‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 217 sur 239 · Skala, p. x · texte numérisé non relu

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traditions du royaume et des villes de Prague, les souvenirs des Romains et d'autres peuples glorieux qui précipitaient aussi du haut des rochers les ennemis du bien public, ou rexemple de Jézabel, lapidée par les Juifs, leur conduite n'en était pas moins odieuse. Toutes les règles du droit écrit ou de l'équité avaient été odieusement foulées aux pieds ; les gouverneurs étaient frappés pour un acte dont ils n'étaient pas coupables, ils avaient été condamnés sans débat contradictoire; toutes les garanties protectrices de la défense avaient été violées contre eux, et leurs accusateurs, à la fois juges et parties, avaient été non pas, comme ils le prétendirent plus tard, les exécuteurs d'un jugement, mais de vulgaires assassins. Froidement prémédité et lâchement accompli, ce meurtre inaugurait la révolution de la façon la plus lamentable et semblait vouloir justifier d'avance la cruauté avec laquelle elle fut réprimée trois ou quatre ans plus tard '.

I. Il n'existe plus aujourd'hui le moindre doute sur la préméditation. Après réchcc de Tinsurrection, les chefs protestants essayèrent de représenter l'attentat comme une sorte de rixe et de dégager leur responsabilité. — Leurs allégations intéressées n'ont aucune valeur et sont absolument démenties par les faits; toute la scène est préparée, et les meneurs la conduisent du commencement à la hn. Ils ne sont pas le moins du monde emportés par un mouvement de colère, et il est plus faux encore qu'ils aient eu la main forcée par leurs compagnons; il ressort, au contraire, de l'étude attentive des incidents de cette dramatique matinée qu'ils n'entraînèrent pas la foule des comparses sans quelque difficulté; les dissidents détestaient les gouverneurs, mais en général ils ne désiraient pas une insurrection et répugnaient aux mesures extrêmes.

La défense de Slavata dans ses Mémoires contre les imputations de Thurn est très habile, et il me paraît évident qu'aucun tribunal ne l'aurait condamné. Il n'y a là rien de contradictoire avec ce que l'on connaît de son fanatisme; il s'appliquait à ne pas violer ouvertement les lois, convaincu que leur interprétation rigoureuse suffirait à préparer la restauration catholique. Ses ennemis en étaient donc réduits à lui intenter un procès de tendance, et son exécution fut une mesure de salut public, c'est-à-dire un crime.

Les responsabilités. — L'Europe en 1618 : le parti protestant en Allemagne et dans les états des Habsbourgs. — L'armée tchèque. — Les finances. Divîsioos politiques et religieuses. Fatigue universelle. Les paysans, r— Bataille de la Montagne- Blanche (8 novembre 1620); soumission de la Bohôme. — La domination des Habsbourgs.

Le 23 mai, dit Skala, fut le commencement et Torigine de tous les malheurs et de toutes les tristesses qui suivirent. — Thurn avait atteint son but; les États avaient brûlé leurs vaisseaux. Le jour de la défenestration, ils constituèrent un gouvernement provisoire composé de trente directeurs, ordonnèrent la levée d'une armée dont Thurn fut nommé général, envoyèrent des ambassadeurs aux princes allemands pour solliciter leurs secours, et aux diètes des autres provinces autrichiennes pour obtenir leur appui. L'archevêque, les jésuites et l'abbé de Brzevnov furent exilés, et tous ceux qui ne se soumettraient pas au nouveau gouvernement, déclarés ennemis publics.

Le coup d'État de Thurn et de ses complices n'était pas seulement un crime, mais encore une insigne maladresse et une détestable imprudence. Il était la dernière conséquence du déplorable régime qui livrait à une poignée de meneurs les destinées du pays, et la triste punition de l'équivoque qui, depuis de si longues années, couvrait du nom de liberté religieuse les ambitions oligarchiques des seigneurs. En face des projets de Ferdinand, le rôle des Protestants était tracé; leur devoir était de s'enfermer dans la constitution et d'y enfermer le roi. Les provocations de leurs adversaires leur avaient créé une admirable situation ; ils la compromirent en prenant brusquement l'offensive, en même temps que leur tentative d'assassinat détourna la pitié sur les hommes qui la méritaient le moins.

