‹ Fin de rêveChapitre 4 sur 4 · IT · texte numérisé non relu

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quelle, des deux cAlés de laquelle sont embus* qués tous les exploiteurs de la mort, tous ceux qui vivent d'elle : marbriers, marchands d'attributs religieux ou libre-penseurs, d'immortelles jaunes ou rouges, fabricants d'emblèmes funéraires, et ceux qui entretiennent les sépultures à Tannée, et ceux qui louent des arrosoirs aux gens aimant à jardiner sur la tombe d'un parent. . . On passa devant les cinq grandes dalles blanches qui marquent, en face de la porte de la prison, la place de Téchafaud. Des figures mauvaises commençaient à se montrer, dont l'expression gouailleuse protestait contre les honneurs royaux qu'on rendait à cet homme. Des ouvriers formaient des groupes hostiles, et, affamés d'égalité jusque dans la mort, regardaient dédaigneusement les chevaux caparaçonnés de noir, les panaches, les palmes, les écussons argentés, toute cette pompe bourgeoise, qui remuait dans leur cœur le vieux levain d'envie et de haine, toujours prêt à fermenter.

On parvint à l'entrée du cimetière, où se détache en grandes lettres sur le mur la belle et consolante parole avec laquelle l'Église accueille, dans le champ du repos qui ne fin ira pas.

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ceux qui lu i ont demandé de leur adou cir le ru de passage : « spes illorum immortalitate plena EST. » 11 y eut un temps d'arrêt. Tandis que les orateurs désignés se rapprochaient de Festrade préparée pour les discours, Farjasse laissait errer un regard mélancolique sur le boulevard extérieur, les mes voisines, les maisons, et songeait à la promenade qu'il avait faite un soir, en ces mêmes lieux, avec Thérèse, plusieurs mois auparavant. Que de choses, depuis lors I Comme les événements s'étaient précipités, comme la catastrophe avait été prompte et terrible !...

A ce moment il vit Morgan, qui marchait au premier rang derrière le cercueil qu'on se disposait à introduire à bras dans le cimetière, pour le placer sur le catafalque dressé près de la porte, en face de l'estrade officielle. Un jugement, dont la conscience publique avait rougi, venait d'acquitter le protecteur et le complice de la Godefroy, et il allait, revêtu de ses insignes de représentant du peuple, la démarche assurée, le front haut, l'air impassible, ses impénétrables yeux gris ne quittant pas cette grande boîte de chêne vernissé, que balançait devant lui le pas lourd et cadencé des porteurs. Un groupe compact de députés, dont il semblait

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le chef, le saivait; dans le nombre il 8*en trou* yait plusieurs dont Tintégrité commençait à passer pour aussi suspecte que la sienne. Détournant les yeux de ce groupe, Farjasse dirigea ses regards du c6té de la rue du Repos. La devanture rouge du cabaret du Grand Jour reluisait sous les rayons d'un soleil d'hiver. A une fenêtre de l'entresol, entouré d'hommes qui fumaient et qui riaient, Marins Yidalin, debout et raide, le chapeau sur la tête, le visage plus blême, plus tourmenté, plus sinistre et plus dur que jamais, regardait fixement passer le corps...

Et maintenant, sur l'estrade drapée de noir, les orateurs officiels se succèdent, glorifiant à l'envi la mémoire du défunt. Ils se sont partagé sa vie; chacun d'eux en a pris un morceau, et sur le thème choisi brode des développements pompeux. Celui-ci conte Costalla tribun ; celui-là Gostalla dictateur en province, pendant la guerre ; un autre, la campagne contre le 1 6 Mai ; un quatrième rend hommage à son républicanisme, un cinquième à son éloquence, un sixième à son talent d'avocat... Pendant qu'ils s'évertuent à pratiquer ainsi sur sa gloire le vain travail d'autopsie auquel les médecins se

sont livrés déjà sur sonpauvre corps, effondrée dans un coin, une femme pleure et pense: « Ne s'en trouvera-t-il donc pas un qui parle aussi de son cœur? »

