‹ Fin de l'indépendance bohêmeChapitre 91 sur 239 · RÉSULTATS DU RÈGNE DE FERDINAND · texte numérisé non relu

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sans esprit de revanche, mais il comprenait vaguement que si les Habsbourgs devaient jamais rétablir leur autorité dans TEmpire, ce serait en conquérant l'Allemagne du dehors. A partir de i555, le titre qui leur convient le mieux, c'est celui de Chefs de la maison d'Autriche; le sceptre impérial n'ajoute rien à leur puissance, quand il ne gêne pas leur action.

C'est là le premier résultat — et le plus grave — du règne de Ferdinand. Il déplace, comme l'axe de la puissance, l'ambition de sa famille, ou du moins il accepte et accentue le changement commencé déjà depuis des siècles. — Ainsi s'explique que la Bohême devienne le principal objet de son attention, comme c'est là aussi que sa politique produit ses plus remarquables eifets. — Dans les provinces héréditaires, Autriche, Styrie, etc. , en dépit des difficultés nouvelles suscitées par la Réforme, aucune résistance sérieuse n'était à craindre; les insurrections n'y furent possibles que par l'appui qu'elles rencontrèrent dans les pays voisins. Mais, dans les royaumes de Saint-Étienne et de Saint- Venceslas, les peuples, habitués à l'indépendance, supportaient avec peine le joug d'une dynastie étrangère; et cependant, seule l'union de l'Autriche, de la Hongrie et de la Bohême mettait les Habsbourgs hors de pair et leur permettait de jouer un grand rôle au dehors. Leur puissance restait précaire tant qu'ils n'auraient pas transformé une alliance fortuite en une union définitive et établi solidement l'autorité royale. En Hongrie, la présence des Turcs qui occupaient la moitié du pays et qui étaient toujours prêts à offrir leur appui à l'opposition, rendait impossible tout essai sérieux de réforme. Ferdinand se contenta de sauver ce qui pouvait encore être conservé et de créera ses successeurs des titres à la domination du Danube inférieur en soutenant contre Soliman une lutte inégale, mais courageuse.

En Bohême, le champ était libre. Héritier d'une situation très compromise, il réussit en quelques années à rendre à la royauté ses prérogatives les plus nécessaires, plia les noblçs à l'obéissance, réduisit les diètes à être les agents

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dociles de sa volonté, soumit les villes et supprima ceux des articles de la Constitution dont le caractère démocratique lui parut avec raison le plus menaçant pour Tavenir. La facilité avec laquelle la rébellion de 1 547 fut écrasée montra quels progrès avaient été déjà accomplis, en même temps qu'elle fournit à Ferdinand l'occasion de pousser plus hardiment sa pointe. La Bohême ne cessa pas en apparence d'être un royaume autonome, mais elle fut dès lors enserrée dans les liens d'une administration centrale qui ne releva que du roi et elle déchut au rang de province. Dès ce moment, il n'y a plus de politique bohème, mais une politique autrichienne, d armée tchèque, mais une armée impériale. Les ambassadeurs étrangers viennent à Prague quand la cour y séjourne, partent dès que le roi s'éloigne; les Bohèmes épuisent leur sang et leur or pour des causes qui leur sont indifférentes et quelquefois odieuses. Aussi, tandis que sous Charles IV, par exemple, ou Podiébrad, la cause du prince et celle de la nation sont indissolubles et que chaque victoire du souverain accroît Timportancc de Prague, chaque succès de Ferdinand la rejette à un rang inférieur. Avec lui le peuple commence cette douloureuse étape qui, de défaite en défaite, le mènera à la servitude sous Ferdinand II, pour aboutir aux essais de germanisation systématique de Joseph IL

Quelle est, dans ce grand changement, la part propre du souverain et celle de l'époque et de la situation générale? — Il y a là une division presque impossible à faire. Toutes les révolutions qui affectent pour de longues périodes les destinées intimes d'un peuple sont la résultante d'une collaboration sourde, de forces permanentes et d'actions personnelles. Il était fort diflBcile à ce moment que devant le nouveau groupement des puissances européennes et en face du péril toujours croissant qui menaçait du côté de l'Orient, la Bohême persistât dans son isolement. Les secousses terribles et prolongées par lesquelles elle avait passé, avaient énervé ses forces, les fureurs des partis avaient usé le patriotisme, les usurpations de l'oligarchie avaient rendu faciles

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toutes les entreprises en rétrécissant outre mesure les bases du gouvernement. Ferdinand eut le mérite d'apercevoir où devaient être portés les coups décisifs et de frapper d'une main qui n'hésita pas. Il eut pour complices les Tchèques eux-mêmes, et si grande est dans ses succès la part de leurs fautes qu'ils ont presque perdu le droit de lui en garder rancune. Il n'en est pas moins vrai que, même en i526, malgré les erreurs accumulées, il n'était pas défendu de rêver un autre avenir. Il n'eût pas été impossible à un souverain qui se fût appuyé sur les villes et eût développé les germes démocratiques de la Constitution, d'assurer par la liberté le relèvement de la Bohême. Mais il eût fallu pour cela que ce chef fût lui-même un Tchèque, grandi dans le culte des souvenirs nationaux et pénétré de l'esprit de la race. Ferdinand était un Habsbourg et, du jour où les Slaves l'acceptaient pour maître, ils se condamnaient à devenir les instruments d'une politique étrangère.

Moins heureux dans le domaine religieux, le roi n'avait réussi ni à ramener à l'obéissance les Utraquistes ni à empêcher les défections qui émiettaient leurs troupes au profit des Luthériens. Mais, même sur ce point et malgré les circonstances si défavorables, il avait remporté des succès qui, pour être surtout négatifs, n'en étaient pas moins considérables. Non seulement les Protestants restaient divisés et comme découverts, afifaiblis par leur anarchie chronique et toujours sous le coup des reprises de la loi, mais la propagande des Frères avait été arrêtée, et le parti catholique se relevait sous la conduite de l'archevêque et des Jésuites. Sans doute l'avenir paraissait encore plutôt favorable aux Réformés, mais c'était déjà beaucoup que la victoire ne leur fût pas abandonnée sans combat et que la poignée de fidèles qui composait alors toute l'armée romaine, pût retrouver assez de forces ou d'audace pour accepter une suprême bataille. — La liberté religieuse cependant était à la fois la dernière franchise à laquelle s'intéressât encore dans une certaine mesure le gros de la population et la plus glorieuse des traditions nationales ; tout ce que le peuple

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conservait encore de vigueur morale, il le consacra à la protéger. C'était comme la citadelle qui continuait la défense alors que la place était déjà aux mains de l'ennemi. Une victoire des Tchèques sur ce terrain mettait aussitôt en question toute l'oeuvre de Ferdinand ; leur défaite entraînait fatalement la ruine définitive des libertés politiques. Les règnes des successeurs immédiats de Ferdinand ne sont guère ainsi que des épilogues : il s'agit de savoir si les Tchèques auront leur revanche ou si sa politique sortira son plein efl'et. Ce n'est pas un médiocre éloge pour le fondateur de la dynastie que les fautes de ses enfants n'aient pas réussi à ruiner son œuvre.

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