‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 63 sur 239 · VICTOIRE DE LA ROYAUTÉ I · texte numérisé non relu

VICTOIRE DE LA ROYAUTÉ I

était fort difficile; les dettes énormes des Jagellons lui créaient des embarras inextricables. En dépit des impôts fort lourds " et des efforts de la Chambre, les guerres incessantes avec les Turcs absorbaient toutes les ressources, et les engagements du Trésor s'étaient accrus plutôt qu'ils n'avaient diminué. Les confiscations modifièrent, très heureusement pour les Habsbourgs, cet état de choses. L'affaire fut fort bien conduite au point de vue commercial. Le principal honneur en revient au secrétaire du roi, Florian Griespeck de Griespach, un des agents les plus actifs de l'autorité royale ; dans cette occasion, son zèle était aiguisé par ses rancunes : les insurgés l'avaient condamné à la prison, il se vengeait. Quelques domaines furent restitués, — contre indemnité, — les plus mauvais, ceux qui ne trouvaient pas acheteur : on avait pris le grain, on rendit la paille, dit un contemporain. Les autres furent mis en vente, mais peu à peu, de façon à ne pas avilir les prix; les grands domaines furent morcelés pour solliciter les acquéreurs. — Sous Maximilien et Rodolphe II, on vendait encore des propriétés confisquées en 1547. Sans doute le gouffre du déficit ne fut pas comblé et les embarras financiers continuèrent, mais moins obsédants, et le roi disposa de ressources supérieures à celles de tous ses prédécesseurs.

Ce fut au milieu de l'émoi et de la consternation générale que se réunit l'assemblée convoquée par Ferdinand pour écouter les griefs des seigneurs. La veille de l'ouverture, quatre personnes furent exécutées sur la place des Hratchany (22 août 1547). La diète en a conservé le nom de diète sanglante. Au nombre des victimes était le juge aulique, Jacques Fikar de Vrat. Tout le recommandait à la clémence du souverain, son âge, (il avait 70 ans), l'estime

I. C'était une des causes du mécontentement général. Les chiffres que nous connaissons sembleraient prouver une diminution constante de la fortune publique sous le règne de Ferdinand : elle serait de plus d'un septième de 1 529 à 1 544, ce qui est d'autant plus étonnant que le rétablissement de Tordre avait dû profiter à la prospérité publique ; la principale cause de cette diminution devrait certainement être cherchée dans les impôts. 11 est vrai que les statistiques du xvi* siècle ne méritent pas une confiance absolue.

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générale qui l'entourait, les services qu'il avait rendus au roi, son orthodoxie; il ne s'était mêlé à l'insurrection que pour calmer les esprits, avait invité les Praguois à se soumettre; pendant la crise, il n'était même pas dans la ville. Ce fut précisément le crime qu'il expia par sa mort. « C'était un officier royal, disait la sentence qu'on lut sur l'échafaud, lié au roi par un serment spécial ; il ne s'est pas conduit selon sa promesse, n'a pas instruit son maître de ce qui se passait, a même quitté la ville au moment décisif. » Les fonctionnaires étaient avertis; leur chef comptait non seulement sur leur soumission, mais sur leur vigilance et leur dévouement; toute hésitation était une défection, et toute négligence, un crime.

Les États, ainsi prévenus, enregistrèrent sans discussion toutes les propositions royales. Tous les points en litige furent tranchés en faveur du souverain : les ligues privées, interdites sous peine de mort; la compétence des tribunaux royaux, étendue; l'hérédité de la couronne dans la famille des Habsbourgs, de nouveau proclamée; il fut établi que la nomination des hauts fonctionnaires et des membres de la cour suprême appartenait au roi seul et que les autres fonctionnaires de la cour n'avaient que voix consultative ; les diètes générales et provinciales ne se réuniraient que sur la convocation du roi. Toutes les usurpations préparées par vingt ans d'une politique avisée et persévérante étaient ainsi solennellement acceptées par la diète; elle avouait sa défaite et s'inclinait devant la fortune de son adversaire. La royauté était hors de pages, Rien n'empêchera plus désormais Ferdinand de soutenir l'Empereur, écrit l'ambassadeur vénitien en 1 548, « parce qu'il a absolument soumis le royaume de Bohême '. »

Restait cependant encore la question religieuse. Tant que l'autorité du pape n'était pas reconnue en Bohême, celle du roi paraissait menacée et douteuse. Victorieux de l'opposi- . tion politique, Ferdinand avait les mains libres vis à vis de

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