‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 73 sur 239 · FERDINAND ET LES UTRAQUISTES I · texte numérisé non relu

FERDINAND ET LES UTRAQUISTES I

risa de l'Administrateur ■• Deux ans plus tard, Nétolitsky partagea son privilège avec un bourgeois de la Vieille- Ville, mais le Consistoire continua à exercer une haute surveillance sur tout ce qui se publiait. Un marchand, dénoncé pour avoir colporté des livres prohibés, fut flagellé à travers les rues de Prague ; à cette occasion, on fouilla les boutiques des libraires; tous ceux chez qui furent saisis des livres suspects, furent sévèrement punis.

Les administrateurs utraquistes avaient sollicité euxmêmes les rigueurs du roi contre les sectateurs des hérésies étrangères; Ferdinand ne voulut pas laisser à leur bonne volonté le temps de se refroidir. Les conditions imposées par Charles-Quint aux Réformésd'Allemagne dans l'Intérim d'Augsbourg lui paraissaient offrir une excellente base de conciliation. Il venait d'autoriser dans ses états autrichiens la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres; en 1540, il proposa au Consistoire de Prague douze articles relatifs à la transsubstantiation, la messe, les saints, les jeûnes, les prières pour les morts, etc. Ils condamnaient toutes les nouveautés qui s'étaient peu à peu glissées dans le pays et proclamaient avec une extrême précision la doctrine catholique : la fête de Hus serait supprimée, la communion utraquiste, maintenue, mais les prêtres auraient soin d'enseigner au peuple que chacune des deux espèces renfermait le corps et le sang du Sauveur. — Le Consistoire était prêt à toutes les reculades ; les objections misérables qu'il présenta sur quelques points ne servent qu'à éclairer sa médiocrité d'esprit et de cœur; il demandait que l'on remplaçât le mot de transsubstantiation par celui de transmutation, que l'on n'interdît pas la communion des enfants : a c'est une affaire de grande importance, et puis l'on y est

I. Frind, Die Kirchengesch, Bœhmens, IV, p. i3o. Le choix de Nétolitsky est usez étrange : il avait, il est vrai, abandonné TUnité, mais il avait des relations suivies avec les chefs de la faction progressiste; il avait môme été arrêté parce qu'on supposait que des placards qui visaient le juge aulique sortaient de ses presses. — On trouve des détails intéressants sur la politique de Ferdinand vis à vis de la presse dans Wiesner, Denkwûrdigkeiten der œsterr. Zensur; Stuttgard, 1847.

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habitué ». Plus habiles que convaincus, ces pasteurs simoniaques, inquiets de leur situation, s'efforçaient avec une mesquine finesse de dissimuler leur défection en défendant quelques-uns des usages qui tenaient le plus au cœur du peuple. En réalité, il n'était pas possible qu'ils se fissent la moindre illusion sur les intentions du roi : sous prétexte d'interpréter les Compactats, on les réduisait à rien ; ce n'était pas de Luther seulement qu'ils se séparaient, mais des grands docteurs hussites; ils reculaient au-delà des conventions d'Iihlava. Ils ne présentaient d'ailleurs leurs objections qu'avec la plus extrême modération, avaient grand peur de déplaire au souverain, n'insistaient pas : pour les décider à de nouvelles concessions, il suffisait de leur dire que la réconciliation avec Rome n'était possible qu'à ce prix; tout au plus leur courage alors se haussait-il jusqu'à proposer que l'on renvoyât la décision aux États. Singuliers directeurs de conscience et étranges chefs d'Églises! Et ils s'étonnaient ensuite que les nobles et les villes ne tinssent aucun compte de leurs ordres. — Ils poussèrent le ridicule plus loin, se prirent d'enthousiasme pour l'œuvre qu'on leur imposait, se déclarèrent prêts à mourir pour leur foi '.On ne leur en demandait pas tant. La satisfaction de Ferdinand fut à peine troublée par l'opposition de l'Université dont les professeurs étaient en majorité luthériens et qui repoussa le credo qu'il lui avait présenté. Mais que valait l'opinion de l'Université? Toutes les tentatives de restauration avaient échoué, et elle n'avait pas plus d'influence que d'élèves. Il ne s'agissait plus que d'obtenir de la diète qu'elle enregistrât les résolutions du Consistoire, et le roi ne prévoyait de ce côté aussi aucune difficulté sérieuse.

