LE PAPE AUTORISE LE CALICE
cet éclat ! Les Luthériens ne se fussent certainement pas contentés des maigres satisfactions qu'on leur proposait, et tout ce bruit eût fini par une prompte reculade; le seul effet probable d'une rupture momentanée avec l'Église eût été d'augmenter la force de l'hérésie. Les alliés mêmes de Ferdinand, après l'avoir mis en avant, l'auraient-ils suivi, et était-il prudent de se lancer dans une pareille aventure sans autre appui que le cardinal de Lorraine? Le nouveau légat pontifical, Morone, et le jésuite Canisius, qui avait gagné la confiance de l'Empereur, était initié aux délibérations les plus secrètes et fournissait aux négociateurs romains de précieux renseignements, lui montrèrent sans peine les dangers du coup de tête où on l'excitait. Quel grief sérieux avait-il contre le Pape ? Si ses demandes avaient été écartées par la majorité des évêques, les légats ne les avaient-ils pas très franchement appuyées ? Que ne s'adressait-il directement à la Curie ? — L'Empereur, assez embarrassé déjà de son rôle d'opposition, cherchait une occasion de se concilier les bonnes grâces de Pie IV, pour qu'il acceptât sans difficulté l'élection de Maximilien comme roi des Romains. Il se lança dans la voie qu'on lui proposait et affecta désormais d'autant plus de complaisance pour la papauté qu'il n'espérait plus que d'elle seule les concessions désirées. Une ambassade partit pour Rome et soumit au Pape les vœux de l'Empereur : la communion sous les deux espèces serait autorisée, les prêtres mariés conserveraient leurs femmes, et là où les pasteurs réguliers feraient défaut, des laïques pourraient être désignés pour célébrer le service divin. Ferdinand insistait très vivement sur la nécessité de ces mesures : elles ramèneraient les égarés et « formeraient l'utile commencement de cette restauration de la paix et de l'unité de l'Église si longtemps attendue et désirée en vain '. »
La réponse de la Curie ne satisfit guère la cour de
î. Frind, Urkunden ûber die BewUligung des Laienkekhs in Bœhmen unter K. Ferdinand. Prague, 1873, p. 11.