LE 2 1/2 POUR CENT FRANÇAIS
Comment sera émis le prochain emprunt? lo prochain
emprunt.
C'est là une question sur laquelle le ministre des finances lui-même ne peut, jusqu'au dernier moment, répondre ; tout dépend de la situation du marché, des dispositions du public. C'est, en quelque sorte, un état psychologique dont un ministre habile doit se rendre compte avant de prendre une décision, qu'il s'agisse du type ou du cours de la rente nouvelle à émettre.
Les conditions auxquelles un emprunt aurait pu être émis il y a trois mois, six mois ou un an, ne sont plus les mêmes aujourd'hui. Depuis un an, le 3 Vo a haussé de 10 francs ; cett^^ hausse — dont on peut critiquer la rapidité mais non les causes sérieuses — peut être le point de départ d'une innovation utile pour nos innovation finances et notre crédit.
Précisons notre pensée.
Au lieu d'émettre le prochain emprunt en rentes 3 %, i>" s yi %. pourquoi ne pas profiter des dispositions favorables du public, de l'état du marché, de l'abondance des capitaux, pour créer des rentes 2 1/2 % ?
Le 3 % est à 96 francs. Il est clair que la marge de hausse qui existe pour ce fonds est forcément limitée. Au-dessus de 100 francs, il peut être converti : ce n'est qu'une question de temps.
Que représente, en 2 1/2 %, la rente 3 % à 96 francs ? Du 2 1/2 % à 80 francs.
Son utilité, SCS — Mais, nous dit-on, entre un emprunt émis en " ■ rentes 3 % à 96 francs — rentes pouvant être converties à partir du jour où elles dépassent 100 francs — et un emprunt émis en rentes 2 1/2 % à 80 francs — rentes ne pouvant être ni converties ni réduites tant qu'elles n'ont pas atteint le pair de 100 francs, — quelles sont celles que préférera le public ?
— Evidemment les rentes 2 1/2 %, car le souscripteur aura la -perspective de gagner la différence existant entre 80 et 100, soit 20 points, tandis qu'avec la rente 3 %, la différence à gagner serait seulement de 96 cl 100, soit 4 points.
— Si le public a avantage à souscrire de la rente
2 1/2 % à 80 francs, est-ce que l'Etat ne doit pas perdre en adoptant cette combinaison ?
Est-ce que l'Etat ne perdra pas ce que gagnera le public ?
— Nullement. Un emprunt en 3 %, émis à 96 francs, coûterait à l'Etat 3.125 % d'intérêt par an.
Emis en rentes 2 1/2 %, à 80 francs, cet emprunt coûterait également 3.125 % par an d'intérêt.
— Dès lors, tous les bénéfices seraient pour le public et il n'y aurait aucune perte pour l'Etat ?
— Sans doute. Non seulement le public préférerait souscrire à une rente 2 1/2 % à 80 francs qu'à une rente
3 % à 96 francs parce que les chances de hausse sont plus grandes sur une rente dont les cours sont le plus éloignés du pair ; non seulement cette rente 2 1/2 %, émise à 80 francs, pourrait avant peu valoir 82 et 85 fr. comme les rentes 2 1/2 belge et hollandaise, et s'élever à 96 et 97 francs comme le 2 3/4 anglais qui sera avant peu converti en 2 1/2 % ; non seulement les capitaux de notre pays, mais les capitaux étrangers se porteraient avec empressement sur notre 2 1/2 %, mais l'Etat aurait, lui aussi, tout à gagner.
— Quels seraient ses avantages ?
— Dans le présent, il pourrait émettre avec succès et facilité un 2 1/2 % à 80 francs qui ne lui coûterait
pas plus cher qu'un 3 % émis au plus haut cours, soit à 96 francs.
