‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 105 sur 229 · VOIS · texte numérisé non relu

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d'économie ne sont nulle part égalés ; nulle part non plus le travail n'est plus honoré, en plus grande faveur; nulle part, le goût des valeurs mobilières et des placements en titres de rente, actions et obligations, n'est plus développé.

La France épargne, la France travaille. Depuis vingt ans, elle a considérablement développé son outillage ; elle a réalisé des progiès dont la merveilleuse exposition de i889 a fourni la preuve irrécusable.

Comment le crédit de l'Etat, représenté par les titres de rentes, ne se serait-il pas, lui aussi, amélioré ? Comment ne pas trouver j'ustiflés les progrès de la rente et pourquoi nous faire nos propres ennemis en doutant toujours ainsi de nous-mêmes ou en nous décriant sans cesse, chaque fois qu'un progrès nouveau est réalisé ?

— Quand même vos arguments seraient justifiés, ^ hausse des

, , , renies françai-

nierez-vous cependant qu un mouvement de hausse ses. aussi ininterrompu soit un fait presque inconnu dans li'S annales de la bourse de Paris ?

— Sans doute ; mais la réponse est fort simple : c'est que, pendant de très longues années, la France avait oublié et négligé ses rentes. Elle s'était amusée, sur le bord du chemin, à cueillir les fleurs et trop souvent, hélas ! les chardons de la route ; elle admirait tout chez ses voisins et se négligeait un peu trop elle-même. A force de mêler les questions politiques aux questions de finance pure, combien de capitalistes n'ont pas osé acheter des rentes ; les uns, parce que le gouvernement ne leur plaisait pas ; les autres, parce qu'ils craignaient toujours une révolution ; d'autres, parce que les malins de leur parti leur répétaient sur tous les tons que la France était ruinée, perdue, qu'elle marchait à la banqueroute et qu'il valait mieux confier ses fonds à l'étranger que de les laisser dans notre pays.

Et, c'est ainsi qu'au lieu d'acheter des rentes françaises, ces capitalistes, égarés par des conseils plus politiques que financiers, ont acheté des valeurs plus ou moins douteuses, plus ou moins sûrp= : ils le regrettent

Si

amèrement aujourd'hui, car, s'ils s'étaient bornés à acquérir de la rente française depuis 1871, quel que soit leur prix d'achat, ils verraient leur capital accru.

— Il n'en est pas moins vrai qu'il est exagéré de constater que le 3 %, qui valait 80 fr. 92 iin 1887, 82 fr. 75 fin 1888, 87 fr. 40 fin 1889, 94 fr. 90 fm 1890, ait encore, depuis, dépassé ce cliiffre. C'est un fait absolument sans précédent.

— C'est là une erreur complète : tous les pays qui nous entourent ont vu leurs rentes s'élever considérablement depuis plusieurs années. Nous seuls étions en retard avec la nôtre et nous sommes restés les derniers à nous en apercevoir.

Les fonds Dc 1885 à 1890, en cinq ans, le 3 % belge a haussé de

étrangers ont oo ' no r

déjà monté. 88 a 98 fraucs.

Le 2 1/2 % hollandais a haussé de 75 francs ii 83 francs.

Les Anglais ont converti leur 3 % en 2 3/4 et 2 1/2 %.

Le 2 1/2 % hollandais a haussé de 75 francs à 95 francs à 100 francs pour atteindre et dépasser le pair, ont été converties en rentes 4 %, qui elles-mêmes, émises entre 87 et ,90 francs, sont bien près du pair et seront ultérieurement converties en 3 %.

Les fonds autrichiens, hongrois, grecs, serbes, turcs, suédois, danois, norvégiens, ont haussé dans des proportions énormes depuis plusieurs années. Des emprunts contractés à 6, 7 et 8 % ont été convertis en rentes 5 et 4 %. L'abaissement du taux de l'intérêt — et comme conséquence la hausse des rentes — est un fait qu'on peut constater dans le monde entier. Rien n'est donc plus justifié que le redressement des cours de la rente française.

