LES PREMIERS LUTHÉRIENS TCHEQUES
en Bohême, tu l'es en Saxe, lui disaient-ils ; veille et combats dans le Seigneur. » Dès ce moment, on commença dans quelques églises de Prague à prêcher la foi nouvelle : L'université de Wittenberg avait bien vite attiré un certain nombre d'étudiants tchèques, heureux d'être enfin relevés de l'ostracisme qui jusqu'alors les avait tenus éloignés des grands centres d'études étrangers : ils revenaient dans le royaume fort épris des doctrines du maître et devenaient les intermédiaires naturels entre la Bohême et la Saxe.
Parmi eux, un descendant d'une famille de chevaliers, d'origine silésienne, dont une branche s'était établie en Bohême vers le milieu du xv« siècle, Sobek de Kornitse Bourian, inspira quelque affection à Luther, traduisit plusieurs de ses écrits % et se consacra jusqu'à sa mort à la fusion des hérésies tchèque et allemande. Très énergique, doué de hautes qualités d'esprit, très sincère dans ses convictions, il donna une direction précise aux aspirations progressistes jusqu'alors assez flottantes et rattacha réellement au mouvement germanique tout le groupe des mécontents tchèques ^. Déjà la Bohême était en pleine fièvre : les églises retentissaient d'anathèmes et d'accusations réciproques ; les fidèles, comme le clergé, se divisaient en deux camps, les pamphlets répondaient aux satires et les rues résonnaient de chansons qui paraissaient toujours assez spirituelles si elles étaient assez violentes ; des discussions, on passait quelquefois aux coups, et la ville était pleine de ces rumeurs et de ces agitations qui précèdent toujours les grandes perturbations.
Le Consistoire se défendait : en 1 5 19, il avait condamné plusieurs anicles de foi soutenus par Miroch et ses amis, mais sa position était ambiguë, son autorité faible et son
1. Réponse de Luther à TEmpcrcur (iSii): De la liberté chrétienne; De réiection des véritables serviteurs de l'Eglise (iSaS), etc.
2. V. sur l'action de Bourian pendant les premières années, Bartoch p. 9 etsq.; sur les luttes provoquées par l'introduction des doctrines luthériennes, V. les Anciennes chroniques tchèques j p. 446, 449, 453, 455, 459, etc.
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courage médiocre; il sentait le terrain trembler sous ses pieds, et tout lui paraissait également dangereux, l'inaction qui favorisait les progrès de ses ennemis et une intervention qui risquait de déchaîner la tempête. Déjà les progressistes recrutaient hors de Prague d'assez nombreux adhérents et quelques seigneurs se prononçaient pour eux. L'administrateur, Mathieu Korambous, qui représentait dans toute son étroitesse TUtraquisme orthodoxe, dut céder la place à Chichmaneck, moins compromis dans la résistance, et les auxiliaires que lui donnèrent les États furent presque tous choisis parmi les ecclésiastiques plus ou moins favorables à Luther (i52o).
La poussée lente et continue des réformateurs tchèques était interrompue de temps à autre par l'arrivée de quelques aventuriers étrangers qui, ne connaissant pas la situation, essayaient de brusquer les choses et semaient Tinquiétude par leur exubérance. Le plus célèbre de tous ces turbulents apôtres fut Thomas MUnzer, le futur prophète des Anabaptistes. Il avait prêché d'abord à Zatets, et son éloquence intempérante avait attiré sur lui l'attention ; quelques nobles l'appelèrent dans la capitale. Partout où il passait, il laissait comme une traînée de fanatisme : à la suite de ses sermons, la foule enivrée se jetait sur les cloî* très, dévastait les églises, détruisant les images et brisant les statues. Excès qui avaient aussitôt pour effet d'écarter les timides et les hésitants.
Des lettres de Luther, qui arrivèrent bientôt après, réparèrent le mal. Elles avaient été apponées par un jeune homme intelligent, très alerte et qui devint un moment le chef du pani protestant bohème. Originaire de Zatets qui a fourni à la Réforme tant de martyrs et d'apôtres et qui avait toujours été une des forteresses du radicalisme, Gallus Cahéra sortait d'une pauvre famille : son père était boucher. Après avoir terminé ses études à l'Université de Prague, il avait reçu les Ordres et avait été appelé à l'importante cure de Litomierzitse. Besogneux, sans convictions, sans moralité, un de ses adversaires — et avec qui
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n'eut-il pas maille à partir dans sa carrière accidentée! — prétend qu'il avait l'âme de Claudius et les mœurs de Catilina, et le doyen de la faculté de philosophie nous dit que ce coq (Gallus) n'avait pour plumes que des perfidies et des fraudes '. Il commit de véritables escroqueries : en i526, un orfèvre l'accusa devant le recteur de l'Université de détenir des coupes d'argent qu'il ne voulait pas payer ; condamné, Cahéra ne tint aucun compte du jugement, enleva le registre officiel, détruisit l'arrêt et brava deux ans l'Université et la loi ^
Très avisé, le nez au vent, Cahéra flaira vite dans le Luthérianisme une mine à exploiter ; à Litomierzitse, il n'avait eu besoin que de quelques mois pour semer la discorde et la haine; ses paroissiens finirent par se réunir contre lui et le chassèrent honteusement de la ville; il se réfugia à Vittenberg et y séjourna quelques mois. Beau parleur, insinuant, recommandé par Bourian, il s'avança si bien dans les bonnes grâces de Luther, que celui-ci écrivit sur ses conseils la fameuse lettre aux Praguois, et fit de lui un chaleureux éloge. Il joua sihabilement de ses relations que, malgré sa jeunesse et les bruits fâcheux qui couraient sur son compte, à la mort de Chichmanek, les États, qui voulaient accentuer un peu leur politique, le nonmièrent Administrateur et curé du Tyn (i523). Il parut justifier sa rapide promotion par son ardeur; dans ses sermons, il attaquait avec une extrême vivacité la tradition catholique et exposait les doctrines nouvelles ; ses ennemis l'accusaient de rêver un schisme, au bout duquel il entrevoyait sa nornination par les États à l'archevêché de Prague : il avait assez d'ambition pour avoir conçu ce plan et assez d'entregent pour réussir, si la fortune ne se lassait pas de lui être propice.
On est trop souvent tenté de se représenter le Protestan-