La foule s'est retirée... Magistrats et professeurs de Facultés en robes, généraux, députés, sénateurs, ministres, délégations qui portent des drapeaux, s'écoulent, disparaissent. La nécropole, envahie depuis deux heures par les vivants, reprend son aspect de solitude et de recueillement, sa paix et sa mélancolie. On retire le cercueil du catafalque, on l'emporte vers le caveau provisoire où il doit demeurer jusqu'à ce qu'on le prenne de nouveau pour un dernier voyage : car c'est là-bas, en Provence, au bord de la grande mer bleue, que les restes de Costalla doivent trouver leur sépulture définitive. La porte du caveau est ouverte, — une affreuse porte à ras du sol, qui ressemble à un soupirail, et par o£i le regard plonge dans une ombre sinistre. La bière est déposée à terre devant cette grande bouche béante qui va l'engloutir; les couronnes, les fleurs, les bouquets sont amoncelés près d'elle. Tout autour se rangent quelques hommes, ses plus intimes amis; soutenue par deux d'entre eux,, une malheu-*

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reuse créature s'approche, dont les cheveux ]

sont devenus tout blancs depuis trois jours, et qui a voulu venir, rester jusqu'à la fin, bien que ses traits tirés et flétris attestent le douloureux épuisement de tout son être... Farjasse s'avance d*un pas et commence à parler... On Tenlend à peine d'abord, car les larmes noient sa voix ; et puis cette maudite et obstinée terreur de la parole en public, qui a pesé sur sa vie tout entière, le poursuit, le reprend. Tétreint, même là, le paralyse... Ah ! que ne donnerait-il pas, pourtant, afin d'être capable, ne fût-ce que pendant cinq minutes, d'exprimer ce qu'il sent?... Soudain le miracle, — miracle d'amitié ! — se produit. Il semble que, du fond de la triple prison de plomb, d'acajou et de chêne qui l'enferme, le mort lui ait souri, l'encourage, le rassure, lui souffle un peu de cette flamme qui jaillissait autrefois de ses lèvres éloquentes, maintenant muettes à jamais. Et Farjasse n'a plus peur, sa parole balbutiante s'afi*ermit, l'inspiration le saisit, l'enlève d'un grand coup d'aile... Il rappelle la bonté, la grâce séductrice, l'inaltérable bienveillance, la cordialité expansive et chaleureuse, la belle humeur de celui qui est là* celui dont ils ne

verront plus le sourire épanoui, la main loyalement tendue. Et le portrait qu'il trace de Tami disparu est si touchant, il trouve, pour peindre cette âme ardente et généreuse de tels accents, si profonds, si vibrants, si sincères, que tous les yeux se mouillent de nouveau, que des sanglots éclatent, et que la pauvre Thérèse chancelle, prête à défaillir d'émotion...

Comme il finissait, la haute et puissante stature, la capeline rouge d'Aurélie apparurent tout à coup au bout de Fallée. Elle avait été faire une visite à ses morts, là-bas, à l'angle du cimetière, au Mur, et revenait, d'une étrange allure de somnambule, les yeux baissés, perdue dans on ne sait quel rêve rapporté de l'endroit sinistre où la terre a bu tant de sang. Arrivée près du groupe que les amis de Costalla formaient devant le caveau, elle leva les yeux, regarda, vit ces hommes qui pleuraient, cette bière, celte large plaque d'argent vissée sur le couvercle, avec un nom gravé en grandes lettres, cet énorme amas de bouquets, de couronnes. Pas un pli de son masque tragique ne bougea; seulement, s'étant approchée, elle avança la lèvre et laissa tomber au milieu des couronnes un brin d'immortelle rouge qu'elle

tenait entre ses dénis, puis partit sans se retourner, et sans qu'il fût possible de savoir si cette fleur qu'elle jetait avec les autres était Toffraude d'une tardive pitié, enfin éveillée en elle, ou le suprême outrage de sa haine qu'elle crachait y en passant, sur le mort.

Vin.

Goog

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