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ATTITUDE DES LUTHÉRIENS

à ridée de tolérance. Même parmi les Catholiques, des voix autorisées recommandaient l'indulgence. Ferdinand s'arrêta, permit à Mystopol de recommencer à prêcher, protesta de son respect pour les libertés religieuses du pays*

En somme les deux partis conservaient leurs positions. Dans ces premières escarmouches, ils avaient tâté leurs forces: ni les uns ni les autres ne s'étaientengagés à fond, parce qu'ils avaient senti que leurs adversaires ne céderaient pas, et l'enjeu était trop grave pour risquer la bataille au hasard. Les progressites savaient désormais à quoi s'en tenir: pour arriver à leurs fins, ils ne comptaient plus que sur la violence ; les Catholiques et les anciens Utraquistes auraient derrière eux toutes les forces dont disposait la royauté restaurée. Leurs échecs les avaient aigris plus qu'effrayés : aux causes nombreuses de mécontentement contre le roi, une autre s'était ajoutée, plus cuisante. Entre le souverain qui n'acceptait de réformes que celles qui seraient approuvées par la papauté, et les États qui songeaient surtout à s'affranchir définitivement de Rome, aucune transaction possible. Conflit redoutable et déplorable parce qu'il entraînait fatalement la rupture de la nation et du souverain, qu'il condamnait celui-ci à n'être que l'instrument d'une minorité ! Que l'on suppose Henri IV s'obstinant à imposer le Protestantisme à la France. La question ainsi posée, il fallait que le roi ou le peuple succombât ; il n'y avait de solution possible qu'un changement de dynastie ou l'extermination des hérétiques, c'est-à-dire de la nation.

Malgré leurs griefs légitimes, les Luthériens n'étaient pas très belliqueux. La direction parmi eux appartenait aux seigneurs, qui n'avaient pas grand chose à craindre pour le moment et que leur foi assez tiède n'aveuglait pas sur le danger des aventures. Des vœux, des résolutions et des choix désagréables à Ferdinand, la nomination à leurs cures de prêtres mariés : soit ; les précédents les y autorisaient et les risques étaient faibles. Mais ils n'entendaient pas se mettre en lutte ouverte avec le souverain, comptaient sur le temps et le hasard, redoutaient les imprudences dont les

LES FRÀRES ET LA R^IFORME gS

conséquences pouvaient être incalculables. Les villes seraient plus volontiers allées de Tavant : elles se jugeaient invincibles; dans ces insurrections anonymes d'ailleurs, la responsabilité se divise et n'effraye plus personne : mais elles étaient contenues par les conseillers nommés par le roi et qui s'appuyaient sur d'importantes minorités catholiques ou utraquistes. En somme une révolte restait improbable, tant que les événements extérieurs ne tenteraient pas trop vivement les progressistes.

Alors même que les nouvelles du dehors encouragèrent les Protestants, les plus empressés à engager le combat ne furent pas les Luthériens, mais l'autre fraction des hétérodoxes tchèques, les Frères de l'Unité. — Elle prend réellement alors la direction du combat contre la réaction et joue un rôle très supérieur à celui que semblerait devoir lui attribuer le nombre relativement faible de ses fidèles.

L'Unité, — et cela s'explique par ses origines son développement et le but qu'elle se proposait, — n'a pas eu de doctrine théologique complète et systématique. Grande cause de faiblesse ! Dans ces questions capitales, la précision et la profondeur sont les conditions nécessaires de toute propagande ; les fidèles ne confient pas volontiers leur salut aux prêtres qui ne leur paraissent pas sûrs de la vérité. Cause aussi de mobilité et de variations : sur certains points, souvent très graves, la croyance des Frères hésite, change quelquefois complètement d'une génération à l'autre; il arrive que la nomination d'un nouvel évêque indique presque l'acceptation d'un autre Credo. De là une singulière facilité à subir les influences étrangères ; sous l'action d'Augusta, vers le milieu du siècle, peu s'en fallut qu'ils ne se confondissent complètement avec les Luthériens, et si Blahoslas réussit à sauver en fait l'indépendance de son Église, au point de vue du dogme elle continue à être à la remorque des autres sectes protestantes.

On se tromperait cependant à supposer que, dès le com-

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