VICTOIRE DE LA ROYAUTE
chappa à la mon qu'à grand peine, sur les prières des seigneurs moraves; nombre de bourgeois, des plus estimés, étaient en prison ; beaucoup furent battus de verges ou frappés d'énormes amendes : « Et à cette époque, écrit le chroniqueur, il y eut des larmes et des lamentations. Plusieurs avaient été condamnés à payer plus qu'ils ne possédaient; ils le prouvaient, offraient de céder tous leurs biens; les exécuteurs du roi n'entendaient rien et les faisaient aussitôt conduire à la Tour. Et beaucoup, songeant que la fortune qu'avaient amassée leurs ancêtres par de lents et pénibles efforts et qu'ils espéraient transmettre à leurs enfants, ils devaient, pour ainsi dire, la sacrifier au diable d'un seul coup, tombaient dans une grande douleur et mouraient, perdant ainsi à la fois leur vie et leurs biens. »
Il ne fallait pas pourtant que les nobles se crussent au-dessus de la vengeance du roi. Quelques-uns des plus compromis, Pflug, Krzinetsky, etc., avaient pris la fuite; ils furent condamnés à mort et leurs biens confisqués. Vingt-six autres, qui s'en étaient remis à la clémence du roi, furent internés dans leurs châteaux, dépouillés de la plupart de leurs propriétés; les domaines qu'ils conservèrent ne furent plus des alleux, mais des fiefs. Si l'on ajoute à ces confiscations celles qui avaient frappé les villes, on se rendra compte de l'immense perturbation matérielle qui suivit l'insurrection de 1547. ^ '^^^^ des domaines qui tombèrent dans les mains du roi s'allonge sans cesse. Au tableau déjà fort imposant dressé par M. Tieftrunk, M. Rézek en ajoute plus de quatre cents qui n'avaient pas été inscrits dans les Tables officielles, et il n'évalue pas à moins de douze millions (valeur actuelle) le prix de vente des biens confisqués '. A ce point de vue aussi, les événements de 1547 annoncent l'immense spoliation qui suivra la bataille de la Montagne-Blanche.
Jusqu'à ce moment, la situation financière du souverain
I. Rézek, Zur Gesch. der Konfîskation vom Jahre 1547, dans les Sit{, Ber. der K. Bœkm, Ges. d, Wiss,, 1876, p. i38.