LE CONCILE I>E TRENTE
parla aux évêques « comme un maître », et son discours véhément lui aliéna tous les indécis. Lçs Espagnols, qui auraient pu savoir gré à Prous de son attitude vis-à-vis de la Curie, étaient, d'autre part, nettement hostiles au principe même de la proposition, assez mal disposés pour Ferdinand qui prétendait décider des choses « qui n'appartiennent qu'à Dieu ». Dans les discussions antérieures, les jésuites Lainez et Salméron avaient insisté sur le danger que l'on courait à présenter la doctrine de l'Église comme mobile et incertaine : le seul moyen de vaincre Thésésie était de lui résister sans faiblir; si on entrait dans la voie des transactions, où s'arrêterait-on? L'Archevêque de Grenade, dont l'autorité était grande, essaya d'écarter la demande de Ferdinand par la question préalable ; l'affaire avait été déjà jugée, à quoi bon y revenir? En dépit de tous les efforts des légats, quarante-huit prélats seulement votèrent pour l'autorisation du Calice, tandis que cinquante-deux la repoussaient et que soixante-cinq demandaient que l'on renvoyât la décision au Pape. Le cardinal de Mantoue proposa alors au Concile de recommander au Pape le vœu de l'Empereur, mais soixante-dix-neuf voix contre soixante-neuf se prononcèrent pour la négative. Simonetta, qui passait pour le dépositaire de la volonté pontificale, réussit cependant à obtenir du Concile une sorte de désaveu, et une forte majorité vota purement et simplement le renvoi à la Cour pontificale (17 sept. i562) '.
Ferdinand fut fort irrité de cet échec, et le Pape craignit un moment que sa mauvaise humeur ne le poussât à quelque violence. Il s'était rendu à Innsbruck pour suivre de plus près la marche du Concile, se plaignait de ses lenteurs, de sa servilité : peut-être l'Italie et l'Espagne ne désiraientelles pas la réforme de TÉglise, maisTAllemagne ne supporterait pas la continuation de l'ordre de choses existant. Les ambassadeurs français le pressaient de transférer le Concile dans une ville d'Allemagne. — A quoi eût abouti