LA CHAMBRE ROYALE
pale : Georges de Gerstorf en particulier (i54o-i558) fut l'exécuteur docile de tous les ordres de la cour, et les diètes perdirent en fait le bénéfice de la révolution qui avait transformé en « charge du Pays » l'office de sous-chambellan.
Si l'on songe à ce qu'était la royauté à l'avènement de Ferdinand, on est véritablement stupéfait des progrès réalisés en quelques années. Usant avec une singulière finesse de la négligence et de la faiblesse des diètes, il avait créé une armée, des finances, une administration; les hauts fonctionnaires, qui jadis attiraient à eux l'autorité suprême et repoussaient dédaigneusement toute intervention du souverain, étaient annulés ou gagnés; le pouvoir du prince s'exerçait dans les domaines les plus divers, et ses agents faisaient pénétrer sa volonté dans les provinces les plus lointaines. Et cette transformation, qui était une véritable révolution, elle avait été conduite avec tant de ménagements et de réserves qu'elle n'avait provoqué ni révoltes ni émeutes, tout au plus quelques murmures. A peine la diète avaitelle présenté quelques observations sur la compétence judiciaire que s'attribuait la Chambre royale ou sur le choix des personnes qui la composaient. Ferdinand avait répondu d'abord ironiquement, par des allusions aux succès financiers du gouvernement précédent; puis, comme les seigneurs insistaient, il leur avait opposé une fin de non-recevoir hautaine : « Quant à nos revenus royaux, nous trouvons inconvenant que quelqu'un s'avise d'intervenir et veuille nous prescrire de quelle manière nous devons les administrer. » Les nobles n'avaient pas osé répliquer et, jusqu'en 1547, 1^^ textes ne nous ont conservé aucune trace de nouvelle velléité de résistance.
Un point surtout provoquait leurs murmures : parmi les membres de la Chambre, plusieurs étaient des étrangers, ce qui était certainement contraire à l'esprit, sinon à la lettre de la constitution. Mais toutes les représentations se brisaient devant la volonté du roi. Non seulement les doléances des Parlements à ce propos n'obtinrent pas satisfaction, mais, à chaque réorganisation de la Chambre, la pensée du
FONDATION DE l'uNITÉ AUTRICHIENNE 47
roi devient plus évidente : il veut exclure rélément national. Dès i53o, quelques-uns des nouveaux conseillers ne savent pas le tchèque, et Fallemand est dès lors la langue de l'administration financière. C'est que la Chambre bohème n était, dans l'intention de Ferdinand, que l'organe d'une institution centrale, la Chambre de Vienne, de laquelle devaient ressonir toutes les questions de finances et qui imprimerait aux chambres provinciales une direction commune. En même temps, en effet, qu'il travaillait à relever dans ses différents États le prestige de la Couronne, il s'efforçait de les rattacher plus étroitement entre eux, cherchait à transformer l'union personnelle en union réelle, voulait dégager de cette coalition fortuite et instable de royaumes autonomes un organisme politique. Par là, plus encore que par le hasard qui avait fait de lui le successeur de Louis Jagellon, Ferdinand mérite d'être appelé le fondateur de la monarchie autrichienne, et. Jusqu'à Marie-Thérèse, aucun de ses successeurs n'a eu une conscience aussi claire du but à atteindre.
Sans doute, les résultats seront longtemps encore discutés et médiocres. Au xvi* siècle Tidéc de l'État naît à peine : ses droits et ses attributions sont mal déterminés; les privilèges des villes, la puissance patrimoniale des seigneurs enferment dans d'étroites limites le pouvoir du monarque; il est probable que la souveraineté absolue revendiquée par les nobles sur leurs domaines était pour quelque chose dans rhostiiité de Ferdinand contre les diètes et dans son désir de briser ces coalitions de suzerains : ils lui sont moins odieux encore par le contrôle qu'ils réclament sur l'ensemble des affaires que parce qu'ils ne lui permettent pas de pénétrer jusqu'à la masse même de la population. Mais, sur ce point, ses prétentions sont trop contraires aux idées généralement acceptées, et tous ses efforts pour atteindre directement les sujets par delà les propriétaires restent vains ; l'autorité des nobles sur leurs hommes survivra longtemps même à l'influence des diètes. — Bien longtemps aussi après Ferdinand, la Bohême continue à former un royaume