PROGRÈS DU PROTESTANTISME
trentaine de prêtres, et parmi eux les titulaires des plus importantes cures de Prague ou des principales villes. L'hérésie est panout, dit-il dans son acte d'accusation, à l'Université où presque tous les professeurs enseignent les doctrines luthériennes, dans le Consistoire qui trahit la cause qu'il est chargé de défendre, dans les conseils municipaux, à la diète, parmi les grands officiers. En général, ceux qu'il dénonçait ne contestent pas les paroles qu'on leur reproche, et Ferdinand n'ose même pas les condamner, ajourne sa décision, ne protège pas sans peine Gelastus contre les représailles ».
Et les villes dans lesquelles se propageait ainsi ouvertement l'hérésie, étaient sous la surveillance immédiate des capitaines royaux, encore sous le coup de la terreur de 1 547. Par ce qui se passait dans leurs murs, on devine sans peine ce que se permettaient les seigneurs. Il n'est pas possible d'entrer dans le détail infini des incidents, mais les actes du Consistoire et les Missives de l'archevêque permettent d'affirmer que dans les vingt années qui s'écoulent de i555 à 1 575 la Bohême se convertit réellement au Protestantisme : alors s'accomplit définitivement la transformation commencée de i525 à 1645 et interrompue pendant une dizaine d'années.
Les seigneurs ont moins de scrupules encore que les bourgeois : tous les moyens leur sont bons pour chasser les curés qui leur déplaisent, injures, menaces, confiscations, violences même. — Le curé de Rokytsany se plaint qu'on a voulu le forcer à sonner la cloche et à dire la messe pour la fête de Hus, « le patron de la Bohême » ; à plusieurs reprises, il a couru risque de la vie. D'ordinaire, les choses ne prennent pas une tournure aussi tragique : les nobles se contentent de mettre la main sur les revenus ecclésiastiques, confisquent les biens du curé, encouragent les paysans à ne pas payer les dîmes, leur partagent même quelquefois les domaines de l'église. Les curés