‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 49 sur 239 · I. Jiretchek, Rukoviet · texte numérisé non relu

I. Jiretchek, Rukoviet

MYSTOPOL 93

nous dît un de ses ennemis, d'échapper, sous prétexte de liberté chrétienne, à une sévère discipline. Après avoir couru le monde, il était revenu à Prague, avait accepté rUtraquisme et avait été nommé membre du Consistoire. Il ne manquait ni d'aplomb ni d'instruction, se rappelait à propos ses premières croyances : c'était le Frère qui parlait en lui, et non le Luthérien, quand il disait à Ferdinand que les souverains ont pour mission de défendre leurs sujets contre les ennemis du dehors, et non de guider leur foi, « qu'ils ont été désignés par Dieu pour régler les affaires temporelles, et non les spirituelles '. » Le roi écoutait, ne discutait pas : il savait qu'il aurait son tour. Les seigneurs qui avaient lancé Mystopol en avant, jugèrent bientôt que le jeu devenait dangereux et quittèrent la ville; le conseil de Prague fut renouvelé, et les membres suspects de connivence avec TAdministrateur, écartés. Mystopol n'avait aucun goût pour le martyre : abandonné, il se résigna, promit de ne plus prêcher avant d'y avoir été de nouveau autorisé; Mitmanek fut exilé. Encouragé par son facile succès, Ferdinand ordonna de ne pas tolérer plus longtemps les prêtres mariés. Les Utraquistes orthodoxes étaient radieux, et dans les églises leurs curés accablaient d'éloges le monarque juste et sage que Dieu avait suscité pour confondre l'erreur.

Il fut bientôt visible cependant que si les Protestants n'étaient ni assez forts ni assez hardis pour accomplir leurs plans ambitieux, il n'était pas non plus aisé de leur enlever le terrain conquis. Les nobles, sur leurs domaines, ne tenaient aucun compte des ordres du roi ; à Prague, l'opinion publique était très émue; les hostilités continuaient en Hongrie et le moment était mal choisi pour risquer une insurrection. Autour de Ferdinand, si quelques hommes, par conviction ou par calcul, étalaient un grand zèle, beaucoup redoutaient de rouvrir la période des guerres civiles. Lorsque deux partis religieux subsistent longtemps côte à côte, les modérés, les sceptiques, les poltrons arrivent assez vite

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