FERDINAND DE STYRIE
L'archiduc Maximilien prit chaudement en main la cause de Ferdinand et obtint la renonciation d'Albert. Les embarras surgirent du côté où on les prévoyait le moins. La branche espagnole ne voulut pas laisser prescrire ses vieilles revendications et Philippe III crut le moment venu de réunir sur sa tête tous les domaines des Habsbourgs. Il descendait d'une fille de Maximilien II, Anne, et ses droits étaient supérieurs, disait-il, à ceux de Ferdinand, dont le père était le troisième fils de Ferdinand I^^ Les arguments de Philippe III étaient sans aucune valeur; — les constitutions et les coutumes des royaumes qu'il songeait à annexer à l'Espagne ne permettent aucun doute sur ce point ; — Tidée de soumettre à un même prince la Hongrie et l'Fspagne, l'Amérique et la Bohême, l'Italie et l'Autriche était absurde, et le succès du plan de Philippe était impossible ; son ambition n'en était pas moins fort intempestive, et ce n'était pas trop de l'union de tous les Catholiques pour enlever la nomination de Ferdinand. Pendant plusieurs années, ces rivalités entravèrent toute action énergique. Les Protestants s'en réjouissaient, et Khlesl et Mathias ne s'en lamentaient pas outre mesure.
La cour de Madrid ouvrit cependant les yeux à l'évidence. L'ambassadeur de Philippe à Prague, Zuniga, l'avertissait des conséquences déplorables de son attitude. Ferdinand de son côté, peu versé dans le droit constitutionnel tchèque et hongrois et dont la volonté était assez flottante, toutes les fois qu'il ne s'agissait pas d'affaires religieuses, ne demandait pas mieux que d'acheter même assez cher la renonciation de son concurrent. Son principal conseiller, Eggenberg, à la discrétion de l'Espagne, signa le traité secret du 3i janvier 1617 : par cette convention, aussi inutile qu'onéreuse, Philippe renonçait à ses droits imaginaires et recevait en échange l'Alsace; de plus, Ferdinand,
parties de cette œuvre, elle reste un des monuments de l'historiographie contemporaine, et, en particulier, tout ce qui est relatif aux relations des Habsbourgs et des puissances étrangères est traite avec un luxe de renseignements et une précision qui ne laissent place qu'à Tadmiration.
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une fois élu Empereur, disposerait en sa faveur de tous les fiefs vacants en Italie. Cet accord enlevait du moins à Khlesl tout prétexte pour de nouveaux retards. Dès 1616, il avait donné sa parole à Maximilien et avait promis sur son salut éternel que Ferdinand serait roi de Bohême avant la Noël. Noël se passa, les semaines et les mois s'écoulaient et aucun effet ne suivait ces engagements. Maximilien, exaspéré, lui déclarait « qu'il aurait à se repentir » de tous ces retards; il eut même l'idée d'un coup d'État, songeait à le faire enlever ou emprisonner; le cardinal, — Khlesl avait reçu le chapeau en 1616, — n'en avait cure. Après le traité de janvier 161 7, Zuniga joignit ses instances à celles de Maximilien, et le cardinal promit de nouveau de hâter la solution désirée. Les événements cette fois le forcèrent à tenir sa parole. Mathias tomba gravement malade, et l'on craignit pour sa vie. Les Catholiques redoublèrent alors leurs instances, et le cardinal, un peu inquiet de la responsabilité qu'il encourait, se résigna. On expédia sans perdre une heure les lettres-patentes qui convoquaient une diète pour le 5 juin 161 7, et lorsque l'Empereur entra en convalescence, il était trop tard pour revenir en arrière.
Les P^tats accepteraient-ils le candidat qu'on leur proposait? — A première vue, rien n'était moins vraisemblable. Les seigneurs arrivaient fort mal disposés. Mathias violait ouvertement ses serments, en leur demandant de reconnaître son successeur, et le choix du prétendant n'était pas de nature à calmer leur ressentiment.
Ferdinand était né à Gratz en 1578; il avait donc alors environ quarante ans. C'était un petit homme, bedonnant, avec un gros nez, les yeux faibles, les cheveux rares, d'un blond roux. Il portait les cheveux et la barbiche à l'espagnole, ce qui ne détruisait pas l'expression générale de la physionomie, qui était celle d'un bon homme, sans grand esprit. Il avait en lui toutes les qualités d'un excellent curé de village, enjoué, bienveillant, avec une conscience courte, beaucoup de timidité et de scrupules. Ce souverain, dont le règne est un des plus sanglants de l'histoire, n'avait pas