‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 216 sur 239 · LES ÉTATS DE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS DE

toute nouvelle réunion et menaça du poids de sa colère ceux qui n'obéiraient pas à ses ordres.

Avant de partir pour Vienne, l'Empereur avait constitué à Prague un conseil de gouvernement dans lequel siégeaient les chefs les plus détestés de la réaction catholique, et parmi eux, Martinits et Slavata; le parti réformé, très froissé de la lettre de Mathias, accusa ceux-ci, avec plus ou moins de bonne foi, de l'avoir rédigée, et leur impopularité s'en accrut. Bien que la chose paraisse invraisemblable, il est démontré aujourd'hui que la lettre avait bien été écrite à Vienne et qu'elle était l'œuvre de Khlesl. La cour avait été quelque peu enivrée par ses récents succès. Un groupe très puissant n'y redoutait pas un conflit; le premier ministre, cédant à l'entraînement général ou peut-être dans l'espérance de se concilier les bonnes grâces de Ferdinand, s'était prononcé cette fois pour les résolutions violentes : « Le rcffîScl fait place au lion », disait-il. Cette fermeté cependant ne se soutint pas longtemps. Les Défenseurs manifestèrent l'intention bien arrêtée de ne pas renoncer à la réunion convoquée pour le mois de mai : à mesure que leur opposition s'accentuait, Khlesl revenait en arrière, et, s'il ne cédait pas encore sur le fond du débat, son langage était beaucoup moins catégorique et les exhortations se substituaient aux menaces. Il était trop tard, et ce retour en arrière augmenta l'audace des Protestants.

Ils étaient fort irrités d'ailleurs à ce moment des tentatives de la cour pour séparer d'eux les bourgeois et faire revivre l'ancien Utraquisme. Il ne manquait pas à Prague, parmi les laïques ou les prêtres, de gens qui ne s'étaient ralliés que malgré eux à la confession évangéliquc et qui regrettaient l'ancienne religion nationale et ses pompeuses cérémonies; le secrétaire de la Chancellerie royale, Michna, réunit quelques-uns des mécontents et les décida à signer une pétition à l'Empereur, où ils demandaient la restauration des rites utraquistes. Un des complices, le curé de Saint-Nicolas, organisa une procession solennelle, et les conseillers qui y avaient pris part, reçurent les- félicitations

du Sous-Chambellan. Le mouvement eût pu devenir dangereux : les chefs révolutionnaires ne lui laissèrent pas !ç temps de se propager.

Les meneurs se réunirent à Prague le i8 mai et rédigèrent une sorte de proclamation qu'ils adressèrent aux curés de la ville et qui fut lue en chaire le dimanche suivant dans toutes les églises. — Le 21 mai, s'ouvrit l'assemblée protestante : en dépit des menaces et des efforts des gouverneurs, elle était plus nombreuse que la précédente; six villes y étaient représentées. Après des prières et des cantiques, on entendit la lecture d'une lettre du roi", conçue en termes très modérés, mais qui contestait la légalité de la réunion. Dans la séance du lendemain, les nobles décidèrent de se rendre auprès des gouverneurs pour leur apporter leur réponse. — Était-ceprudent?On parlait de complots, la garnison avait été renforcée; si on fermait les portes du château derrière les seigneurs et qu'on les retînt prisonniers! — On demanda aux gouverneurs la permission de paraître en armes. — Comment! s'écria le Grand Burgrave, on suppose que nous voulons arrêter notre cher beau-frère (Thurn) ; que le ciel nous en préserve. — Et il accorda sans difficulté l'autorisation qu'on lui demandait.

