‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 116 sur 229 · CAPITAL ET TRAVAIL · texte numérisé non relu

CAPITAL ET TRAVAIL

▼rtS^TTe lër ^-^ ^^'' i^^^i approche et, comme les années précé- ■«^'- dentés, les mêmes attaques se produisent contre ce que

l'on appelle « la classe capitaliste et bourgeoise ». On répète, avec des formules variées, mais dont le fond est le môme, les afflrmalions téméraires et dangereuses qui ont été si souvent entendues à la Chambre et tout récemment encore pendant les discussions au sujet de la grève de Carmaux : la propriété minière a été concédée « à des actionnaires qui ne travaillent pas, a des fainéants » ; on a livré à des actionnaires des « richesses nationales qui n'appartiennent à personne ;... on n'a rien réservé pour la classe ouvrière, pour ces hommes qui descendent dans les puits des mines au péril de leur vie. »

Ces affirmations sont-elles vraies et est-il juste de mettre toujours en opposition le capital et le travail, de prétendre que le premier est l'oppresseur de l'autre ; que les capitahstes et les actionnaires ne s'enrichissent qu'au détriment de ceux qu'ils emploient ?

N'est-ce pas égarer tous ceux dont il ne faut pas, sans doute, méconnaître les souffrances et les besoins réels, mais qui seraient plus malheureux encore si capitalistes et capitaux, effrayés par les menaces dont ils sont l'objet, restaient oisifs, entraient en guerre avec l'atelier ? fera uai''^ ^"^ ^^ capital, comme l'écrivait Bastiat à Proudhon, dans „ une controverse restée célèbre (1), « est l'ami, le bienfaiteur de tous les hommes et particulièrement des classes souffrantes. Ce qu'elles doivent désirer, c'est qu'il s'accumule, se multiplie, se répande sans compte ni mesure. S'il y a un triste spectacle au monde — spectacle qu'on ne pourrait défmir que par ces mots : sui-

(1) 26 novembre 1849. — Intérêt et principal (articles extraits de la ^oix du peuple).

«ide matériel, moral et collectif, — c'est de voir ces classes, dans leur égarement, faire au capital une guerre acharnée. Il ne serait ni plus absurde ni plus I liste, si nous voyions tous les capitalistes du monde se concerter pour paralyser les bras et tuer le travail ».

A toutes les attaques passionnées dont les capita- i^s faits eue. listes, les « actionnaires » sont Tobjet, à des affirma- ^ ' "^' lions sans preuves, il est utile d'opposer quelques chiffres précis.

Quand on parle des grandes compagnies minières, de leur richesse, de la fortune de leurs actionnaires, ce -ont des sociétés comme celles d'Anzin, de Courrières, (le Douchy, de Liévin, etc., qu'on vise. On montre, l'un côté, le dividende que ractionnaire reçoit, ce

fainéant » qui n'a que la peine de recevoir le fruit du travail de l'ouvrier ; de l'autre, on critique le maigre salaire du mineur et il ne faut pas s'étonner si les capitalistes, « ces ploutocrates » sont malmenés I

Où est la vérité ? Elle a été cent fois décrite dans des documents les plus dignes de foi ; et, tout récemment encore, elle a été mise en pleine lumière dans un rapport du plus haut intérêt que nous voudrions voir entre toutes les mains : c'est celui que M. Gheysson a con- lc rapports sacré aux institutions patronales qui faisaient partie, h " ^-^'^y****^ l'exposition de 1889, de la section xvi du groupe, si remarqué, de l'économie sociale. Il contient des faits et des chiffres précis qui sont la meilleure réponse à faire 1 toutes ces déclamations.

Pendant Tannée 1888, les mines d'Anzin ont payé sociétés an- 12,851.868 fr. 51 de salaires ; elles ont consacré aux ins- l^feuls*' '"^"^ titutions. fondées en faveur de leurs ouvriers, i million 567.757 fr. 30. Ce seul chiffre de 1,567,757 fr. 30 ivprésente 12,20 % des salaires de l'année ; 47,33 % du dividende distribué aux actionnaires ; 140 francs par tête d'ouvrier. Les actionnaires ont reçu 115 francs par

titre, soit pour 28,800 centièmes de denier, 3 millions 312,200 francs.

Les mines de Liévin ont payé, en salaires, 2,322,210 îv. et consacré 341,720 fr. 91 aux institutions ouvrières : les actionnaires ont reçu 481,140 francs.

Les mines de Gourrières ont payé, en salaires, 4 millions 76,918 francs ; en subventions et secours, allocutions, etc., en faveur de leurs ouvriers, 368,394 fr. 35. Combien les actionnaires ont-ils reçu ? 2,600,000 francs.

Les mines de Doucliy paient 1,595,954 francs c\v salaires et consacrent 211,352 fr. 94 en libéralités pour le personnel employé. Quelle est la part distribuée aux actionnaires ? 449,280 francs.

A Bessèges, pendant que les actionnaires reçoivent 600,000 francs de dividende, la compagnie consacio 345,735 fr. 40 aux institutions ouvrières. Au Greusot, h) montant des subventions et libéralités s'est élevé, en 1888, à 1,632,000 francs, soit 10 % des salaires. Aux mines de Blanzy, les sacrifices faits par la compagnie en faveur des employés qu'elle emploie s'élevaient, en 1887-1888, à 1,118,794 fr. 89, c'est-à-dire à 50 % du dividende distribué aux actionnaires.

Mêmes constatations pour les compagnies de chemins de fer, pour les sociétés industrielles telles que la cristallerie de Baccarat, l'imprimerie et la librairie Maine et G^ à Tours.

Ges chiffres s'appliquent à l'année 1888 ; mais nou.pourrions citer ceux des années suivantes ; ils ne seraient pas moins concluants. En 1892, par exemple, les charges des institutions de prévoyance des mines du Nord, fondées par les compagnies en faveur des ouvriers, ont été des plus lourdes. On en jugera par le tableau suivant que nous avons limité aux compagnies d'Anzin, de Douchy, de Vicoigne-Nœux, de Fresnes, de Grespin :

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COMPAGNIES

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