‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 220 sur 239 · SITUATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

SITUATION MILITAIRE

envers la patrie en envoyant au régiment quelques-uns de leurs serfs; les bourgeois, amollis par une longue paix, imitèrent les seigneurs, et ceux qui ne parvinrent pas à se soustraire au service militaire, se regardèrent, non sans raison, comme des victimes de l'injustice, et apportèrent dans l'armée des rancunes toujours prêtes à la révolte. Plus dangereux à leurs officiers qu'aux ennemis, ils se battirent quelquefois avec courage, mais en général lâchèrent pied devant des adversaires mieux armés et mieux disciplinés. Comme toutes les troupes improvisées, ils étaient sujets à de brusques paniques, supportaient mal la fatigue et les privations, se débandaient au bout de quelques jours de marche. Après chacune de ses expéditions, l'armée revenait dFminuée des deux tiers de ses effectifs et complètement détruite, sans avoir soutenu de combats sanglants; il ne s'agissait pas seulement de renforts à lui envoyer, mais d'une création nouvelle, qui chaque fois présentait de plus lourdes difficultés.

Les Tchèques essayèrent d'entretenir, à leur tour, des armées mercenaires, et, pour suppléer à l'impéritie de leurs généraux, appelèrent des officiers étrangers. — D'au très embarras surgirent alors. Au contact des milices, les vertus militaires des mercenaires se corrompirent, et ils leur communiquèrent quelque chose de leurs exigences et de leur férocité. Les rébellions devinrent plus fréquentes ; à plusieurs reprises, dans les circonstances les plus critiques, les troupes se révoltèrent, abandonnèrent leurs drapeaux, et l'armée n'échappa souvent à un désastre que grâce aux temporisations extrêmes des Impériaux. Les chefs s'entendaient mal, se rejetaient réciproquement la responsabilité de fautes dont ils étaient tous également coupables. Les nationaux étaient jaloux des étrangers, parce que Frédéric V leur témoignait une préférence manifeste : s'ils avaient chassé les Habsbourgs, était-ce pour que les premières charges fussent occupées par les Allemands? Ils les soupçonnaient de connivence avec l'Empereur. Anhalt, Hohenlohe, furent ainsi successivement accusés de trahison, et il n'est guère douteux

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que leur conduite dans diverses circonstances est au moins singulièrement louche. La culpabilité de Mansfeld n'est plus guère contestée : l'Électeur de Bavière acheta fort cher son inaction, et pendant que le général de Frédéric campait tranquillement à Plzen, les Catholiques marchèrent sur Prague. Mansfeld a protesté de son innocence, et il reprit en effet les armes contre Ferdinand, — mais parce que les promesses qu'il avait reçues n'avaient pas été tenues, et alors que son intervention tardive ne pouvait rien changer aux événements.

Le nouveau roi, l'Électeur Palatin, Frédéric V, n'avait ni l'autorité et l'expérience, ni l'activité et l'énergie nécessaires pour remédier à cet état de choses.

La Diète l'avait choisi parce qu'elle espérait avoir en lui un instrument docile de ses volontés, et il accepta, en efifet, sans discussion les capitulations électorales qu'elle lui imposa et qui réduisaient à peu près à rien son pouvoir. Il se souciait moins de la réalité que de l'apparence de la souveraineté; sa vanité se repaissait de représentations et de cérémonies. Mais un roi de théâtre n'est aussi qu'un chef de parade. Aimable, jeune, bienveillant, courageux de ce courage banal qui s'expose aux hasards d'une bataille ou affronte même les ennuis d'une campagne, son ardeur n'avait pas de souffle ni sa vaillance de durée. Ignorant des hommes et des choses de Bohême, convaincu que, dans l'hypothèse la plus défavorable, ses domaines héréditaires ne seraient pas menacés, il courait l'aventure avec le sang- froid inattentif d'un joueur qui ne risque que la fortune d'un autre et il n'y apportait que le degré de sérieux qui convient à une entreprise où ne sont engagés ni l'honneur ni la vie. Assez intelligent pour voir le mal et quelquefois indiquer le remède, il se consolait de ne pas être écouté, et sa bonne volonté sceptique s'émoussait vite aux tiédeurs qui l'entouraient.

La principale cause du mécontentement de l'armée, de ses émeutes, de ses échecs, c'était l'irrégularité de la solde. Des soldats qui se battent pour l'indépendance nationale, font crédit à la patrie, mais des mercenaires! Ils ne rece-

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