Thurn et ses amis étaient dès lors résolus à l'insurrection ; le moment leur paraissait enfin venu de mettre à exécution les plans qu'ils nourrissaient depuis longtemps et de renverser en Bohême la dynastie des Habsbourgs; pour cela, il fallait forcer la main aux États et fermer la route à toute tentative de réconciliation. Le 22 mai, dans un conciliabule tenu au palais d'Albert Smirzitsky, Venceslas de Roupa, Colonna de Fels et Thurn résolurent de mettre à mort leurs ennemis les plus détestés, entre autres, Martinits et Slavata. Le lendemain, le comte André Schlick prenait à part les envoyés de Slan. « Les jésuites, leur disait-il, veulent supprimer la Lettre de Majesté : avec l'aide de Dieu, nous ne le leur permettrons pas ; vous verrez et vous entendrez aujourd'hui des choses terribles, telles que ni vous ni vos ancêtres n'en avez jamais vues et entendues de pareilles et qui ne plairont pas

aux Catholiques ; les États veulent que la Lettre de Majesté soit maintenue entière, et ils traiteront comme ils le méritent ceux qui essayent de la détruire. Les Silésiens sont prêts, si besoin est, à nous défendre ». Quelques autres personnes avaient été mises dans la confidence du complot, Boudovets l'approuvait. Les projets des conspirateurs avaient transpiré ; la ville était pleine de rumeurs; les Juifs et les Catholiques fermaient leurs boutiques, la foule se pressait dans les rues, prête à une émeute et n'attendant qu'un signal pour se ruer sur les couvants et les maisons des Jésuites.

Le 23 mai 1618, vers les neuf heures, les seigneurs protestants traversèrent la ville pour se rendre au Château; ils étaient tous armés, la plupart accompagnés par des serviteurs. On leur ouvrit sans difficulté les portes des Hratchany et ils se réunirent d'abord dans la salle de la diète, pour y entendre la lecture de la protestation qui devait être remise aux gouverneurs; elle était très courte, rappelait en quelques lignes que les injustices auxquelles ils avaient été exposés avaient été la seule cause de leur réunion précédente; on avait noirci leurs intentions auprès du roi, on les accusait de conspiration; on avait voulu interdire leurs assemblées et on cherchait à les intimider en s'en prenant à quelques-uns d'entre eux : c'était fort inutile; ils étaient tous unis, et qui en attaquait un seul, les attaquait tous; ils étaient prêts à sacrifier leurs biens et leurs vies plutôt que de subir de pareilles injustices; l'adresse visait ensuite directement les gouverneurs : avaient-ils conseillé et approuvé les lettres royales, qui menaçaient les seigneurs réformés de la colère du souverain, s'ils persistaient à défendre leurs droits?

Les esprits étaient déjà fort excités, quand apparurent quelques bourgeois de la Vieille-Ville de Prague. Dans la Nouvelle-Ville, les Protestants, malgré l'opposition de quelques conseillers, avaient facilement enlevé la majorité, et la commune s'était prononcée pour les Seigneurs; mais dans la Vieille-Cité, la fermeté du bourgmestre et la tiédeur des magistrats avaient déjoué les plans des meneurs; désespé-

rant d'emporter le vote, ceux-ci avaient quitté la salle du conseil et étaient accourus au Château, où ils racontèrent que les conseillers retenaient en prison ceux qui voulaient défendre la liberté religieuse. Ce fut sous le coup de l'émotion provoquée par ces rumeurs que les seigneurs pénétrèrent dans la salle où les attendaient les gouverneurs *.

Le château de Prague n'avait pas alors le très grand développement que lui ont donné les constructions du xvii« et du xvni* siècle. Commencé par Charles IV sur les plans du Louvre, il avait été beaucoup embelli par Vladislas sous le règne duquel fut bâtie la chambre des États, qui, aujourd'hui encore, fait l'admiration de tous les voyageurs et est un des plus remarquables monuments de l'art de la Renaissance en Bohême. A côté de cette salle, diverses petites pièces servaient de bureaux, et, au-dessous de ces dernières, se trouvait une chambre, de moyenne grandeur, éclairée par trois fenêtres; c'était la chambre du conseil des gouverneurs. Les Hratchany, sur la rive gauche de la Vltava, s'élèvent sur une colline assez escarpée qui domine la ville, et les fenêtres de la chambre du conseil, d'où l'on jouit d'un merveilleux panorama, donnent sur un fossé très profond.