Depuis l'échec de l'insurrection, les nobles paraissaient avoir pris leur pani de leur défaite. Au commencement de 1649, ^'^ avaient ainsi accepté pour roi, sur la demande de Ferdinand, son filsMaximilien,et les Pacta Conventa qu'ils

I. Sur ces négociations du Consistoire et de Ferdinand, v. Actes du Con-^ sist. Utraq,, n- 431,438-439,

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en avaient obtenus se distinguaient par leur modération de ceux qu'ils avaient demandés en i526. Ils avaient cédé entre autres sur un point capital : Maximilien devait séjourner autant que possible en Bohême, ou, du moins, si des raisons graves ne le lui permettaient pas, à proximité du royaume ; — Vienne n'était pas très loin : en réalité, ils abandonnaient les titres de Prague à être la capitale de la monarchie. Les craintes des patriotes se réalisaient : la Bohême apaii le sort de la Croatie, elle se résignait à une sorte d'abdication, devenait en fait une province de l'État autrichien. Ces seigneurs qui sacrifiaient les plus précieuses et les plus anciennes prérogatives du royaume, oseraientils braver le mécontentement de leur maître à propos de quelques définitions théologiques!

Mystopol présenta le symbole voté par le Consistoire et le défendit avec une chaleur de néophyte (déc. i54g). Son éloquence ne toucha guère ses auditeurs. Au grand scandale du roi, la diète témoignait beaucoup de mauvaise volonté : les doctrines luthériennes avaient pénétré les esprits plus profondément qu'on ne le supposait. A propos de la communion surtout, les nobles montraient une répugnance absolue à accepter la formule romaine. Mystopol, furieux, contesta aux laïques le droit d'interpréter l'Évangile : et puis d'ailleurs, sur quoi se fondaient leurs objections? N'étaient-ils pas liés par leurs promesses? L'article qu'on leur proposait n'était pas contraire aux Compactais. — Mais, comme dix ans plus tôt, ce rappel aux anciens traités dont personne ne voulait plus, ne servit qu'à aigrir la discussion. — Où est-il fait mention des Compactais dans l'Évangile, s'écria Christophe de Vrzesovets; tenons-nous en à la Bible et laissons de côté toutes ces inventions humaines. — La séance fut levée au milieu d'une extrême émotion.

Par dépit, peut-être pour mériter la reconnaissance du roi, Mystopol commit quelques excès de zèle. Il essaya de créer dans la ville une certaine agitation contre les États : ils trahissaient l'Utraquisme, étaient menés par les Picards,

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Ces perfides insinuations ne restèrent pas sans effet sur une partie de la populace, mais surtout elles irritèrent les seigneurs. La majorité n'avait pas vu sans un peu d'inquiétude la hardiesse de Vrzesovets ; l'imprudence de Mystopol les poussa à bout. Dans une nouvelle séance, l'Administrateur prononça un véritable réquisitoire contre ceux qui voulaient repousser les douze articles : partout des sectes dangereuses se répandaient, les églises étaient désertes, les cures abandonnées : où était le salut, sinon dans une réconciliation avec le papeî Quel autre remède à la disette de prêtres que la nomination d'un archevêque qui consacrerait les ministres utraquistesî Une réforme était urgente, et lourde serait la responsabilité de ceux par la faute de qui elle échouerait. — Tant d'aplomb et d'insolence soulevèrent une réprobation générale. — C'est vous qui vous êtes éloignés de nou§, s'écria le sous-chambellan; oui, un changement, une réforme sont nécessaires, mais c'est vous qui devez vous améliorer et vous joindre de nouveau à nous. — Symptôme grave qu'un officier de la couronne prît ainsi parti contre l'Administrateur et le roi. — Tous les prêtres n'avaient pas accepté sans angoisse le symbole nouveau, beaucoup n'avaient cédé qu'à la pression exercée sur eux par Mystopol ; l'opposition inattendue de la diète délia les langues. Le doyen de Koutna-Hora, dont les sentiments progressistes étaient bien connus, donna le signal ; il releva vivement les paroles du sous-chambellan : oui, une réforme est nécessaire de notre côté, et pour ma part, j'y consens volontiers. Que tous ceux qui sont de mon avis me suivent. — Une vingtaine d'ecclésiastiques abandonnèrent l'Administrateur et se prononcèrent en faveur de l'opposition. Le coup était manqué ; Ferdinand se hâta de proroger l'assemblée. Mystopol sortit vite de sa consternation, et, pour se faire pardonner par les Protestants sa défection, — par un revirement, qui ne fut pas le dernier, — il commença à prêcher contre les erreurs et les superstitions du papisme.

