SITUATION FINANCIÈRE
vaient ni argent ni vivres. La maraude achevait de ruiner l'armée; par les hivers rigoureux de ces régions, ils étaient vêtus de haillons. Les généraux et le gouvernement se renvoyaient la responsabilité de ces souffrances. Les Directeurs accusaient les officiers de ne pas distribuer les sommes qu'ils recevaient, et les officiers leur reprochaient de manquer à leurs engagements. Le pis est que les uns et les autres avaient raison. Les généraux, saisissant avidement l'occasion de bénéfices faciles autant qu'odieux, retenaient au passage une partie de l'argent, dressaient des états de présence notoirement faux; les gouverneurs envoyaient, très tard et à grand peine, la dixième partie de ce qui eût été nécessaire.
Dès le premier jour, ils avaient été aux abois ; rien n'a plus contribué à la défaite des Bohèmes que leur détresse financière. La guerre était déjà une question d'argent non moins que de soldats, et du moment où il devint évident qu'ils ne pourraient pas entretenir leur armée, leur défaite fut certaine. Comment expliquer cependant qu'un royaume aussi riche et dont la prospérité était encore très réelle, malgré les graves atteintes déjà subies par la fortune publique, ait été si rapidement désemparé? Les embarras financiers commencèrent avant même que les hostilités fussent ouvertes. — D'abord, les Catholiques se renfermèrent dans une expectative malveillante, ne payèrent pas les contributions, et non seulement les Catholiques, mais les indécis, les prudents. Puis, l'administration était encore toute primitive, la révolution plongea le pays dans une sorte de chaos, et les Insurgés furent parfaitement incapables de remplacer le gouvernement qu'ils avaient renversé. Ils n'en virent même pas la nécessité.
Les Directeurs continuèrent à gérer les affaires en commun, et un temps assez long s'écoula avant qu'ils sentissent le besoin de nommer un président. Lorsqu'ils y songèrent, ce fut exclusivement pour faciliter les relations avec les puissances étrangères, et Roupa, qu'ils choisirent, ne paraît pas avoir eu voix prépondérante dans les questions intérieu-