Des dix gouverneurs, quatre seulement étaient venus, le grand burgrave, Adam de Sternberg, le burgrave de Karlov- Tyn, Jaroslas de Martinits, le grand-juge, Guillaume de Slavata, et le grand-prieur de l'Ordre de Malte, Diépold de Lobkovits. Ils avaient tous été mystérieusement avertis des projets de Thurn, et la plupart d'entre eux avaient jugé prudent de se mettre à l'abri; le secrétaire royal, Michna, le véritable chef de la conspiration catholique, sans illusion sur les sentiments qu'il inspirait, s'était enfui; Martinits et Slavata n'avaient pas cru devoir tenir compte des avis qu'ils avaient reçus.

Après avoir entendu la lecture du mémorandum des seigneurs, les gouverneurs demandèrent qu'on leur en confiât

I. Skala, H, p. i23. — Sur la défenestration, cp. Skala, p. 126-134; et Slavata, 1, p. 81-94 et II, loo-i 14.

le texte pour qu'il leur fût possible de l'examiner^ plus à loisir; les Protestants consentirent, mais en insistant pour obtenir une réponse précise et immédiate. Le grand burgrave se retrancha derrière le secret professionnel : jamais on n'avait exigé d'un ministre du roi qu'il révélât ce qui se passait dans le conseil, et il n'était pas non plus d'usage de répondre sur le champ à une pétition. — C'est possible, répondit Thurn, mais peu importe ; nous voulons savoir qui est responsable de la lettre du Roi, et nous ne bougerons pas d'ici avant d'avoir obtenu satisfaction. — Nous ne sortirons pas, non, non, crièrent ses compagnons, en levant la main pour prendre Dieu à témoin de leur résolution. Le grand burgrave demanda au moins que l'on allât quérir le grandmaître du royaume, Adam de Waldstein, sans lequel il leur était impossible de prendre une décision. — A quoi bon, s'écria Guillaume l'aîné de Lobkovits; il est malade, je l'ai vu hier et il m'a assuré qu'il n'était pour rien dans la lettre. Les véritables coupables, les voilà, Slavata et Martinits, — et comme celui-ci essayait de se défendre : oui, continua Guillaume, ne s'est-il pas toujours opposé à la Lettre de Majesté? Comment maintenant ne chercherait-il pas à la détruire?

Divers seigneurs intervinrent alors dans la querelle, jetant à la face des deux gouverneurs les violences dont l'opinion les accusait contre leurs sujets; ils voulurent rectifier les faits : Silence, silence, leur criait-on ; tu n'es pas ce que tu prétends, nous savons ce que tu vaux et ce que tu as fait. André Schlick, « avec des larmes dans la voix, comme un fidèle et zélé défenseur de la religion », présenta une sorte de résumé des faits, rappela que Thurn, par une violation inouïe des privilèges du royaume, avait été dépossédé de la charge de burgrave de Karlov-Tyn : — Voilà pourtant votre œuvre, vauriens, valets de Jésuites, avec vos secrétaires et vos flatteurs : vous nous prenez pour de vieilles femmes; nous ne nous laisserons pas mener par le nez, nous sommes vos égaux. Tant que les anciens seigneurs, sages et honnêtes, ont gouverné le royaume, les choses

allaient bien, mais depuis que ces jésuites du diable se sont glissés dans les premières places, tout va sans dessus dessous.