Ferdinand était moins prompt à s'abandonner. La surprise avait échoué, mais il comptait prendre sa revanche en

ESSAI DE RESTACRATION CATHOLIQUE iSy

détail. Les Compactais étaient la loi du pays : il la respectait, bien qu'elle ne lui plût guère; pourquoi n'obligerait-il pas les nobles à obéir comme lui à la constitution? A quoi bon consulter les États? Isolés, les seigneurs seraient moins hardis que réunis. Les membres du chapitre catholique lui avaient demandé sa protection « contre les prêtres insoumis et leurs patrons ». Divers mandats particuliers rappelèrent à un cenain nombre de nobles qu'il leur était interdit de tolérer sur leurs domaines les prêtres mariés ou ceux qui n'avaient pas été régulièrement consacrés. Une fois que le terrain eut été ainsi préparé, un décret général ordonna d'expulser du royaume tous les curés qui n'avaient pas été ordonnés selon les rites romains. Plus de deux cents pasteurs furent chassés de leurs églises; une commission composée des Administrateurs utraquistes et catholiques fut instituée à Plzen sous la présidence de l'archiduc Ferdinand, et les seigneurs qui n'avaient pas obéi au rescrit royal furent cités devant elle. Ils devaient comparaître avec les prêtres suspects, ceux-ci étaient soumis à un examen rigoureux, et s'ils étaient reconnus coupables, livrés à l'administrateur et punis '.

Ces mesures ne produisirent pas tout l'efifet qu'en avait attendu le souverain. Elles étaient paralysées en partie par la dissolution toujours plus avancée du parti utraquiste. Au moment même où il était vivement soutenu par le roi, la décomposition continuait; les prêtres que nommait le Consistoire, n'avaient aucune autorité; mal surveillés, exposés aux tentations, ils tombaient dans les erreurs de leurs prédécesseurs; souvent l'Administrateur ne trouvait pas de candidats pour remplacer les prêtres expulsés; les cures restaient vacantes. Dans les villages que les ordres de Fer«

i.L*appel du Consistoire au roi est de 1549; divers mandats particuliers forent lancés en i552 et i553; le mandat général d'expulsion est du 8 janvier 1554. La même année commence à fonctionner la commission de Plzen. Les actes du Consistoire utraquiste renferment toute une série de documents qui prouvent un effort très énergique pour rétablir la discipline et l'unité de foi dans le clergé qui relevait nominalement de lui. Voir aussi les Actes du Consistoire catholique, n*« 676, 699, 700, 703, 706, 706 et 707.

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dinand avaient privés de leurs pasteurs, des prédicateurs nomades, des maîtres d'écoles, quelquefois des ouvriers lisaient l'Évangile, prêchaient la parole de Dieu, et la foule des fidèles se pressait autour d'eux, tandis que les prêtres réguliers demeuraient isolés et inactifs. Le plus souvent les citations de la commission de Plzen n'avaient aucune suite ; les prévenus sollicitaient des délais, entassaient les moyens de procédure; personne ne prenait bien au sérieux les résolutions royales, c'était un grain qu'il fallait laisser passer.

La résistance des Luthériens tchèques n'était pas aussi imperturbable que celle des Frères : leurs croyances étaient incertaines, leurs traditions mal établies, leur clergé surtout trop mêlé, et on ne rencontrait pas dans leurs rangs cette foi absolue et cet esprit de renoncement que fortifient les épreuves. Bien qu'il y ait quelque exagération à prétendre que le Catholicisme était en progrès visible ', il est probable que les mesures de Ferdinand auraient produit à la longue des résultats appréciables, mais à condition d'être soutenues avec beaucoup de persistance. Et précisément à ce moment des embarras nouveaux détournaient ailleurs son attention.

