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LE MONOPOLE DES AGENTS DE CHANGE

Disons-le tout de suite, dans une discussion de cette Personnes hors nature, les questions de personnes doivent être mises de côté. Les agents de change méritent la confiance du public et en sont dignes par leur grande honorabilité. Ils n'ont point établi la situation à laquelle les critiques peuvent s'adresser ; ce n'est pas par eux qu'a été établie la législation qui les régit. De même, sur le marché libre, se trouvent des maiso;is d'une honorabilité reconnue, faisant des opérations importantes et dignes

aussi de la confiance du public. Nous ne devons envisager que l'intérêt général et c'est au seul point de vue économique qu'il convient d'examiner la question.

LaKbertércda- Liberté du travail, des échanges et des transactions ; SomLies"^ ^^ circulation facile et à bas prix des biens mobiliers et immobiliers ; pas de monopoles ; pas de privilèges : telles sont les doctrines que les maîtres de la science économique ont toujours enseignées et défendues à toute époque. Il y a près d'un demi-siècle qu'Horace Say condamnait le monopole des agents de change en disant qu'il était « un mal » ; en 1859, cette même question du monopole était discutée à la Société d'économie politique par MM. Reybaud, Wolowski, Michel Chevalier, Gourcelle-Seneuil, Coq, Courtois, Dupuit, de Parieu, Joseph Garnier ; les principes de liberté qui nous sont chers ont été énergiquement affirmés et défendus.

Dans tous les monopoles qu'il a concédés à des sociétés ou à des particuliers, ou qu'il s'est attribués à. lui-même, l'Etat s'est réservé une part des bénéfices, sous une forme ou sous une autre. Il s'est fait la part du lion. Voyez les chemins de fer : quand l'actionnaire gagne 1 franc, l'Etat, lui, gagne 3 et 4 francs ; voyez les omnibus, le gaz, et tant d'autres sociétés jouissant d'un monopole accordé par les municipalités ; voyez encore ce que rapporte à l'Etat le monopole des tabacs, de la poste, des télégraphes. Partout, l'Etat ou les municipahtés se sont réservé des avantages plus importants que ceux perçus par les actionnaires.

Lemonopoiedes Que rapportc, au contraire, le monopole des agents neprocure aucun de chaugc ? Quellcs redevauccs paie-t-il à l'Etat? avantage a a . Q^^^j^g charges supportc-t-il ? Et Cependant, depuis plus d'un siècle que ce monopole existe, tout a changé autour de nous : les hommes et les choses, les ministères et les gouvernements. La fortune mobilière a pris un développement inouï. Au commencement du siècle, 6 ou 7 valeurs étaient inscrites à la cote et représentaient 200 ou 300 millions ; aujourd'hui, c'est par milliards que se chiffrent et le capital des valeurs mobi-

lières et les transactions qui s'effectuent à la bourse. Dans la France entière, il y a près de 4,000 banques, banquiers, sociétés diverses, agents financiers de toute nature, s'ocpupant de transactions mobilières : le monopole des agents de change est resté debout. Il y a toujours soixante agents pour faire face aux besoins financiers de notre époque, comme sous Louis XVI, Napoh'on P' ou Louis XVIII.

Et sans remonter si haut dans le passé, est-ce que, "lepuis 1870 seulement, les transactions à la bourse, le nombre de valeurs cotées n'ont pas prodigieusement augmenté ?

Depuis 1870, l'Etat a émis pour 12 milliards de rentes françaises ; il a été créé 16 milliards d'actions et d'obligations diverses, sans compter les valeurs étrangères. Quand on compare la minuscule cote de la bourse de 1800 à celle actuelle, on voit immédiatement l'accroissement des titres négociables, et cependant pour traiter toutes ces affaires, le nombre des agents de change est resté le même !

Est-ce, du moins, au profit du public que cette situation a été maintenue ? Les droits de courtage officiellement perçus coûtent plus cher que sur le marché libre et dans la perception de ces droits on trouve de bizarres anomalies. On paie au parquet 40 francs pour un achat de 3,000 francs de rentes à terme, et près de 125 francs quand on les achète au comptant ; les mômes courtages .sont prélevés sur les titres libérés ou non libérés ; la double liquidation par mois augmente considérablement les frais des opérations à terme ; elle procure aux agents doubles courtages et coûte au public doubles frais. Faut-il parler de réformes nécessaires auxquelles il n'a pas été donné satisfaction ? des différences de cours, parfois exorbitantes, sur les grosses et petites coupures de titres ? de la cote officielle hebdomadaire de la bourse qui indique bien le nombre de valeurs négociables, mais omet de mentionner celui des titres amortis. Les cours ne sont pas affichés à Tintérieur du

Intermédiaires InsufDsants.

I^s courtages.

marché ; le public est obligé de s'en rapporter au bon vouloir de commis affairés plus ou moins complaisants ; les cotes des principales valeurs se négociant à l'étranger ne sont pas connues davantage ni affichées. On se borne à une courte dépêche de Londres et de Vienne : on oublie que les marchés d'Amsterdam, Berlin, Bruxelles, Francfort, Genève, ont une sérieuse importance. Et la cote des « changes », et celle du papier de banque ? Pour obtenir un renseignement complet, ce n'est pas aux agents que l'on s'adresse, mais aux courtiers.

