‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 222 sur 239 · SITUATION FINANCIÈRE · texte numérisé non relu

SITUATION FINANCIÈRE

res. Depuis longtemps, Toligarchie n'avait pour programme que l'anarchie, et son ambition était d'échapper à toute autorité; elle réalisait son rêve dans ce conseil où siégeaient les seigneurs les plus distingués par leur naissance ou leur fortune : aussi s'occupaient-ils moins d'administrer que de protéger leurs amis contre toute administration. A un degré divers, tous les nobles avaient le même idéal. Sans aucune idée des nécessités de gouvernement, le triomphe des États ne signifiait pour eux que la faculté de vivre à leur guise sur leurs domaines, en secouant toutes les lois qui leur déplaisaient. Or, de tout temps, l'impôt a été une des plus désagréables atteintes à la liberté individuelle : il parut aux Seigneurs qu'une des premières conquêtes de la révolution devait consister dans leur affranchissement financier. Tout au plus, votèrent-ils des subsides dans les diètes, mais cet effort épuisa leur zèle, et ils s'ingénièrent ensuite à ne pas payer les sommes qu'ils avaient promises. Les villes, de leur côté, alléguèrent leur misère, vraie ou fausse, et les Directeurs furent aussitôt obligés de recourir aux ressources extraordinaires, confiscations, amendes, emprunts forcés, altération des monnaies.

Ils s'agitaient pour secouer l'indolence générale, lançaient proclamations sur proclamations. Quelques-unes ont fort grand air : ils rappelaient que tous « étaient tenus par Dieu, par leur conscience, par leur devoir, par le vote unanime des Étafset de la Constitution, de défendre les institutions, les droits et les libertés de la patrie, comme il convient à de fidèles Tchèques ». Malheureusement, depuis de longues années, pour la majorité des nobles, Dieu n'était qu'un instrument, la Constitution, un prétexte, et la patrie, un mot. Non pas qu'ils manquassent de courage, beaucoup donnèrent noblement leur vie à la Bohême, mais ils étaient incapables de lui sacrifier leurs rancunes, leurs plaisirs ou leur paresse. Leur excuse, leur condamnation aussi, c'est qu'ils ne comprenaient pas qu'il s'agissait d'une question de vie ou de mort ; ils étaient blasés sur les querelles avec les rois et se consolaient d'avance d'une défaite dont ils ne

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