Skala, I. p
pour détourner le roi de toute faiblesse, et, jusqu'au dernier moment, ils avaient cru au succès; rien ne justifie mieux la conduite des Réformés que l'acharnement des chefs de la faction romaine.
L'archevêque de Prague et les Jésuites avaient auprès du roi des serviteurs dévoués, Martinits, Slavata, Zdéniek de Lobkovits surtout, « qui avait fait de la chancellerie une sacristie * ». Toutes les raisons politiques glissaient sur ces hommes qui opposaient aux considérations mondaines Tinflexibilité de leurs convictions. — Rodolphe avait conservé au milieu de ses égarements une foi profonde, et les arguments que lui donnaient les plus ardents de ses ministres n'étaient pas sans valeur.
La force des États, lui disaient-ils, n'égalait pas leur insolence, et c'était vrai. — Le peuple accueillit avec joie la Lettre de Majesté, mais il ne désirait pas la guerre, plus avide de repos que de liberté. Dans les villes, bien qu'elles eussent été les principales victimes de l'arbitraire royal, la Couronne possédait une très grande influence, et leurs magistrats maintinrent longtemps les habitants dans une sorte de neutralité; en cas d'insurrection, les bourgeois n'auraient suivi les seigneurs qu'avec une extrême répugnance ; au moment décisif, on répandit le bruit que les Défenseurs refusaient d'accepter un compromis qui émanait de la cour : aussitôt une vive émotion se manifesta à Prague, et, du jour au lendemain, les Directeurs devinrent fort impopulaires. — L'union des Luthériens et des Picards était-elle aussi bien solide et résisterait-elle à de longues délibérations et à des intrigues bien conduites? En dehors même des dissidences religieuses, les États étaient divisés en groupes très divers. La majorité ne songeait pas à se séparer de Rodolphe, mais, parmi les chefs les plus importants, les uns voulaient appeler au trône Mathias; d'autres, en communion plus intime avec Christian d'Anhalt et l'Union Évangélique, pensaient à élire un prince étranger.