Mémoires <Vun Jésuite^ publiés par Tomek, p. 2o
LES JOUITES 20 1
lait plus guère que tchèque, ces oraisons, en latin ou en allemand^ ne s'adressaient qu'à une infime minorité et ils n'avaient pour auditeurs que ceux qui avaient le moins besoin de leurs instructions. Aussi, dès i56o, se mirent-ils tous à rétude du tchèque, avec tant d'application qu'à la fin de l'année, l'un d'entre eux, Balthazar Pfarrkirchen, put entendre les Tchèques en confession.
Les difficultés ne manquaient pas. Leurs revenus étaient encore très faibles ; la Chambre royale, toujours à coun d'argent, payait fon irrégulièrement les subsides qu'elle leur avait promis; ils manquaient quelquefois des objets les plus nécessaires. En i558, pendant un hiver très rigoureux, ils n'avaient pas d'argent pour chauffer' la salle du collège; ils prièrent leurs élèves de demander à leurs parents quelques florins pour acheter du bois. Leurs ennemis affectèrent une belle indignation : — voilà, disaiton, la gratuité qu'ils avaient annoncée; en réalité, ils escroquent l'argent pour leurs propres besoins. L'archiduc loi-même s'émut, blâma leurs exigences : pourquoi s'adresser aux élèves lorsque le roi leur avait promis de les entretenir? La population était toujours sourdement hostile, accueillait toutes les dénonciations contre eux; on cassait leurs vitres, on les appelait fils de Judas. Au commencement, l'archiduc avait dû leur recommander de ne pas se montrer dans les rues pour éviter des scandales '. Les Utraquistes parlaient à haute voix dans leurs églises, s'approchaient de ceux qui se confessaient pour écouter; lors de l'exposition du tombeau du Christ, beaucoup circulaient autour de l'autel le chapeau sur la tête, raillaient ces cérémonies idolâtres. Quelques excès de zèle soulevaient des affaires désagréables. Les Utraquistes qui leur avaient confié leurs enfants, se plaignaient aigrement qu'on abusât de leur jeunesse pour les détourner de la foi de leurs parents. Les accusations n'étaient pas toujours très fondées, mais les ennemis des Pères les répétaient, ameutaient la foule