‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 115 sur 229 · KILOGRAMME · texte numérisé non relu

KILOGRAMME

d'argent fln

fr. o.

207 29 190 44 169 43 162 00 172 gB 169 80 339 89 109 45

pièce d»» 100 sou s.

QUESTIONS ÉCONOMIQUES : 1891-1895 5i5

Ainsi le kilogramme d'argent fin qui, au lendemain de la guerre, valait à peu près 218 fr. 89, peut être acquis aujourd'hui pour 109 fr. 45 ; la valeur de l'argent a baissé de 100 %, c'est-à-dire qu'intrinsèquement un lingot d'argent fin qui aurait coûté 5 francs il y a quelques années, coulerait seulement aujourd'hui 2 fr. 50.

Nous nous gardons bien d'écrire, comme on le répète .f^vaiciiri'lL" avec trop de facilité, que « la pièce de 100 sous ne vaut plus que 50 sous ». Cette baisse peut être vraie pour les affaires d'exportation, pour les opérations se traitant à l'étranger par un paiement en métal. Il est clair qu'à l'heure actuelle, avec une même valeur nominale d'or ou d'argent, on peut acheter, hors d'Europe, une quantité plus ou moins grande de marchan dises. Il en est de môme dans les pays où le change atteint des proportions démesurées, où la prime sur l'or fait des bonds fantastiques; là encore, on obtient une plus grande quantité de marchandises en payant avec de l'or, une moins grande quantité de marchandises en payant avec de l'argent, une plus faible quantité en payant avec du papier-monnaie. Mais nous n'avons. Dieu merci, en agissant avec beaucoup de calme, rien de trop grave à redouter de cette crise, de cette dépréciation énorme de l'argent qui n'a, dans l'histoire de notre époque, aucun précédent. On a bien vu le papier-monnaie, les billets de banque ou de crédit, s'affaisser, se déprécier, tomber à des cours excessivement bas ; jamais on n'avait assisté à pareille débâcle sur un des moyens d'échange les plus puissants que les hommes aient à leur disposition : l'argent. Et quand on songe qu'il n'y a pas bien longtemps encore, l'or était la mauvaise monnaie, celle dont des hommes éminents, des maîtres, demandaient la démonétisation, parce que, disaient-ils, la continuation d'une grande production d'or paraissait probable et que si Ton maintenait à l'or, dans notre système monétaire, la place qu'il y occupe, nous aurions à subir Un enchérissement général 1 Aujourd'hui, on dit la même chose de l'argent ; on nous annonce les mêmes

malheurs ; le métal jaune est le grand favori ; le métal argent est discrédité, honni !

Qui pourrait affirmer qu'un jour ou l'autre il ne reprendra pas sa revanche ?

L;i dépréciation Lu dépréciation de l'argent a commencé à partir de deisïir" ^''^ 1871, lorsque l'Allemagne, croyant nous ruiner et nous épuiser davantage après nous avoir imposé une indemnité de 5 milliards en or, prononçait la démonétisation de l'argent. Elle nous frappait des deux côtés à la fois : elle attirait à elle le plus gros stock d'or qui fût au monde ; elle discréditait l'argent qui restait en circulation en France et dans l'Europe. Ce n'est pas tout : depuis la guerre de 1870, les grandes puissances, entraînées par l'exemple de l'Allemagne qui a enfoui, dans la forteresse de Spandau, des monceaux d'or, comme réserve pour la prochaine guerre, n'ont eu qu'une idée : faire des armements, constituer un trésor de guerre, avoir chez elles le plus gros amas de métal jaune.

La ei.as«e à Les graudcs banques d'émission ont fait la « chasse

l'or

a l'or », tout comme les sociétés de crédit et les banques ont fait la « chasse à l'escompte » : à l'heure actuelle, les trois Banques de France, d'Allemagne et de Russie détiennent 4 milliards 1/2 d'or, c'est-à-dire près de 70 % de l'encaisse or de toutes les banques réunies du monde entier. Cette accumulation du métal jaune dans des coffres-forts qui ne le laissent plus sortir, cette recherche et cette conservation de For pour le compte des banques d'Etat, d'accord avec les gouvernements, ont été suivies également par les particuUers : par une conséquence inévitable, plus l'or a été demandé, plus sa faveur a grandi, plus l'argent a été offert, plus son discrédit s'est accru.

Telle est, sans entrer dans d'autres considérations qui nous entraîneraient bien loin, la situation. La baisse de

Targent pouri-a porter préjudice à TAngleterre, car toute baisse de ce métal est funeste au commerce des Indes soumises, au régime de l'étalon d'argent ; elle imira à rAutriclie-Hongrie qui n'a pas encore accompli sa réforme monétaire ; elle nuira à Tltalie qui serait fort en peine aujourd'hui si on dénonçait TUnion latine, dénonciation qui, à notre avis, serait une grosse faute ; nous nous ferions peut-être autant de mal qu'à nos voisins, car nous possédons un gros stock métallique en

S^ent, et, en même temps, nos rentiers détiennent au moins 1 milliard 1/2 de valeurs italiennes qui seraient considérablement dépréciées ; cette baisse de l'argent nuira enfin à toutes les valeurs dont les intérêts peuvent être payés en argent, mais elle ne saurait, quant à présent, du moins, troubler beaucoup notre pays.

Tant que la fiuppe de l'argent ne sera pas reprise La nappe de

» ». , . • i . -x j» IVgenl ne doit

dans nos hôtels de monnaie, tant que nos pièces d ar- pas être reprise ?onl lesteront, en quelque sorte, une monnaie d'ap- I Miiiii. (Il échange de laquelle nous pouvons solder nos achats intérieurs aussi facilement que si nous les payions en or ou en billets de la Banque de France ; tant que, en un mot, nos marchands français nous donneront autant de marchandises pour 5 francs en argent que pour 5 francs en or, nous n'avons pas à nous inquiéter, outre mesure, de ce qui se passe en Angleterre, aux Indes et en Amérique. Nous devons, comme le conseillait naguère M. Léon Say à ceux qui réclamaient la dénonciation de l'Union latine, observer les faits et conserver une attitude expectante, c'est-àdire rester tranquilles et ne pas agir à la légère.

Gardons-nous surtout de semer la panique en répé- te ^taiwqiu,, idut à qui veut l'entendre, ce qui n'est que « relativement » vrai : « La pièce de 100 sous ne vaut plus que 50 sous ! » Rappelons-nous le mot bien profond de Michel Chevalier : « La monnaie ne remplit jamais mieux son office que lorsqu'elle ne fait pas parler 'r.^iic. »

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