LES TCHÈQUES FIDELES A RODOLPHE
nobles, les manœuvres de leurs chefs, les conciliabules où ils agitaient le projet de renverser Rodolphe ou même de chasser du trône les Habsbourgs. Henri IV, l'Électeur palatin, Christian d'Anhalt connaissaient ces desseins et les encourageaient.
L'hostilité des Protestants tchèques avait été contenue jusqu'alors par l'absence d'un chef reconnu de tous. Boudovets était un simple chevalier, sans grande fortune, et la majorité luthérienne, toujours hostile aux Frères, n'acceptait pas sa direction. Pierre Vouk de Rosenberg, fort riche, représentant de la première famille du pays, appartenait aussi à rUnité, et, s'il n'était pas absolument le fantoche aventureux et mystique que nous dépeignent les historiens, il n'était pas de taille à jouer les premiers rôles »: sa santé, plus que compromise, eût suffi à paralyser son action. Mathias de Thurn était trop nouvellement établi dans le royaume pour que sa juvénile ambition eût beaucoup de consistance et d'autorité.
Cette pénurie d'hommes contribua sans doute encore, ku dernier moment, à retenir les États dans une certaine irrésolution qui, en dernier lieu, servit le souverain légitime. Mais leur inaction eut des causes plus profondes. — L'insurrection leur était suspecte à bien des points de vue. Les réclamations autonomistes et presque séparatistes de la Moravie les froissaient dans leur patriostisme. Lorsque les nobles répondaient aux Hongrois « qu'ils ne se laissaient épouvanter par personne, que la crainte ne les déterminait pas à agir ^w, et qu'ils
1. M. Gindély dit que Vouk était « vain, frivole, avide d'une fausse gloriole, usé d'esprit et de corps, épuisé et radoteur » (p. 434). M. Rybitchka, dans le Tchasopis tch. M. 1880-81, en a appelé de ce jugement un peu sommaire. Depuis sa conversion à l'Unité, Vouk s'était fort amendé, il menait une vie presque ascétique, lisait assidûment la parole de Dieu, communiait; il avait toujours un crâne sur sa table et avait fondé une sorte de confrérie dont les membres portaient au cou une petite tôte de mort. Il y avait malgré tout dans sa piété quelque chose d'excessif et de détraqué. Il avait personnellement à se plaindre de la conduite de Rodolphe et surtout de ses ministres;— le premier chambellan, Philippe Lang, fort influent, était un vulgaire fripon, et à côté de lui, Jérôme Makovsky et Gaspard Routchky ne valaient pas mieux. — La colère, l'esprit de secte, l'espoir de jouer un rôle^ jetèrent Vouk dans les bras d*Anhalt, dont le secrétaire, Hock, acquit un grand ascendant sur cet esprit fantasque et mobile.
2, Chloumetsky, p. 439.