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LA CHINE ET LE JAPON AU POINT DE VUE ÉCONOMIQUE

Les renseignements officiels de statistique démogra- u chinc phique, financière et commerciale sur la Chine ont fait défaut jusqu'à ce jour. Il est cependant intéressant de connaître désormais ce vaste empire qui vient, pour sauver son existence, de briser sa muraille... morale, plus difficile à renverser que Tautre. Les traités qui ont suivi la guerre que le Japon a si brillamment menée, constituent, en réalité, la première brèche sérieuse par où passera l'Europe civilisée ; les besoins financiers de la Chine seront le lien qui ne lui permettra plus de fermer cette brèche.

En particulier, le traité de commerce avec la France Traité de com-

^ ' merce avec la

nous oblige à pénétrer les ressources, les nécessités France, industrielles et commerciales du peuple chinois, comme le nouvel emprunt exige de notre part une exacte entente du mouvement financier de ce pays.

Nous avons, à Theure actuelle, quelques données statistiques ; il faut que ces premiers éléments, sans caractère officiel, se transforment en statistiques d'une plus rigoureuse certitude et qu'on fasse comprendre au gouvernement chinois, qu'on comprenne soi-même, toute l'importance de chiffres relatifs notamn^ent aux objets que nous allons brièvement indiquer, pour que la Chine puisse, dans l'avenir, échanger utilement ses ressources avec celles que peuvent lui fournir les nations civilisées et réciproquement.

Population. Si nous examinons, par exemple, la situation finan-

Re?ettes%ud- cière de la Chine, nous voyons qu'avec une popula-

^'•'taires. ^.^^^ ^^ p^^^ ^^ ggQ millious euvirou d'habitants — y

compris la Mandchourie, la Mongolie, le Thibet et les divers pays soumis à ia couronne, — et une superficie totale de 11,115,560 kilomètres carrés, sur lesquels ces habitants sont très inégalement répartis (1), les recettes se seraient élevées en 1889 à 78,500,000 taëls (2) (446 millions de francs).

Douanes. Sur ces 78,500,000 taëls, 21,823,762 taëls proviennent

des recettes douanières. De 1889 à 1893 inclusivement, les recettes douanières n'ont guère varié ; en 1893, elles étaient de 21,989,300 taëls, soit 6,202,087 pour droits d'importation, 8,463,060 pour droits d'exportation, 1 million 141,022 perçus sur le cabotage, 401,097 pour droit de tonnage, 419,801 pour le transit et 5,362,733 pour droits sur l'opium. Le commerce étranger entre dans ces recettes douanières pour 18,184,139 taëls et le commerce intérieur, pour 3,805,161.

Dette publique. Quaut à la dette publique, elle se divise en un premier emprunt extérieur, contracté en 1874 par le gouvernement chinois, et s'élevant à 13,500,000 taëls (627,675 liv. st.) au cours d'émission de 95 francs et au taux de 8 % et en dettes intérieures de 30 millions de taëls en 1882.

De 1890 à 1893 inclusivement, les importations ont' atteint : 127,093,481 taëls en 1890 ; 134,003,853 en 1891 ; 135,101,198 en 1892; 151,362,819 en 1893; les exportations : 87,144,480 taëls en 1890; 100,947,849 en 1891; 102,583,525 en 1892; 116,632,311 en 1893. Bien que ces chiffres soient loin de représenter la valeur entière du commerce étranger, on y remarque la progression cons-

Commerce extérieur.

(1) Pour une superficie de 100,000 kilomètres carrés, la province de Kiangsou, par exemple, a 21 millions d'habitants, soit 210 habitants par kilomètre carré, tandis que la province de Sin-Tsiang n'a que 0,7 d'habitants par kilomètre carré. Le Yunnan, qui intéresse particulièrement la France, occupe une superficie de 380,000 kilomètres carrés; il a 12 millions d'habitants, s^»it 31 habitants par kilomètre carré.

