‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 39 sur 239 · PROTESTANTS ET UTRAQUISTES · texte numérisé non relu

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qui, pour être nominale, n'en était pas moins une cause perpétuelle de diflScultés et de scandales; tout au plus estil permis de dire que le caractère relativement modéré et conservateur de la Réforme allemande en facilita l'extension, en rassurant les consciences. Adversaires et partisans de Luther prétendaient d'ailleurs également être les fidèles disciples de Hus, et ils avaient en somme raison. Sans doute, en effet, Hus, tel que nous le révèlent ses écrits, aurait condamné avec indignation les conséquences que l'on tirait plus ou moins rigoureusement de ses paroles; mais, en proclamant en fait les droits de la conscience individuelle, il avait ouvert la voie à toutes les revendications, et la rénovation morale qu'il avait poursuivie était impossible si l'on ne rompait pas avec les timidités où l'on se traînait depuis un siècle.

Les progressistes n'avaient pas seulement un intérêt moral, mais un intérêt matériel évident à se donner pour les héritiers réguliers des Hussites. Jusqu'au triomphe de la réaction catholique, en effet, bien que la grande majorité de la nation se soit en réalité convertie au Protestantisme, il n'est jamais question en Bohême de Luthériens, mais d'Utraquistes ; on conserve le nom après avoir abandonné la chose. C'est que les Réformés ne veulent pas se laisser dépouiller des avantages qu'assure toujours une possession séculaire. L'ancienne Église nationale, quelque imparfaite que fût son organisation, n'en constituait pas moins un cadre commode et une force qu'il eût été imprudent d'abandonner à des adversaires. La lutte qui s'engagea sur ce point en Bohême n'est pas sans analogie avec celle qui s'est produite en France entre les Protestants, Orthodoxes et Libéraux; en se réclamant également des anciens Calvinistes, dont les premiers maintiennent les dogmes et les seconds l'esprit, ils s'efforcent de conserver les avantages d'une constitution acquise et d'une consécration officielle. — L'Utraquisme avait conquis dans l'État une situation légale, les Compactats faisaient partie intégrante des privilèges du pays, tandis que la loi interdisait

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au contraire et punissait les nouveautés et les hérésies. Tout Tefifort des Luthériens allait donc à s'emparer du Consistoire en le recrutant parmi les hommes favorables aux doctrines de Wittenberg et à couvrir leurs usurpations des privilèges reconnus à TUtraquisme. Les ennemis de la Réforme percèrent bien vite à jour cette tactique et répondirent par une manœuvre analogue : les souverains devinrent les protecteurs de la foi nationale et mirent toute leur autorité au service de l'ancienne hérésie, qu'ils avaient si longtemps combattue, afin de s'opposer au progrès des opinions plus radicales.

La politique des Protestants tchèques leur était en quelque sorte imposée par la situation, mais elle eut d'assez graves inconvénients. La Réforme allemande n'a pas eu en général pour résultat immédiat d'améliorer beaucoup les mœurs et d'élever les âmes. D'où vient cette stérilité morale relative? — Sans doute de causes diverses et nombreuses : le caractère du chef lui-même, le plus admirable par le cœur et par le génie de tous les grands agitateurs de cette époque, mais — et peut-être par cela même, — plus large, moins exigeant, plus humain; les idées qu'il propage et cette liberté chrétienne qu'une interprétation étroite ramenait à une sorte de résignation au péché; le rôle trop grand des seigneurs et la prédominance des intérêts matériels ; les habitudes générales de l'Allemagne, viciée par une trop longue anarchie. Quoi qu'il en soit, le Protestantisme luthérien n'a pas imprimé aux âmes une secousse très vigoureuse vers le bien : les héros qu'il a suscités sont rares, et plus encore les saints ; à ce point de vue, il est certainement très inférieur au Calvinisme comme au Hussitisme. En se propageant dans l'Elbe supérieur, il ne s'améliore pas. Non seulement ses missionnaires les plus en vue, Cahéra, Mystopol, ne sont que des aventuriers sans conviction et sans valeur, mais l'Église qu'ils fondent se ressent toujours de cette origine douteuse. Les Luthériens tchèques montrent toujours plus d'ambition que de dévouement et moins de fermeté que d'intolérance ; leurs chefs sont plus

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avides d'honneurs que de martyre. Entre eux et les catholiques, l'historien n'ose pas prendre parti, tant le but poursuivi par les deux adversaires est semblable et les armes pareilles; tant que dure le combat, il faut un certain effon pour se rappeler qu'en somme et malgré tout, les Luthériens sont les champions, — bien indignes, — de la libené et du progrès; la sympathie ne leur revient qu'aux jours d'épreuves.