— Alors, suivant vous, la hausse du 3 % français n'est pas un fait de bourse, un accident, heureux sans doute, dû à l'intervention de la spéculation seule ?

— x\lors, suivant vous, la hausse du 3 % français n'est pas un fait de bourse, un accident, heureux sans elle sera l'objet, suivant en cela les lois de Foffre et de

la demande, est un événement logique ; c'est un changement de cours qui vient de s'opérer et qui était légi- î^ou» repre-

noQ8 notre place.

timement attendu dans le taux de la capitalisation du crédit de la France. Aujourd'hui, le 3 % français a gagné et conservera la place qui lui était due à l'étiage du revenu des fonds d'Etat européens.

— N'êtes-vous pas trop enthousiaste ? Car, si un événement politique extérieur survenait, si des difficultés s'éle\'aient avec telle ou telle puissance étrangère, est-ce que de semblables cours ne s'évanouiraient pas comme de la fumée ?

— On n'est pas enthousiaste quand on constate ce qui est. D'ailleurs, il vaut encore mieux, quand il s'agit <ki crédit et des finances de son pays, pécher par excès d'enthousiasme que par excès de pessimisme. Sans doute, les fonds français baisseraient s'il surgissait un événement extérieur. Mais indiquez-moi, je vous prie, la valeur, action ou obligation, le titre de rente étrangère qui ne baisserait pas et ne serait pas atteint? La baisse serait générale, mais rien ne prouve que la reprise ne serait pas plus vive, après la baisse, sur nos fonds français que sur tous les autres fonds étrangers. Bi(»n des capitalistes qui s'abstiennent aujourd'hui d'acheter parce qu'ils n'ont pas effectué leurs achats dans de bas prix, profileraient de l'occasion inespérée pour acheter dans de meilleures conditions.

— Vous croyez, alors, à de plus hauts cours sur la rente ? Le 3 %, cependant, n'est plus, en tenant compte de son prochain coupon trimestriel, qu'à 5 francs à peine au-dessous du pair. Vous convenez vous-même que la hausse doit être forcément limitée puisque, h partir de 100 francs, le 3 % peut être converti ? Au point de vue de la spéculation, il est plus avantageux de vendre de la rente qui a monté de 80 à 85 francs, de 85 à 90 francs et de 90 francs à 96 francs, que d'en acheter, car on peut gagner à la baisse iO et 15 francs par 3 francs de rentes, alors que le maximum de plusvalue à prévoir est de 4 à 5 francs.

Le 3 % peut — Il ne fdut rien exagérer ; mais, comme nous l'avons hau'îrpdl^ ^^"^ déjà dit, avec de l'initiative et une prompte décision, le gouvernement et la Chambre des députés peuvent donner une assiette solide au cours actuel du 3 %, lui faire même acquérir de bien plus hauts prix, préparer, avec succès et avantages pour les porteurs de titres et pour le Trésor, l'emprunt futur de 700 milions, la conversion du 4 1/2 %, la conversion du 3 %.

— Et, pour cela, que faut-il ?

Emprunt en Emettre le prochain emprunt de 700 millions en 2 ^ %• rentes 2 1/2 % au lieu de l'émettre en rentes 3 %.

Ce 2 1/2 % qui aurait, pour ses débuts, un marché de 700 millions, alors que le 3 % amortissable, créé par M. Léon Say, représentait seulement un capital de 500 millions, sera le remorqueur de tous nos fonds d'Etat.

Ce 2 1/2 % voudra dire que la France qui, il y a vingt ans, empruntait en 5 % à 82 fr. 50, reçoit aujourd'hui en 2 1/2 % à peu près le même capital, et que, par con- . séquent, elle a vu son crédit amélioré de 100 %.

Ce 2 1/2 % montrera que le taux de l'intérêt, qui était précédemment de 4 à 5 %, s'est abaissé à 2 1/2 % sous le gouvernement de la République.