Tout le monde criait à la fois : Vous désirez pour nous le royaume du ciel, mais nous n'envions pas votre enfer, disait un chevalier. — Quel est mon crime, demandait Thurn, pour être cite à comparaître devant le Tribunal du roi? On commence par moi, et puis on passera à d'autres. — Les esprits étaient arrives au degré d'exaltation nécessaire : Thurn, Fels et Lobkovits crurent le moment opportun pour obtenir de leurs amis la sentence qu'ils désiraient : pensez-vous, s'écria Fels d'une voix tonnante, que les deux accusés doivent être considérés comme les ennemis du bien public et punis comme tels? — Un grand silence se fit; au moment d'accomplir le crime, beaucoup reculèrent; ils songèrent sans doute à la guerre inévitable qui suivrait l'attentat, et plus d'un peut-être eut à cette heure décisive la vision des malheurs qu'il allait déchaîner sur le pays. Quelques instants plus tard, le grand burgravc, profitant du calme momentané et espérant apaiser complètement les mécontents, déclara que ni lui ni ses collègues n'étaient responsables de la lettre dans laquelle le roi avait interdit la réunion de l'assemblée protestante. On ne le crut pas, bien qu'il eût dit la vérité ; sa dénégation produisit cependant quelque impression et il sembla un moment que le danger était conjuré.

Thurn ne voulait pas qu'on lui arrachât ses victimes et il avait pris ses précautions. A la suite des négociations de 1609, Rodolphe avait accordé une amnistie pleine et entière pour tous les actes qui avaient précédé l'octroi de la Lettre de Majesté, et elle avait été contresignée par les hauts dignitaires catholiques, à l'exception dé Martinits et de Slavata qui s'y étaient obstinément refusés. Si jamais la Lettre de Majesté devait être violée, avait alors déclaré Boudovets, les Etats auraient le droit de supposer que ces deux seigneurs sont les coupables et rien ne les empêcherait de se défendre, à la vie, à la mort. — Paul de Rzitchan rappela les

paroles de Boudovets, et ajouta : Comme en réalité les États sont convaincus que les deux seigneurs ici-présents doivent être considérés comme les violateurs de la Lettre de Majesté, ils les déclarent leurs ennemis et les ennemis de la république. Est-ce votre avis? demanda-t-il à ceux qui l'entouraient. — Oui, oui, répondit-on de tous côtés. Quel dommage que nous n'ayons pas aussi le Long-, ajoutèrent quelques-uns; ils parlaient du Chancelier, qui était à Vienne avec Mathias.

Le sort était jeté; le grand burgrave et le grand prieur essayèrent de s'interposer, supplièrent les nobles de ne pas souiller leurs mains de sang, d'avoir pitié d'eux-mêmes et du royaume. Slavata et Martinits s'attachaient à eux, leur demandaient de ne pas les abandonner, Martinits était le gendre de Sternberg qui, assez populaire, essayait de l'arracher à ses ennemis : on enleva de force Sternberg ainsi que Diepold de Lobkovits et on les entraîna hors de la salle.

Maintenant, ces deux brigands-là qui restent, il faut les jeter en prison, dit quelqu'un qui voulait peut-être les sauver. — Par la fenêtre, par la fenêtre, crièrent les autres. Guillaume de Lobkovits se glissa derrière Martinits et lui saisit les mains, pendant que Thurn prenait Slavata, et ils cherchèrent à les entraîner vers la fenêtre. Ils se défendaient, résistaient de leur mieux. Au moins un confesseur, suppliait Martinits. — Attends un peu que nous t'amenions tes vauriens de jésuites! Fui répliqua-t-on. — Recommande ton âme à Dieu, disaient les autres. — Quelques nobles le tenaient à bras le corps : il était enveloppé de son manteau, l'épée au côté, la tête nue, on le jeta dans le fossé; c'était un saut de 28 toises. En tombant, on l'entendit crier : Jésus, Marie! — « Nobles seigneurs, voilà l'autre, » dit Thurn en leur passant Slavata. Slavata s'accrocha à la fenêtre; on le frappa avec la poignée d'une épée, il lâcha prise et roula dans l'abîme.