Du côté de l'Orient, des événements graves s'accomplissaient. A la mort de Jean Szapolyai (1540), ses partisans avaient proclamé roi son fils, Jean-Sigismond, contrairement au traité signé jadis entre les deux compétiteurs au trône de Hongrie, d'après lequel le royaume devait revenir au dernier survivant. Ferdinand avait voulu maintenir ses droits par les armes, mais Soliman était intervenu et avait mis la main sur la plus grande partie de la Hongrie, tandis que Jean-Sigismond conservait la Transylvanie sous la suzeraineté du sultan. Le pouvoir appartenait en réalité à la mère de Jean-Sigismond, Elisabeth, et à un des plus anciens et des plus habiles ministres de Szapolyai, Martinuzzi. Politique supérieur et honrnie d'état à larges vues, Martinuzzi avait conçu le projet de restaurer l'unité hongroise, morcelée

I. Frind, a la soumission des sectes était dans la meilleure voie », p. i3o.

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depuis la mort de Louis TEnfant. C^était ce but qu'il avait poursuivi en servant Szapolyai ; mais que pouvait-il avec Jean-Sigismond ? D*ailleursy il n'aimait guère la mère du jeune prince, et elle le haïssait. Plus attaché au pays qu'à la dynastie, il avait engagé depuis quelques années des négociations secrètes avec Ferdinand, et elles aboutirent en 1 55 1 à un traité par lequel Jean-Sigismond, en échange de diverses compensations, abandonnait la Transylvanie aux Habsbourgs. Elisabeth, incapable de résister à la fois à ses ennemis intérieurs et extérieurs, se soumit à la force, et Maninuzzi prit au nom de Ferdinand le gouvernement de la province. C'était une déclaration de guerre à Soliman. Les hostilités s'ouvrirent aussitôt et elles continuèrent, presque sans interruption, jusqu'à la paix de i562. Appuyée par les Turcs, Elisabeth rétablit son autorité en Transylvanie, et y conserva le gouvernement jusqu'à sa mort.

Il est bien évident que Ferdinand n'avait pas été libre de repousser l'occasion qui s'offrait à lui, mais les événements de Hongrie lui enlevaient tout loisir de continuer sa lutte avec les progressistes tchèques. Avant de convertir les Protestants, il fallait repousser les Turcs, et le moment était mal choisi pour blesser les seigneurs bohèmes quand on sollicitait d'eux des soldats et des subsides.

En même temps, les affaires d'Allemagne prenaient une tournure assez inattendue. Les diflScultés avaient surgi d'abord du côté où on le prévoyait le moins. Une des causes de la révolte religieuse et de ses très rapides progrès avait été rimpéritie de la cour romaine, qui, depuis la fin du xv« siècle, avait presque complètement oublié son rôle de directrice du Catholicisme pour s'absorber dans les intrigues italiennes, et avait sacrifié les intérêts généraux de la Chrétienté à l'extension de sa puissance temporelle. Léon X et Clément VII en particulier avaient été bien moins des papes que de petits souverains féodaux, et ils s'étaient bien plutôt préoccupés de maintenir l'équilibre dans la Péninsule que de ramener ou de soumettre les hérétiques. Paul III, fort inquiet des succès de Charles-Quint, avait appris avec un

