‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 219 sur 239 · SITUATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

SITUATION MILITAIRE

Dans le conciliabule où fut résolue la mort de Martinits et de Slavata, une discussion s'engagea entre Thurn et ses complices sur la manière dont on les frapperait; on s'arrêta à la défenestration, parce qu'un incident semblable avait marqué les débuts de la guerre hussite. Plus d'une fois, les souvenirs de la révolution du xv» siècle hantèrent ainsi les esprits des insurgés, et les triomphes de Zizka enflèrent ses indignes continuateurs d'une funeste outrecuidance : les périls dont avaient triomphé leurs ancêtres étaient autrement graves, songeaient-ils, puiscju'alors l'Allemagne entière était unie contre eux et que l'Église n'avait pas été affaiblie par le schisme qui lui avait arraché depuis la moitié de l'Europe. — Seulement, ces calculs trahissaient une complète inintelligence de la situation et des changements qui s'étaient produits depuis le xv* siècle. D'abord, et par cela même qu'elle était plus gravement menacée, l'Église apportait à la répression de l'hérésie une passion plus tenace et une politique plus habile. Puis, surtout, les Tchèques étaient les victimes du dangereux mirage qu'ont connu presque tous les peuples qui ont, à certains moments, remporté d'éclatants triomphes ; par un aveuglement analogue à celui qui a conduit la Prusse à léna après Frédéric II, ou la France à Sedan après Napoléon I«% ils avaient assisté sans s'en émouvoir à la substitution des armées mercenaires aux milices improvisées. La Bohême en était toujours au système des levées en masse, c'est-à-dire qu'elle n'avait ni soldats, ni cadres, ni chefs. Les premiers généraux qu'elle opposa aux troupes impériales, Fels, Boubna, Kaplirz de Soulevits, Thurn lui-même, n'avaient aucune instruction militaire théorique ou pratique; ils ne surent ni user de l'avantage que leur assurait au début le désarroi de l'ennemi, ni nourrir leurs hommes, ni les former et obtenir leur confiance ; quant aux soldats, recrutés dans la classe la plus ignorante et la plus misérable, ils n'avaient ni solidité ni bonne volonté. Comme tout esprit militaire avait disparu, ceux qui auraient dû partir au premier rang se retranchèrent derrière leurs privilèges, et les nobles se crurent quittes

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