LA DIÈTE DE PRAGUE
radministration, en général entre les mains de patriotes éprouvés; aucune force militaire étrangère; comme séjour de la diète, Prague, « hors de laquelle il n'y a pas de salut * ». — Jamais une constituante n'a eu devant elle un terrain d'action moins embarrassé. Et que fit-elle? — Rien. Les moins clairvoyants eurent alors le sentiment de la fragilité de ce parti protestant, qui avait le pouvoir en mains et n'en savait pas user. Dès ce moment, Ziérotyn s'enferma dans une réserve absolue, s'écarta de la vie publique; ses derniers espoirs s'étaient dissipés : il s'était tourné tour à tour vers le roi et vers les nobles, et des deux côtés, il n'avait vu que haine et impuissance.
Le but principal de la diète était de rattacher par une étroite confédération les diverses provinces qui relevaient de Mathias et d'unir dans une ligue de défense les Protestants autrichiens, hongrois et bohèmes; son seul effet fut de mettre à nu les préjugés et les rivalités. Les Hongrois ne parurent pas à la diète ; les Autrichiens furent froissés par l'attitude des Tchèques, — dont la responsabilité revient peut-être en partie à la cour, qui joua habilement de la hauteur des uns et de la susceptibilité des autres. Dans les provinces mêmes du royaume de Saint- Venceslas, l'entente ne fut ni plus aisée ni plus cordiale : Moraves, Silésiens et Bohèmes se renvoyaient les reproches, s'accusaient d'usurpation, de tyrannie, de trahison. On arriva à grand'peine à élaborer un projet d'alliance défensive, fort incomplet et qui ne fut jamais qu'une ébauche.
Khlesl, à Prague comme à Linz, mena fort adroitement les négociations. Les Catholiques modérés suivaient docilement sa direction ; les Protestants n'étaient pas très unis : le ministre envenima les querelles, aigrit les blessures d'amour-propre. La lettre de Majesté avait surtout servi aux Frères, qui avaient triomphé avec quelque éclat ; ils avaient ouvert des églises à Prague, recruté d'assez nombreux prosélytes; les Luthériens s'en offensaient. Parmi les nobles,
i.Chloumctsky, p. 853.
FERDINAND DE STYRIE 5oi
tous n'étaient pas convaincus de l'impossibilité d'une enr tente sincère avec les Habsbourgs; le sentiment monarchique, si vivant encore de nos jours dans les populations bohèmes après tant de cruelles déceptions, le dévouement à la dynastie, véritable lien d'un état si hétérogène, avaient dès lors poussé dans les âmes de profondes racines; satisfaits de ce qu'ils possédaient déjà, beaucoup ne demandaient pas mieux que de faciliter une réconciliation sincère par quelque condescendance; la majorité se sépara de ses chefs sur la question des diètes provinciales,^ et ils quittèrent l'assemblée; après leur départ, les États votèrent des subsides considérables.
La déroute du parti protestant, bien que l'honneur en revînt en grande partie à l'évêque de Vienne, le servit moins que ses rivaux d'influence. C'était une fatalité de la situation que les modérés n'y avaient aucune place. La question de la succession de Mathias était toujours agitée. Il n'avait pas d'enfant, vieillissait rapidement : qu'arriverait-il s'il mourait avant d'avoir désigné son héritier? Il était fort à craindre que les États n'écartassent la famille des Habsbourgs. Ferdinand P*" avait bien amené la diète à reconnaître le principe de l'hérédité de la couronne; mais, depuis i547, les temps étaient changés: Mathias tenait son pouvoir d'une véritable élection, et il s'était engagé à' ne pas faire couronner son successeur de son vivant. Si même on admettait que les seigneurs reculeraient devant une mesure aussi radicale que la déchéance des Habsbourgs, comment useraient-ils de leur pouvoir pendant l'intérim, et quels dangers ne courrait pas la religion catholique !
Le candidat naturel à la succession de Mathias était Ferdinand de Styrie. Les frères du roi, Maximilien et Albert, n'étaient pas beaucoup moins âgés que lui, et ils n'avaient pas d'enfants ; il était inutile de remplacer un mourant par des malades, et urgent d'éviter des crises trop rapprochées '.
I. Les négociations relatives à la succession de Mathias ont été magistralement exposées par M. Gindcly, dans le premier chapitre de son Histoire de Trente Ans, Prague, 1869. Quelques réserves que comportent certaines