Le secrétaire^ Philippe Fabricius, qui avait assisté en tremblant à cette terrible scène, s'approcha alors du comte Schlick et implora sa protection. On voulut se venger sur

lui de Michna qu*on n'avait pas pu atteindre et on l'envoya rejoindre ses maîtres. Il arriva de fort méchante humeur, et, se tournant vers Martinits : Qu'ai-je donc fait à ces Messieurs pour qu'ils me jettent ainsi par la fenêtre? — Monsieur Fabrice, lui répondit Martinits, le moment est mal choisi pour discuter la question ou pour attendre la réponse des Protestants. Vous êtes le moins maltraité, levons-nous et tachons de porter secours à Slavata. — Par un hasard qui tenait du miracle, Martinits et le secrétaire n'avaient reçu dans leur chute que d'assez légères contusions; la situation de Slavata était plus grave. En tombant, il s'était blessé assez grièvement au rebord d'une fenêtre, puis avait roulé jusqu'au fond du fossé; il y gisait à demi évanoui, en grand danger d'être étouffé par le sang qui lui coulait par la bouche et par son manteau dont il ne parvenait pas à se débarrasser. Martinits se laissa glisser auprès de lui, lui fit respirer des sels, le ranima et l'exhorta à implorer la miséricorde de Dieu. Quelques seigneurs, en se penchant pour voir dans quel état se trouvaient les malheureux suppliciés, furent fort étonnés de voir qu'ils ne paraissaient pas en trop mauvaise posture. Ils appelèrent leurs serviteurs et leur ordonnèrent de tirer sur les gouverneurs. Plusieurs coups partirent, en effet, des fenêtres et des remparts, mais ne les atteignirent pas. Les domestiques du château accoururent en toute hâte, quelques amis se joignirent à eux et réussirent à les mettre à l'abri. Fabricius quitta aussitôt Prague et accourut à Vienne où il apporta des nouvelles détaillées de l'insurrection; il fut anobli et créé seigneur de la Haute-Chute; Martinits se sauva en Bavière ; Slavata, qui avait trouve asile dans le palais de la femme du Chancelier, Polixènc de Lobkovits, fut gardé dans une demi-captivité et réussit enfin à quitter la Bohême Tannée suivante.

Les Catholiques attribuèrent à un miracle le salut des gouverneurs ; une femme raconta qu'elle avait vu la Vierge Marie, revêtue d'un vêtement couleur de ciel, prendre Martinits et Slavata dans les plis de son manteau et les dé-

poser doucement à terre. Les Protestants donnèrent une explication plus naturelle : les condamnés étaient tombés sur un tas de débris; depuis plusieurs années, disent-ils, on jetait dans le fossé les papiers de la chancellerie, et la chute des gouverneurs fut amortie par le monceau de fumier qui s*était entassé là. Slavata nie absolument le fait, ce qui n'est pas une preuve décisive, car sa mémoire est évidemment sujette à d'assez graves défaillances, et, dans le cas particulier, il avait certainement le droit d*être quelque peu troublé. D'ailleurs, peu importe : tous les fumiers du monde, remarque Skala lui-même, n'eussent servi de rien sans la volonté divine, car il arrive souvent que dans une simple chute un honune, en tombant de sa hauteur, se casse la jambe ou se brise la tête '.

Parmi les seigneurs et dans l'ensemble du parti protestant, plus d'un fut ému de ce présage : Dieu passait-il dans le camp des Catholiques? La majorité du pays n'cprouva à la nouvelle du crime du 23 mai que terreur et indignation. Certes ils ne méritaient aucune sympathie, ces sectaires qui, au mépris des lois et de la Constitution, n'avaient pas cessé de poursuivre de leur haine les dissidents et dont le fanatisme impitoyable ne reculait pas devant une guerre civile et la ruine de la patrie pour assurer le triomphe de l'Église. Profondément imbus des doctrines intransigeantes répandues par les Jésuites, ils n'avaient jamais sincèrement accepté le principe de la liberté religieuse, et l'égalité des confessions, telle qu'elle ressortait de la Lettre de Majesté, leur inspirait une superstitieuse horreur. Traîtres à leur pays, indignes des hautes charges qu'ils occupaient, pour rétablir la domination de l'Église romaine, tous les moyens leur étaient bons, et aucune mesure ne leur semblait ni périlleuse ni cruelle.

Mais quels que fussent leurs espoirs, les violences dont ils venaient d'être victimes n'en étaient pas moins criminelles. Les conjurés avaient beau invoquer pour leur défense les

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