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très mince enthousiasme la défaite des princes de l'Empire, et tout le monde connaissait ses négociations avec la cour de France, dont il approuvait et encourageait la politique anti-autrichienne. Henri II, pour lutter contre l'Empereur, cherchait naturellement à s'appuyer sur les Réformés. Paul III ne l'ignorait pas et s'y résignait. Beaucoup moins reconnaissant du zèle que déployaient les Habsbourgs contre les Protestants qu'irrité de leur ingérence dans les questions religieuses, non seulement il avait refusé de sanctionner les concessions qui avaient paru nécessaires au vainqueur de Miihlberg, mais il avait nettement rompu en visière avec l'Empereur et transporté à Bologne le Concile de Trente. Devant la colère de Charles, le pape, abandonné par les alliés sur lesquels il comptait, ne persista pas longtemps dans cette attitude intransigeante ; mais TefiFet moral était produit et il ne fut même pas effacé par l'avènement de Jules III, très hostile à la France et plus complaisant aux Habsbourgs. Il y avait entre l'Empereur et le pape une opposition de principe et telle que les meilleures volontés réciproques ne suffisaient pas à la supprimer. A divers moments, les Réformés trouvèrent ainsi dans les pontifes des alliés indirects, mais fon utiles. Et quelle était l'autorité des mesures édictées en matière de foi, lorsqu'elles n'étaient pas sanctionnées par les gardiens naturels de l'orthodoxie !

Très froidement accueilli par les Catholiques, l'Intérim avait provoqué chez les Protestants une véritable indignation. Le désastre de Muhlberg les avait plongés tout d'abord dans une sorte de consternation, mais avec la réflexion le courage leur était revenu. A la diète d'Augsbourg en i55o, lorsque Charles-Quint renouvela ses ordres et en exigea plus impérieusement l'exécution, leur irritation s'exprima si vivement qu'il fut certain dès lors pour tous les juges clairvoyants qu'on n'obtiendrait leur soumission qu'après une nouvelle campagne. Le succès en était fort douteux. Les Réformés avaient subi des pertes sérieuses, mais, sans compter les secours qu'ils espéraient du dehors, l'inmii-

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nence du péril avait étouffé les anciennes divisions : l'Électeur de Brandebourg, divers autres princes, Maurice de Saxe surtout, se rapprochaient de leurs coreligionnaires, et ceux-ci étaient tout disposés à leur pardonner leur défection. Quand la guerre éclata en i552, toute l'Allemagne protestante répondit à l'appel de Maurice; l'Empereur faillit être enlevé à Innsbruck, et le Concile de Trente se dispersa.

Les Protestants tchèques, instruits par la dernière algarade, ne cédèrent pas à la tentation d'intervenir et, quand l'Électeur de Çrandebourg, Albert de Kulmbach, pénétra en Bohême et mit le siège devant Cheb, les États utraquistes accordèrent sans discussion à Ferdinand l'armée qu'il réclamait contre les envahisseurs. Jusqu'à quel point cependant compter sur leur dévouement, si l'ennemi s'avançait plus loin? Il n'était pas prudent de mettre à une trop longue épreuve ce loyalisme de fraîche date. Les Habsbourgs préférèrent concentrer toutes leurs forces contre la France que les Protestants abandonnèrent dès qu'elle leur eut reconquis leur liberté. La Convention de Passau, i552, confirmée dans ses stipulations générales par la paix d'Augsbourg en i555, laissa aux Réformés tous les territoires qu'ils occupaient et autorisa sur leurs domaines l'exercice du culte luthérien '.

La paix d'Augsbourg a été, jusqu'en 1618, la base du droit public allemand. Si ses stipulations un peu vagues ne mettaient pas au-dessus de toute discussion la liberté de conscience, elle consacrait l'échec définitif des tentatives par lesquelles on avait essayé jusque-là de prévenir la rupture de l'unité chrétienne. La plus grande partie de l'Empire échappait à la Papauté, et le souverain, que ses intérêts non moins que ses convictions désignaient comme le protecteur du Catholicisme, avouait son impuissance et abandonnait ses projets de restauration. Dans le duel du moine de Wittenberg et du monarque sur les états duquel le soleil ne se

I. Ferdinand n'était pas alors en très bons termes avec son frère qui désirait faire élire Philippe roi des Romains, et Charles-Quint le soupçonna de complicité avec les mécontents.