Un des graves inconvénients du monopole est évidemment de limiter le nombre des personnes qui pourraient exercer telle ou telle industrie. Pour être logique, il faudrait limiter aussi le nombre des affaires, empêcher l'activité humaine de grandir au fur et à mesure que, chez une nation, les richesses s'accroissent. Pourquoi la gi la « coulissc », si le marché libre a pris place et développée. s'cst dévcloppé à côté du marché officiel, c'est donc parce que le monopole des agents de change n'a pas répondu à tous les besoins de notre temps. Il en a été de même pour les courtiers de marchandises en 1866. Quand le gouvernement a demandé le rachat des offices de ces courtiers, M. Rouher disait, en juin 1866, à la tribune du Corps législatif, que ces courtiers n'avaient pas su remplir toutes leurs fonctions : « Ils n>'ônt pu englober tous les privilèges, toutes les attributions qui leur avaient été données par les lois, si bien que la force de la nécessité a créé autour d'eux une quantité considérables d'autres courtiers faisant les opérations qui rentraient dans le privilège des courtiers institués par le code de commerce. » Ces réflexions ne sont-elles pas véritablement d'actualité ? Pourquoi le public, la haute banque, s'adressent-ils à la coulisse ? C'est qu'ils trouvent assurément des facilités que ne leur donne pas le marché officiel. -

On dit, il est vrai, que les agents de change ont le droit de créer 4 assesseurs par charge, ce qui ferait

2i0 personnes venant aider l'agent lui-même. Ces assesseurs, sans responsabilité, agissant pour le compte d'une maison seule, peuvent-ils avoir la même initiative, I;i même activité, la même influence que 240 maisons privées ayant chacune un capital social qui leur est propre, agissant pour leur compte, à leurs risques et périls ? Le législateur a fait de l'agent de change un (ilficier ministériel et, comme tel, il est soumis à de révères obligations ; il ne peut faire une opération pour son compte, il est intermédiaire entre Tacheteur et le vendeur : mais, d'autre part, c'est un négociant qui a des ciDitniix à rémunérer; il doit avoir le souci des mit I -es commanditaires et éviter, quand de

grandi niuuvements étendus en hausse et en baisse se produisent, de trop s'engager soit avec sa clientèle, soit avec ses propres confrères. Les banquiers du marché libre ayant plus de liberté pour acheter ou vendre, « arrêtent » une affaire quand elle leur est proposée ; <l«î là de très grandes facilités pour les arbitrages, pour les opérations à terme, pour toutes les affaires internationales qui exigent autant de rapidité dans la conceplion que dans l'exécution.

Si la Bourse et les rouages multiples dont elle se cequesti compose étaient mieux connus, combien d'erreurs seraient vite dissipées! On croit rêver quand on entend parfois des gens très sérieux se faire un acte de gloire et se décerner comme un brevet de moralité, lorsquMls s'écrient qu'ils n'ont jamais « mis les pieds à la Bourse ». Il semble, en vérité que la Bourse soit un mauvais lieu où se donnent rendez-vous tous les déclassés, tous les gens sans aveu, tous les spéculateurs dangereux, malhonnêtes et fripons ! On parle de ce va-et-vient perpétuel qui s'y produit comme dans « une maison de fous », de ces petits papiers qui s'échangent confidentiellement, de ces paroles qu'on chuchotle mystérieusement à l'oreille, de ces cris effroyables qu'on y • iitend ! La vérité encore, c'est que des opérations considérables s'échangent, sur une simple parole, entre les

clients et les agents : un ordre verbal roulant sur des centaines de mille francs et des millions est exécul'^ immédiatement ; et cette bourse, si décriée, dont on accuse la moralité, donne ainsi un exemple de probité que tous les commerçants du monde pourraient lui envier. Le capitaliste ou le banquier qui renierait un ordre donné verbalement, ou sur une « fiche », c'està-dire sur un de ces « petits papiers » dont on a tant parlé, serait plus méprisé que celui qui serait dans l'impossibilité de payer ses différences ou de satisfaire à ses engagements.

Nationalité des On a parlé beaucoup aussi de la nationalité des cour-

intermeciaues. ^.^^^ étrangers, qui font partie de la coulisse. Cet argument ne saurait prévaloir et nous ne pensons pas que ce nouveau protectionnisme financier trouve de sérieux défenseurs. Quand des étrangers viennent chez nous, sont soumis et obéissent à nos lois, pourquoi les empêcher de travailler, comme tout le monde, pourquoi les exclure quand ils ne font rien de contraire à notre pays ? Agir autrement, ne serait-ce pas se conduire comme les ouvriers qui se plaignent de la concurrence que viennent leur faire les ouvriers étrangers ? Fautes corn- Daus Cet immeusc marché de capitaux, il y a sans