Ce 2 1/2 %, ce sera, comme conséquence, une nouvelle hausse des obligations de chemins de fer qui, à 500 francs, rapporteront encore 3 % brut ; hausse préparant la conversion ou le remboursement anticipé de ces titres, ou toute autre combinaison favorable aux intérêts de l'Etat et des compagnies.

Ce 2 1/2 %, ce sera encore la hausse au pair de toutes les obligations foncières et communales et, comme conséquence, un nouvel abaissement du taux des prêts hypothécaires et communaux.

Ce 2 1/2 %, c'est enfui la porte ouverte à l'unification de toute la dette française : conversion du 4 1/2 % ; conversion du 3 %; conversion des annuités remboursables à échéance plus ou moins éloignée, opérations pouvant dans un avenir prochain procurer au budget 150 à

200 millions d'économies que l'on appliquerait à constituer un fonds d'amortissement de la dette publique ou à des réductions d'impôts.

N'y a-t-il pas, dans ce succinct exposé, tout un ensem hle de réformes et d'améliorations dont le budget A les contribuables ressentiraient les bienfaisants effets ?

— Sans doute, et, ne consultant que mes propres intérêts, vous finissez par me convaincre, car pour ma part — et pour les capitalistes et rentiers, tous les banquiers grands et petits, seront de cet avis — je préférerais souscrire à du 2 i/2 % émis à 80 francs, pouvant hausser à 100 francs, plutôt qu'à du 3 % émis à 95 ou 96 francs, pouvant être remboursé à 100 francs ou converti. J'aurais le même intérêt de mon argent avec du 2 1/2 % à 80 francs qu'avec du 3 % à 96 francs ; mais, dans le premier cas, je pourrais gagner 20 francs de différence ; dans le second, 4 francs seulement. Qui osera prendre l'initiative d'une semblable mesure ?

— Le gouvernement, le ministre des finances.

Le jour où ils jugeront le moment opportun venu, — pour nous, ce moment n'est pas éloigné, — l'emprunt en renies françaises 2 1/2 % sera annoncé et effectué avec plein succès ; ce jour-là, la rente 3 % sera au pair de 100 francs; ce jour-là, le crédit de la France aura atteint le niveau le plus élevé de tous les pays d'Europe, niveau qu'il mérite d'obtenir.

Pour accomplir cette réforme, nous avons au pouvoir un ministre des finances prudent, habile, inspirant confiance d tous, à la haute banque comme au plus petit capitaliste. Il sera, nous en avons la certitude, à la hauteur de la tâche qu'il voudra accomplir. Et cette tâche, la voici :

M. Thiers a effectué nos deux emprunts libératoires, en 5 %, qui ont affranchi le pays de l'occupation étrangère ;

,,M. Tirard a fait la conversion de cette rente 5 % en 4 1/2 % ;

M. Léon Say a créé le 3 % amortissable ;

Osera-tron ?

La parole est au nainistre dei finances.

486 IINANCES CONTEMPORAINES

M. Garnoi, pendant son passage au ministère des

finances, a émis, en rentes 3 %, un emprunt au taux le

plus avantageux que le Trésor ait jamais contracté ;

M. Rouvicr M. Rouvier a réussi complètement les conversions du

n*e"me'nt ce'uc 4 % et du 4 1/2 ancicus ; le 3 % qu'il a émis, en échange,

opération. ,^ gQ ^^ ^q^ ^ haussé à 95 et 96 francs.

Il lui reste à attacher son nom à une œuvre considérable, qu'il réussira. complètement, s'il le veut, et qui consiste en ceci :

1° Effectuer le prochain emprunt en rentes 2 1/2 % ;

2° Préparer les voies à la conversion future du 4 1/2 % cl du 3 % en 2 1/2 % ;

3° Appliquer les économies résultant de ces opérations, soit à reconstituer le fonds d'amortissement, soit à diminuer les impôts qui grèvent le plus lourdement les producteurs et les contribuables.

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