Les Protestants tchèques subissent certainement la fatalité du milieu et du temps : l'enthousiasme religieux s'était usé, les âmes s'étaient abaissées dans des querelles mesquines et la sève nouvelle ne rajeunit pas cet organisme trop épuisé. Mais, la nécessité où ils se crurent de revêtir les haillons de l'ancienne Église, contribua encore à leur amoindrissement moral. Obligés de dissimuler sans cesse, de se réfugier dans la duplicité et l'équivoque, ils laissèrent dans cette misérable politique une partie de leur dignité et de leur courage. Ils n'osèrent jamais avouer leur foi, — encore serait-il plus juste de dire qu'ils n'eurent jamais de confession précise et complète. Le malheur de cenaines situations est que les cœurs médiocres s'y plaisent et que les âmes nobles s'y allèrent. Il y eut chez eux trop de calcul et pas assez d'élan, trop de restrictions mentales et d'intrigues. De la secte religieuse ils n'eurent guère que l'intolérance; à tous les autres points de vue, ils ne furent jamais qu'une faction.

Les événements semblèrent d'abord les favoriser. Louis Jagellon, d'après des traditions fort douteuses, n'aurait pas été hostile à la Réforme ; dans tout les cas, les hommes auxquels il confia le gouvernement de Prague lors du coup d'État de i523, Hlavsa, Sobek, etc., étaient en générai gagnés aux idées nouvelles et le grand burgrave Jean de Wartenberg les encourageait. Dans une assemblée des États utraquistes( 1524), des changements très graves furent acceptés : la messe, maintenue en souvenir des souffrances du Christ, était simplifiée; elle serait célébrée en tchèque ; l'exposition de l'hostie n'était plus exigée et les

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messes votives étaient interdites; on rejetait la tradition comme règle de la foi, les écrits de H us et des autres docteurs ne feraient autorité que s'ils étaient conformes à l'Écriture. Cahéra avait demandé que l'on permît le mariage des prêtres, mais sa proposition avait été, sinon repoussée, du moins ajournée '. On comptait sur la bonne volonté des administrateurs pour accentuer peu à peu la transformation, mais le pas accompli était décisif : si aucun incident ne survenait, ï'Utraquisme avait vécu.

Ces modifications visaient surtout les pratiques et les cérémonies du culte. — L'émotion fut extrême à Prague. Le peuple y était resté très formaliste : « Sa superstition et son idolâtrie, écrit un Bohême à cette époque, sont plus folles encore et plus incorrigibles que celles des Romains^ ». Par une contradiction qui n'est pas très rare, à un complet libertinage d'esprit et à une mobilité absolue de croyances il joignait un attachement passionné aux formes consacrées. Les passions religieuses avaient été exaspérées par les discussions et les variations des dernières années. L'instinct national de la foule était froissé par l'introduction d'une religion allemande et voyait dans les nouveaux rites une injure à la mémoire de Hus. Les ambitions lésées exploitèrent ces dispositions.

Les nouveaux conseillers progressistes, nommés par le roi, gardaient de leur origine quelque impopularité. L'ancien administrateur, Korambous, qui avait dû céder la place aux partisans de Luther, avait été un des promoteurs de la réunion en une seule commune des diverses cités praguoises : il y a trois personnes dans la Trinité, avait-il dit, et un seul Dieu ; Dieu n'a pas créé trois mondes, mais un seul; pourquoi ne pas imiter les desseins de la Providence? — Ces souvenirs étaient habilement rappelés par les partisans de Pachek.

En face de ces manœuvres, les progressistes se mon-

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