Dans l'avenir, la création d'un fonds 2 1/2 % aurait pour conséquences :
1° La hausse nouvelle du 3 % qui ne tarderait pas à atteindre le pair, puisqu'il n'y aurait pas à craindre l'arrivée sur le marché de rentes 3 % ;
2° Le nouveau 2 1/2 % pourrait, dans trois ans, être adopté pour la conversion de la rente 4 1/2 % ;
Au lieu d'être converti en 3 %, le 4 1/2 % serait, avec plus de facilité encore et de plus grands avantages pour le porteur de titres, converti en 2 1/2 % ;
3'' La conversion éventuelle et future du 3 % serait facile à effectuer dans un avenir prochain : plus haut monterait le 2 1/2 %, plus facilement le 3 % ancien se rapprocherait du pair et le dépasserait ensuite ;
4° Aux économies pour le Trésor, résultant de la conversion du 4 1/2 % en 2 1/2 %, viendraient bientôt s'ajouter celles provenant de la conversion des rentes 3 % en 2 1/2 %.
Ce serait un allégement considérable apporté à nos budgets ; ce serait le crédit de la France porté à sa plui haute expression.
— Tous ces avantages, que faut-il pour les assurer k nos rentiers et à notre budget ?
— De l'initiative et une prompte décision.
La hausse contmue, rapide, presque mmterrompue, Le» cours du
j 1 11. • ^ r./ , \ ,, . V 3 % sont-ils trop
de la rente française 3 %, n est-elle pas excessive et no élevés ? convient-il pas de dire aux porteurs de titres : « Prenez garde : la spéculation conduit le marché ; le comptant achète fort peu; quand les acheteurs voudront revendre, ils ne trouveront plus personne devant eux ; alors, nous assisterons à un krach des rentes, absolument comme en 1882 nous avons assisté à un krach des valeurs. »
— A ces réflexions nous répondrons : Oui, la hausse des rentes françaises a été rapide ; oui, la rapidité même de ce mouvement peut faire craindre un brusque retour en arrière. Mais une réaction de un, deux ou trois francs peut-être, qui serait fort naturelle après 10 francs de hausse, ne prouverait pas que la rente française a atteint des prix trop élevés et qu'elle ne mérite pas de se négocier à de hauts cours encore.
— Sur quelles raisons basez-vous cette opinion ?
— Sur des faits.
Le 2 y* et lu En quoi le 3 % français vaudi ait-il moins que le 2 3/4
2 Yi anglais. n /^^ v i /
anglais qui se négocie à 96 francs ou que le 2 1/2 anglais qui vaut 94 francs ?
Pourquoi le 3 % français vaudrait-il moins que le 3 % belge à 98 fr. 75 ou le 2 1/2 % belge à 86 francs ?
Gomment trouver trop élevé le cours du 3 % français quand le 3% francfurtois est à 98 1/2, le 3 % saxon 1855 à 96 francs, le 3 1/2 % allemand à 100 1/2 ?
Notre crédit, la scrupuleuse loyauté que notre pays apporte à exécuter ses engagements, ne valent-ils donc pas, en vérité, le crédit de l'Allemagne, de l'Angleterre, de la Belgique ?
Pourquoi trouver à trop haut cours le 3 % amortissable français alors que le 3 % danois amortissable se négocie à 99 francs ?
Le 3% gêné- Est-cc cucore uotre 3 % qui est trop cher, quand le 3 % de la ville de Genève vaut 100 francs ?
Nous attendons une réponse.
L'argument de — TOUS CéS paVS OUC VOUS CitCZ U'OUt paS UUC dcttC la dette élevée i- j ^ „ , , ^^ • ,
de la France. aussi cousidérable que celle de la France; leurs charges ne sont pas aussi lourdes, et il est juste, par conséquent, que leurs fonds publics se négocient à de plus hauts cours que les nôtres.
— Si la dette dé la France est considérable, plus considérable même que celle de tout autre pays, elle n'est n'est pas au-dessus de ses forces ; ce qui le prouve, c'est la facilité avec laquelle rentrent les impôts ; ce qui le prouve, c'est que ses ressources, son esprit d'ordre et