieux que la foi française ; ceux qui l'avaient porté au trône s'aperçurent vite qu'ils n'avaient rien gagné au change. Les Bohèmes crurent plus sage de faire l'économie d'une révolution inutile : ils restèrent fidèles à leur souverain, en essayant de tirer parti de ses embarras pour corriger les abus qui s'étaient introduits dans le gouvernement et obtenir la reconnaissance de leurs libertés politiques et religieuses. Toutes les tentations échouèrent devant leur volonté fermement arrêtée.

Mathias avait espéré entraîner les Tchèques, il n'avait pas la prétention de les soumettre par la force; des négociations s'ouvrirent à Doubets entre les États bohèmes et les députés moraves et autrichiens. La paix de Liben laissa à Mathias la Hongrie, l'Autriche et la Moravie; à son frère, la Bohême et la Silésie. Une clause assez obscure déclarait Mathias héritier élu du royaume de Bohême (juin 1608).

« Comme l'Empereur et son frère, le roi de Hongrie,

LIGUE DE CHTIERBOHOL 461

écrivait Villeroy en 1611, sont en leur courage aussi mal satisfaits l'un de l'autre que jamais, chacun butera à faire trébucher son compagnon tout à fait '.» — Ces paroles résument les dernières années du règne de Rodolphe. Mathias, moins encore par ambition que par une sorte de remords, ne jouissait pas tranquillement des fruits de sa révolte tant qu'il n'avait pas arraché à son frère ses dernières provinces; la crise dernière avait eu d'autre part un terrible retentissement sur la santé physique et morale de Rodolphe; il était en proie à de violents accès de fureur, et, dans cette intelligence obscurcie, il ne surnageait qu'un souvenir, son ancienne foi catholique, et une passion, la vengeance. Incapable désormais de suivre une idée ou de préparer un plan, il acceptait les plus dangereux expédients; et il s'aliéna rapidement par les plus folles extravagances ses rares partisans.

Le conflit, toujours ouvert entre les frères, était fort avantageux aux nobles, qui n'avaient en quelque sorte qu'à mettre aux enchères leur soumission. Avant de quitter la Bohême, les Autrichiens, les Moraves et les Hongrois avaient conclu entre eux la ligue de Chtierbohol, par laquelle ils s'étaient engagés à se prêter un appui mutuel, même contre le roi. En face de leur attitude, leur nouveau souverain n'avait eu qu'à s'incliner : en Hongrie, en Autriche, en Moravie, non seulement les pratiques nouvellement introduites sous le règne de Rodolphe étaient formellement condamnées, mais la monarchie renonçait à toutes les conquêtes lentement accomplies depuis Ferdinand P^; les institutions centrales étaient annihilées et l'autonomie absolue des provinces, garantie; le droit d'insurrection proclamé en cas de violation de la constitution ; — initiative et autorité suprême des diètes en matière législative, pouvoir exécutif confié aux délégués des États, indépendance absolue des tribunaux, sur tous les points débattus, la royauté cédait; elle n'était plus qu'un rouage inutile, maintenu par

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