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Leur candidat avait été longtemps l'Électeur de Saxe; le séjour à Prague de ce prince, goinfre et ivrogne, les avait refroidis : mais, à son défaut, les concurrents ne manqueraient pas. Ces rivalités, n'était-il pas possible de les faire tourner au triomphe du Catholicisme? On commençait à apercevoir dans les diètes l'action des causes qui aboutirent en Pologne au liberum veto et aux confédérations : si tous les nobles votaient, la voix d'un pauvre chevalier ne pesait pas autant que celle du seigneur qui jetait dans la balance ses immenses richesses et ses milliers de sujets; les votes devaient ainsi être précédés de véritables négociations, souvent fort difficiles : avec un peu d'habileté et de suite, n'arrêterait-on pas cette machine compliquée?
Pendant plusieurs mois, les fanatiques du conseil réussirent à tenir en échec la majorité des États; ils prétendaient l'amener à se contenter d'une déclaration purement verbale, comptaient sur une réédition de iSyS. Une guerre ouverte, si la diète s'y décidait, ne les effrayait pas outre mesure» L'ambassadeur d'Espagne, Zuniga, lorsqu'il s'unissait à Lobkovits contre les modérés, faisait sans doute miroiter aux yeux de Rodolphe Téventualité d'une alliance effective de l'Espagne; en Allemagne, le parti catholique s'agitait et des préparatifs militaires se poursuivaient plus ou moins ouvertement dans les états voisins. Prague était envahie par des troupes d'aventuriers turbulents et suspects, et l'archiduc Léopold guettait une revanche du récent échec qu'il avait subi à Passau. Les milices tumultueuses et indisciplinées des seigneurs tchèques ne barreraient pas la route aux bandes wallones et espagnoles, et la conquête de la Bohême serait le commencement d'une guerre d'extermination contre l'hérésie. Que le plan ne fût pas purement chimérique, on le vit bien quelque dix ans plus tard.
Lobkovits et ses amis étaient résolus à jouer leur va-tout. Us s'accrochaient au roi, le ramenaient en arrière chaque fois qu'il faisait mine de céder, rouvraient les questions déjà vidées, revenaient sur les promesses accordées. Les Protestants avaient déjà prouvé que leur résolution était
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définitive, ils avaient recouru à des mesures révolutionnaires, se réunissant à Prague et tenant leurs assemblées en dépit des ordres de TEmpereur, envoyant des ambassadeurs aux puissances étrangères, ordonnant* des levées de troupes et constituant un gouvernement insurrectionnel : les Ultras n'en montraient aucune émotipn. Ils provoquaient à dessein leurs adversaires, les poussaient à bout de partipris, comme lorsque, sous les yeux des États stupéfaits plus encore qu'indignés, ils renouvelaient le décret aux termes duquel tous les membres des conseils de Prague, tous les chefs de corporations et les professeurs de l'Université étaient tenus de suivre la procession du Saint- Sacrement '.
Au dernier moment, des conseils plus modérés prévalurent. Ce fut probablement un malheur pour la Bohême, et, puisque aussi bien un conflit sanglant était inévitable, les pronostics eussent été plus favorables pour les révoltés en 1609 qu'en 1618. Les conditions de la politique européenne leur étaient propices et Henri IV, qui préparait depuis si longtemps son plan de campagne contre les Habsbourgs, n'eût pas assisté à la défaite des Tchèques avec la même indifférence que les ministres du jeune roi Louis XIII. La rivalité de l'Empereur et de Mathias pouvait facilement être exploitée par les rebelles. Enfin, il y avait souveraine imprudence pour les Catholiques à jouer une partie décisive avec un chef tel que Rodolphe. Tous c«ux dont le fanatisme n'aveuglait pas la raison jugèrent qu'il valait mieux laisser passer l'orage et se réserver pour une meilleure occasion.
Les Catholiques d'ailleurs n'étaient pas tous dominés par les mêmes passions que Martinits ou Slavata, et beaucoup, plus dévots à la patrie qu'à l'Église, éprouvaient un serrement de cœur à la pensée des maux que déchaînerait une guerre civile. Vouk de Rosenberg écrivait à un de ses parents catholiques : « nous sommes tous chrétiens et tous