CHAPITRE III
La fin du règne. — Politique religieuse. — Persécution des Frères ; capti* rite d*Âugusta. — L'Unité en dehors du royaume ; ses progrès arrêtés en Bohême. — Les Utraquistes; nouvelle tentative de réconciliation avec Rome. — Progrès de la Réforme et conversion des Tchèques au Protestantisme. — Ferdinand et le Concile de Trente. Le pape autorise la communion sous les deux espèces. Décadence du Hussitisme officiel. — Premier réveil du Catholicisme. L'archevêque Prus de Mohelnitse. Les Jésuites à Prague. — Mort de Ferdinand (i564); grands résultats de son règne.
Le 18 septembre 1547, Ferdinand sortait de la cathédrale où il avait entendu la messe, lorsque des délégués du cha-> pitre catholique et du consistoire utraquiste se présentèrent à lui et le supplièrent de protéger ses fidèles sujets contre les machinations des Picards, la cause de toutes les divisions et de tous les malheurs du royaume; les Utraquistes avaient à leur tête Mystopol. Sans conscience, sans idées, sans pudeur, accessible à toutes les séductions et à toutes les terreurs, inférieur même à Cahéra dont il n'avait ni rintrigue ni les hautes ambitions, Mystopol est un de ces misérables types de versatilité et de bassesse morale que produisent les époques bouleversées parles révolutions et les Églises rongées par l'indiscipline et les variations. Il avait été luthérien, il le redevint; pour le moment, il avait peur, prêt à toutes les palinodies pour conjurer l'orage qu'il prévoyait. Et quelle joie s'il détournait la tempête sur les Frères! Il les détestait; cette jalousie était peut-être la seule passion sincère qu'il y eût en lui.
Ferdinand l'estimait à son prix, mais il lui était commode de s'en servir. Il n'avait pas besoin d'être excité contre les Frères. Lors de son élection, ils l'avaient, il est vrai, pré-
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féré au duc de Bavière; mais s'en souvenait-il encore? Et d'ailleurs ce vote, déjà fon ancien, recommandait à sa clémence quelques hommes, ne protégeait pas le parti tout entier.
• Quels étaient les griefs du souverain contre les Frètes ? — Très divers : leurs institutions démocratiques ; leurs croyances, qu'il connaissait mal, mais qui, bien plus que celles des Luthériens, scandalisaient sa foi ' ; leur intransigeance, qui rendait impossible toute réconciliation avec Rome. Tout récemment, ils avaient fourni à la révolte ses orateurs les plus hardis et ses soldats les plus nombreux, et maintenant encore il sentait chez eux une sourde résistance. — Ce n'était pas là un simple hasard. Comme les Calvinistes et au contraire des Luthériens qui s'enfermaient dans leur credo et dédaignaient ou suspectaient tout ce qui n'était pas leur propre Église, les Frères s'eflForçaient de maintenir le caractère international de la Réforme. Leurs relations fréquentes avec les pays étrangers, les voyages de leurs missionnaires, leur disposition à chercher leur instruction au loin, effrayaient le roi comme une menace de trahison. Il éprouvait vis-à-vis d'eux une défiance analogue à celle de Louis XIV vis-à-vis des coreligionnaires des Hollandais. Avait-il si grand tort? — Pendant tout le xvi« siècle, les Frères n'ont-ils pas presque toujours servi de trait d'union entre les mécontents tchèques et les Protestants du dehors î
Surtout, il n'avait pas à craindre, en les frappant, de mécontenter la masse de la nation, qui les voyait toujours avec une certaine défaveur. — Pour les atteindre, nul besoin n'était de violer les libertés publiques. Les promesses de Ferdinand relatives à la liberté religieuse ne s'appliquaient qu'aux Utraquistes. Le 8 octobre 1547^ ^^ renouvela le
I. La doctrine des Frères sur l'Eucharistie a très souvent varié, mais ce qui ressort des définitions un peu alambiquées de Loukach, ce n'est certes pas la présence réelle. Or, pour les Catholiques, la négation de la présence réelle constituait une impiété et un blasphème. En 1 547, les Frères s'étaient beaucoup rapprochés de la doctrine de Luther^ mais non sans ambiguïté et sans restrictions mentales.
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mandat de Vladislas qui les mettait hors la loi, et, en 1 548, un second édit, arrivé d'Augsbourg, en ordonna l'application rigoureuse : les assemblées des Frères étaient sévèrement interdites, leurs prêtres seraient mis en prison, leurs églises remises à des curés catholiques ou utraquistes. Des commissaires royaux durent tenir la main à ce que les nouveaux règlements fussent appliqués partout '. Avant de quitter la Bohême, Ferdinand avait confié le gouvernement à son fils préféré, l'archiduc Ferdinand. Par son zèle pieux et par sa soumission à la papauté, larchiduc semble annoncer au milieu de cette génération de politiques l'arrivée prochaine de tendances et d'idées toutes différentes : entre ses mains les intérêts catholiques ne péricliteraient pas, et son père n'avait à redouter de lui ni négligence ni faiblesse.
Aussitôt les prêtres utraquistes se jetèrent avec une joie féroce et stupide sur la proie qu'on leur abandonnait. « Dans leur vie privée, dit un des témoins de la persécution, Jean Tcherny, c'étaient des gens perdus de vices, des adultères, des menteurs fieffés, des ivrognes; ils se vantaient d'être les plus dignes auxiliaires du roi. Ni les capitaines ni les prêtres catholiques n'ont sur la conscience pareille tyrannie, pareils outrages, pareils mensonges; personne ne nous a poursuivis de telles menaces et de tels tourments que cet impudent clergé calixtin qui, pour sa part, ne respectait ni les lois humaines ni les lois divines et avait perdu toute honte. Ils étaient infatigables à présenter des réquisitoires au roi, à l'archiduc, aux conseillers royaux ^ ». Accusation d'autant plus grave que Tcherny n'est pas un déclamateur : seul l'excès de l'indignation et de l'amertume a triomphé ici de sa modération et de son calme habituels ^. Mystopol avait composé pour les Frères qui demanderaient à rentrer