‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 74 sur 239 · ATTITUDE NOUVELLE DE FERDINAND · texte numérisé non relu

ATTITUDE NOUVELLE DE FERDINAND

ter les grosses affaires et finir dans une tranquillité relative un règne fort agité et bien rempli. Il conserve les positions conquises, mais il passe de l'offensive à la défensive, satisfait s'il empêche ses adversaires d'occuper une trop forte situation. Tout en maintenant ainsi les décrets contre les Frères et en s'efforçant d'enrayer le mouvement luthérien, il ne combat plus de ce côté qu'avec une certaine mollesse. En revanche, dans les quartiers d'hiver qu'il a pris, il reconstitue son armée et prépare les forces à la tête desquelles ses successeurs marcheront à l'assaut. Si la victoire en effet a été disputée et incertaine, la cause en est beaucoup moins, il le sait, à la vigueur de la défense qu'à la faiblesse de l'attaque. Cette Église catholique, à laquelle il prétendait ramener la nation, qu'a-t-elle fait pour lui faciliter la tâche? Il faut avant tout reformer ses cadres, lui rendre la confiance dans ses propres destinées, l'esprit de sacrifice et de foi. Quand l'édifice sera restauré, alors seulement il sera utile que le pouvoir séculier intervienne pour y pousser le peuple, — par la persuasion si c'est possible, par la force si c'est nécessaire. Les deux frères, Charles et Ferdinand, étaient à la fois très semblables et très différents; on s'en aperçoit clairement dans ce dernier épisode de leur vie. Tous les deux, ils avouent que la fortune ne les seconde plus et, en joueurs avisés, ils passent la main; la réserve qu'observe dès lors Ferdinand est bien une sorte d'abdication; mais, moins emporté que son frère, moins friand aussi de coups de théâtre éclatants, il se réserve de préparer l'entrée en scène de son successeur. Il assiste avec une indifférence apparente au réveil de l'hérésie : qu'on ne s'y trompe pas pourtant, c'est précisément à ce moment-là que des mesures fort habilement combinées assurent la résurrection du Catholicisme; à elle seule, par exemple, l'introduction des Jésuites dans le royaume compense largement les progrès momentanés des Luthériens. Les succès des Protestants d'Allemagne et la paix de Passau et d'Augsbourg avaient rendu toute leur confiance aux Progressistes tchèques et, dès i555, les États nommé-

PROGRÈS hV PROTESTANTISME l65

rent un Consistoire dont la majorité était composée de Luthériens avérés ; au même moment TUnité commençait à se réorganiser. Sur tous les points, l'hérésie relevait la tête; la propagande, un moment suspendue, reprenait plus audacieuse que jamais. Dans les villes où le Protestantisme s'était déjà introduit, il rallie la majorité des habitants, pénètre dans les Conseils, prend officiellement possession de la cité; les églises sont peu à peu enlevées au culte catholique, la messe est modifiée ou supprimée, les ordres du Consistoire utraquiste ne sont plus respectés. Les magistrats municipaux usent de tous les moyens pour se débarrasser des prêtres qui leur sont suspects; dans le pays entier se poursuit contre le clergé officiel une guerre d'escarmouches dont les épisodes sont infiniment variés, mais dont le résultat ne change guère.

Un exemple. — Dans une petite ville qui dépendait de Litomierzitse, à Karbitse, les fidèles, gagnés à la Réforme, étaient fort ennuyés qu'un prêtre utraquiste vînt toutes les trois semaines célébrer la messe dans leur bourg : il était dans son droit et semblait inexpugnable. Les habitants imaginent un procédé fort ingénieux. Toutes les fois qu'arrivait le curé, on lui faisait fête, on l'invitait à un banquet ; en Vain essayait-il de se soustraire à tant d'honneurs, on le traînait au festin; puis, on le dénonçait au Consistoire : il passait ses journées à table, sa conduite était pour tous un objet de scandale. Le pauvre diable était mandé à Prague, les réprimandes pleuvaient sur sa tête; il finit par ne plus revenir. Alors, les conseillers de Karbitse se désolèrent, leurs âmes étaient affamées de la parole de Dieu; ils demandèrent un directeur à leurs voisins de Litomierzitse; ils auraient eu mauvaise grâce à ne pas être satisfaits de celui qu'on leur envoya, puisqu'il enrichit la commune de treize enfants '. — Ordinairement, on ne se mettait pas tant en frais d'imagination : les prêtres cédaient facilement à une douce pression, se mariaient volontiers, introduisaient dans les cé-

Page 1