MATHIAS L HERMITE
tous les coins de leurs ignobles vomissements; des paresseux qui recherchent les longs sommeils, les vêtements souples, les bains prolongés par lesquels ils préparent leur corps à rimpureté et à Tadultère; partout le désordre et la violence, les riches arrachant aux pauvres leur argent et leurs biens, leur enlevant les misérables vêtements qui les couvrent et le pain quotidien, pour assouvir leur soif de bien-être et de luxe. Dieu ne tolérera pas longtemps ces crimes. Repentez-vous, amendez-vous, car les temps sont proches '. »
Pour bien comprendre l'action de Mathias sur les esprits, il faut se rappeler que Prague était alors une commune démocratique et que le pouvoir appartenait aux assemblées populaires : aucun terrain n'aurait pu être plus favorable pour ces déclamations où l'enthousiasme mystique se mêlait de revendications socialistes et dans lesquelles résonnait comme un écho des révoltes taborites ; allait-on revenir au temps où, au commencement de la guerre hussite, le moine Jean établissait une sorte de despotisme démagogique et puritain? Mathias ne renfermait pas son activité dans les murs de la capitale, allait prêcher dans les villes voisines, mais revenait toujours, et les prêtres utraquistes n'osaient pas lui imposer silence ; il dédaignait leurs ordonnances et ils reculaient devant les mesures extrêmes qui eussent peutêtre abouti à une insurrection. La peste qui dévasta la Bohême en i52o accrut sa popularité; elle fit des milliers de victimes, trois cents prêtres ; beaucoup y virent l'accomplissement des prophéties de l'hermite, et, frappés d'épouvante, songèrent à se rapprocher de Dieu ; il montra un réel dévouement, apportant aux malades ses consolations et ses prières, indifférent au danger; sa charité était inépuisable; il n'avait pour vivre que des aumônes et partageait ce qu'il recevait avec les prisonniers et les pauvres. Sur quelques points il se rapprochait de la doctrine luthérienne, parlait avec respect ou sympathie du Réformateur