Sus. ' ^"^^^^ doute bien des défaillances ; de nombreuses fautes ont été et y seront encore commises ; on peut citer des agents de change, des coulissiers, des banquiers, très répréhensibles, coupables et punis, mais l'exception ne détruit pas la règle, elle la confirme. Il ne faut pas plus médire du marché officiel que du marché libre. Tous deux ont rendu des services au crédit public et privé. Nous avons montré ailleurs un ministre, M. Teisserenc de Bort, chargé de l'intérim des finances, venant aux alentours de la place de la Bourse, pour s'enquérir de l'état du marché, du taux des reports, du cours de la rente ; il avait reçu de M. Thiers mission, si besoin en était, d'intervenir ; il s'agissait de surveiller les cours de la rente à la tenue de laquelle était intimement liée l'œuvre de la libération du territoire.

QUESTIONS ÉCOXOxMlQUES : 1891-1895 541

Que faisait le ministre pour obtenir ces indications qu'il attendait avec anxiété ? Allait-il consulter la grande corporation des agents de change ? Non : il ne dédaignait pas de s'adresser à des coulissiers, aujourd'hui si décriés, à des remisiers, à des courtiers : il voulait être renseigné exactement et tous les concours financiers étaient alors accueillis avec empressement. La coulisse fit souscrire à nos emprunts libératoires ; elle soutint les cours de nos rentes qui, émises à 82.50 et 84.50, élevèrent à 119 et 120. A cette époque, agents de change, courtiers et coulissiers ont rendu des services (ju'il ne faut pas oublier.

Au point de vue économique, notre opinion demeure Rôgimo mixu». conforme aux principes que nous avons toujours exprimés et soutenus. Mais si la liberté du marché, — liberté qui existe partout, sauf en Espagne et en Portugal — est désirable, il faut reconnaître que deux raisons peuvent motiver, non le monopole des agents de •hange, mais du moins, leur institution : d'une part, lu cotation officielle des cours, la garantie de leur sincérité ; d'autre part, la régularisation des transferts sur les rentes, les opérations sur les titres nominatifs ou ceux qui donnent lieu à des emplois ou remplois pour des femmes mariées, des incapables, des interdits. C'est à leurs risques et périls que les agents de change effectuent ces transferts ei ces opérations ; ils ont supporté cl supportent souvent des pertes sérieuses, par suite d'une erreur, d'une inattention de ceux de leurs commis chargés de ces services, par suite aussi, parfois, de lu mauvaise foi de leurs clients.

On voit donc qu'il ne faut pas plus dire : « Abolis- uesiia^érUé. sons les agents de change et établissons le marché libre », que s'écrier : « Détruisons le marché libre et chassons les coulissiers. » Agents de change et coulissiers sont une force indispensable à un grand marché de capitaux comme le nôtre. On peut désirer l'extension (lu nombre des agents; la diminution des frais de courtages ; des facilités plus grandes pour le public et des

modifications sérieuses dans l'organisation de la place financière de Paris. Mais de telles réformes ne s'improvisent pas. Il faut qu'elles soient, au préalable, mûrement étudiées par une commission spéciale compétente ; les pouvoirs publics, à moins de commettre une lourde faute, doivent, en effet, s'entourer de tous les renseignements que peuvent seuls leur donner ceux qui connaissent tout à la fois la théorie et la pratique des affaires.

LE PRIX DE L'ARGENT DEPUIS 1870 EN ANGLETERRE, AUX ÉTxVTS-UNIS ET EN FRANCE

Cote anglaise.

Cote améri caine.

Parité.

L'argent-métal est tombé à 30 pence sur la place de Londres qui jusqu'ici est toujours restée le marché régulateur du métal blanc.

La cote anglaise exprime en pence, c'est-à-dire en 12® de shilling ou en 240® de livre sterling, la valeur de l'once standard d'argent, c'est-à-dire de 31,1 grammes d'argent, au titre de 925/1000 de fin. Le cours qui correspond au pair de l'Union latine est celui dé 60,13, 4/16 pence.

Les Etats-Unis ont une autre manière de coter l'argent. C'est l'once d'argent fm, d'argent pur, qu'ils prennent comme unité et ils en expriment la valeur en dollars et en cents.

Voici la parité des deux échelles anglaise et américaine :

Cote anglaise

Cote américaine

pence

dollars

SO

En France, on cote, en millièmes, la perte de l'argent fin par rapport à un prix initial de 218 fr. 89. Ce prix initial est lui-même inférieur de 1 1/2 % à la valeur l.:'gale, à 15 1/2 du kilogramme de fin (222 fr. 22). Le kilogramme d'argent étant évalué à 218 fr. 89, la cote indique le tant pour mille qu'il faut déduire de cette

\ aluation.

Rappelons maintenant la marche des prix du métal blanc sur le marché de Londres, depuis 1871. De cette année 1871, époque où l'on était à peine au-dessous du pair, jusqu'à 1891, les moyennes annuelles se sont présentées comme suit :

Cote française.

Mouvement des prix à Londres depuis 1871.

ANNÉES

ISTi.

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