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Que notre juste sévérité pour les hommes qui déchaînèrent hâtivement la révolte ne nous entraîne pas cependant jusqu'à oublier les faits qui l'avaient précédée. A chacun ses responsabilités. Poursuivie avec diverses interruptions sous Rodolphe et Mathias, la réaction avait trouvé enfin dans Ferdinand de Styrie un souverain selon son cœur ; ses forces étaient prêtes, et elle comptait bien ne pas laisser échapper l'heure; avec plus de prudence et de perspicacité, les dissidents auraient gagné quelques années, mais non conjuré la crise. Les Jésuites voulaient réduire la Bohême au même sort que la Styrie : c'était la condition nécessaire de la croisade qu'ils pensaient ensuite ouvrir en Allemagne.

Les Protestants tchèques se trouvaient placés entre la révolution ou l'apostasie. Quand on cherche à faire le départ des culpabilités, cette considération domine tout le débat, et la solution à laquelle on arrive sur les points de détail devient presque indifférente : l'archevêque avait-il pour lui la lettre des traités quand il ordonnait de raser l'église de Hrobî Les griefs des hérétiques étaient-ils tous sérieux? — Peu importe. — En admettant que Slavata eût réfuté absolument l'apologie des États, — concesso^ non dato, comme il dit lui-même, — acceptait-il la liberté de conscience et l'égalité de l'erreur et de la vérité? — Personne n'oserait l'affirmer, et lui-même ne le prétend pas. Tout accord était donc impossible. On se heurtait à un de ces conflits de conscience qui n'ont d'autre issue que la guerre. Il n'est même pas juste de parler ici de révolte ; les Habsbourgs avaient délié leurs sujets de leur serment de fidélité en violant les conditions du contrat passé avec la nation. La seule question pour les dissidents était de mettre de leur côté les meilleures chances de succès, et leur intérêt eût été grand à attendre que le plan de leurs ennemis se fût développé plus ouvertement.

Les Catholiques avaient conscience de l'irréconciliable opposition de leurs volontés et des désirs des Réformés; aussi prévoyaient-ils une explosion, et même la désiraient-ils parce

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que les circonstances leur paraissaient favorables. Mais, dans leur camp comme dans celui des hérétiques, les incertains et les timides ne manquaient pas : Mathias, Khlesl surtout, eurent quelque effroi devant la perspective d'émotions et de travaux qui s'ouvrait devant eux ; les ministres espagnols accueillirent avec une appréhension évidente l'ouverture d'une crise dont ils prévoyaient la durée et les redoutables complications. Ces scrupules et ces lâchetés disparurent bientôt, emportés par la poussée furieuse des fanatiques. On raconte que, devant Prague, à la veille de la bataille décisive où fut tranché le sort de la Bohême, les principaux chefs de Tarmée impériale, réunis en conseil, délibéraient sur les résolutions qu'il convenait de prendre; quelques-uns des chefs s'opposaient à une attaque immédiate, et leurs objections troublaient les plus fermes courages, lorsqu'apparut tout à coup au milieu de l'assemblée un carme, Dominique de Jésus-Marie; il avait apporté au duc Maximilien de Bavière une épée bénie par le pape et il accompagnait l'expédition en qualité de chapelain général; il reprocha aux généraux leurs lâches inquiétudes, les invita à se reposer avec plus de confiance sur le bras de Dieu qui ne trahit pas ses fidèles ; pendant ce temps, des jésuites et d'autres moines parcouraient les rangs des troupes, les enivraient d'une pieuse ardeur : les cieux s'étaient ouverts, disaient-ils, et l'on avait vu la Vierge Marie elle-même lancer l'anathème sur les hérétiques. — L'intervention de Dominique au milieu de ces stratégistes timorés traduit d'une façon pittoresque la situation générale à cette époque. Depuis trois quarts de siècle, une Compagnie, répandue sur le monde entier et animée d'une conviction furibonde, prêchait la lutte contre l'hérésie ; elle avait pénétré de sa flamme les soldats et les chefs, et, maintenant, elle leur donnait le signal du combat sacré. Maximilien de Bavière, pressé de prendre part aux négociations ouvertes avec les Tchèques, refusa longtemps : sa conscience lui interdisait de se mêler à des pourparlers qui supposaient la possibilité d'une transaction avec les dissidents ; il n'accepta que sur la promesse formelle que dans

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