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couchait pas, le moine l'emportait : la victoire demeurait à l'esprit sur la force, à la parole sur l'épée. Aucune des deux parties ne se méprit sur la portée de l'événement. Cet échec dernier annulait tous les succès d'un règne jusqu'alors si éclatant et si heureux; tous les projets de domination universelle s'évanouissaient en fumée; cet empire européen, qui n'était que la représentation temporelle de l'unité catholique, n'avait plus même de raison d'être, dès que la Chrétienté se morcelait. Ce n'est certes pas un des moindres services que Luther ait rendus à la civilisation que d'avoir soufflé sur toutes les chimériques visions que se transmettaient les héritiers du titre de Charlemagne, en même temps qu'en brisant l'Allemagne en deux camps irréconciliables, il délivrait pour longtemps le monde slave et latin du spectre de l'invasion germanique. Charles-Quint jugea la situation sans faiblesse; le mal était irréparable. Il était trop âgé pour recommencer une nouvelle vie, trop fier pour signer de ses mains sa défaite; une seule ressource lui restait, il abdiqua. Que valaient ses couronnes dès qu'elles ne lui permettaient pas d'imposer à tous ses lois absolues? Un mois après la paix d'Augsbourg, il cédait à son fils aîné, Philippe, le gouvernement des Pays-Bas, et quelque temps plus tard l'Amérique, les possessions italiennes et l'Espagne. — Le besoin d'espérance est inné au cœur de l'homme : peut-être songea-t-il que là où il avait échoué, son successeur réussirait ; qui sait si ce qui lui avait manqué à lui-même n'était pas cette foi inflexible et cette âpre conviction qu'il pressentait dans son fils? Aussi aurait-il voulu lui transmettre la couronne impériale. Ferdinand, roi des Romains depuis plus de vingt ans, se prêtait mal à un projet de renonciation que goûtaient aussi très peu les Électeurs '. Après deux ans de pourparlers, Charles-Quint s'avoua vaincu, et Ferdinand fut proclamé Empereur à Francfort eni558.

I. V. sur le projet espagnol, Lanz, Papiers d'état pour l'histoire de Char^ les Ket Correspondance de Charles V, t. III, passim. Contre Philippe, Ferdinand s'était rapproché des Électeurs protestants, et il observa Adélement les clauses du traité d'Augsbourg.

ATTITUDE NOUVELLE DE FERDINAND l63

Ferdinand avait Tesprit plus souple que son aîné et l'imagination moins bouillante; les déceptions l'abattaient moins et il ne songea pas à abdiquer. Mais il avait un sens trop vif des réalités pour ne pas avoir aperçu sur le champ les suites qu'entraîneraient dans ses domaines immédiats les succès des Protestants en Allemagne. Depuis quelque temps déjà, on le soupçonnait à Madrid de modérantisme, on l'avait accusé de ne pas désirer très vivement la défaite des princes rebelles, et, dans tous les cas, il n'était pas disposé à sacrifier ses droits et ceux de son fils à la victoire du Catholicisme. L'Empire lui paraissait valoir quelques concessions. Aussi, à partir de cette période, bien que sa conduite ne semble pas beaucoup varier, certains indices avertissent l'observateur attentif du changement qui s'est opéré dans son esprit. Il ne modifie pas radicalement l'allure de sa politique, mais il ajourne ses desseins et met désormais à les poursuivre infiniment plus de réserve et de lenteur. Il veut toujours rétablir l'unité religieuse en Bohême, mais il ne partage plus les illusions qu'avait éveillées son facile succès de 1547. I^ s'est aperçu qu'à pousser trop avant il provoquerait une insurrection qui, dans les circonstances aauelles, serait fort périlleuse et qui, dans tous les cas, coûterait beaucoup de sang ; l'aventure lui paraît trop lourde pour ses vieilles épaules. Sa piété, toujours très vive, n'a d'ailleurs rien de sombre ; dans son long séjour en Allemagne, le fanatisme que lui ont inoculé ses précepteurs espagnols, s'est peu à peu usé ; les difficultés que lui ont opposées les papes, lui ont laissé quelque rancune. En ce moment même, la tiare n'appartient-elle pas à Paul IV, farouche ennemi des novateurs, mais plus farouche ennemi des Habsbourgs, et qui refuse même de reconnaître son titre impérial î L'âge aussi, s'il n'a pas sensiblement affaibli ses facultés aaives, a diminué son impétuosité belliqueuse; sa volonté est plus flottante, sa confiance dans les ministres qui l'entourent, plus abandonnée, sa bienveillance naturelle dégénère en une sensibilité sénile qui ne supponerait pas les exécutions rigoureuses. Il désire surtout désormais évi-

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