(2) Le taël de Haïkouan = 5 fr. 94.

tante de rimportation et de l'exportation. Les nouveaux traités sont appelés à donner un nouvel et très vif essor ï ces relations commerciales assez étendues déjà avec Hong-Kong, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le .lapon, la Russie (Sibérie et Odessa) et l'ensemble de l'Europe, mais qui deviendront chaque jour plus ictives, spécialement avec la France, grâce aux provinces de rindo-Chine. Les principaux articles importés sont l'opium, les tissus et filés de coton, le riz, le sucre, le pétrole, les tissus de laine, les poissons, le fer, le bois, la houille, Tétain, les allumettes ; les principaux irticles exportés sont le thé, la soie brute, les soieries, le coton, les fèves, les nattes, etc. ; soit, comme part proportionnelle pour 100, importation : objets d'alimentation, 46,1; matières premières, 11,9; objets fabri- • îués, 42,0 ; exportation : objets d'alimentation, 40,0 ; matières premières, 41,6 ; objets fabriqués, 18,4.

Les chemins de fer ne comprennent guère que deux «'«emins de fer. lignes dans le nord de la Chine, partant de Takao pour >e diriger, l'une à Tien-Tsin, l'autre vers Chan-Kaï- Touan, par Kaïping, avec continuation, projetée et commencée, jusqu'à Moukden. D'autres lignes existent dans rîle Pormose qui appartient au Japon en vertu du traité de paix. Enfin, un chemin de fer est en exploitation près de Wou-tchang sur le Yang-lse, pour le transport des charbons.

Si incomplètes que soient les statistiques actuelles, on se rend bien compte toutefois, par ces quelques aperçus, de tout l'avenir des relations avec ces innombrables populations, généralement laborieuses, qui occupent un espace considérable dont les richesses sont à peine mises en œuvre. Mais, comme nous l'avons dit, l'efforl "les Européens doit porter sur l'exacte connaissance de ces richesses acquises, exploitées ou latentes.

En ce qui concerne le Japon, au contraire, des statis- Le Japon, tiques précises, permettant d'agir en connaissance de

Situation éco- cause, soiît pubUécs. La situation financière, indus- """'^"^' trielle, commerciale de ce peuple intelligent et qui

vient de se révéler d'une façon éclatante tel qu'il est, l'égal aujourd'hui des peuples de la vieille Europe, est mieux connue par suite de la publication de documents de premier ordre.

Ainsi, le» ministère du commerce, de l'industrie, des postes et des télégraphes a publié récemment le rapport du consul général, M. Klobukowski, sur le Japon économique en 1894, rapport auquel les traités actuels donnent une haute importance. M. Klobukowski y examine la situation économique du pays avant et après les hostilités entre la Chine et le Japon (1).

Avant la guerre, une période d'activité due à la baisse de l'argent, à l'abondance des capitaux disponibles qui en était la conséquence, était signalée de tous côtés : au 15 février, on comptait un million de sociétés nouvelles créées en moins de six mois au capital total d'environ 100 millions de yens (2) (280 millions de francs) chiffre plus que doublé en juin par la formation d'autres sociétés ; de grands travaux, notamment l'exécution de lignes ferrées, se préparaient, travaux fructueux à tous les points de vue, les chemins de fer japonais ayant toujours été d'un excellent rapport et justifiant la sécurité reconnue aux obligations et actions des compagnies exploitantes.

Après l'ouverture des hostilités se produisit un abandon à peu près complet des entreprises en cours, les transactions commerciales furent arrêtées, le taux de l'intérêt haussa subitement, mais ce furent surtout les moyens de transport qui firent défaut et occasionnèrent les plus coûteuses difficultés. Aussi, les prélèvements effectués sur les fonds de réserve du Trésor qui s'élevaient à 26 millions de yens (73 millions de francs) ayant absorbé ces ressources, le Japon dut contracter son pre-

(1) Japon. — L'année 1894 au point de vue économique (Rapport de M. A. Klobukoswki, consul général).

(2) Le yen aw pair = ^ fr. 1664. — La moy£nne au «ours de l'année peut être évaluée, en forte baisse, à 2 fr, 7^.

mier emprunt national. Cet emprunt de 30 millions de neuc publique, yens (environ 84 millions de francs, contracté au taux de 5 %, fut couvert plus de deux fois (76,949,000 yens, soit environ 215 millions de francs).

Un deuxième emprunt dut être fait, en décembre 1894. Le parlement eut connaissance, à cet effet, du projet suivant, qu'il vota : les dépenses déjà effectuées s'élevaient à 59,958,058 19 3 de yens et celles à effectuer ■d 90,003,114 80 7 de yens, soit au total à 150 millions de yens (environ 420 millions de francs). Les recettes se composaient de : 26 millions de yens, réserves du Trésor affectées aux frais de guerre; 30 millions de yens, obligations du premier emprunt en cours de versement ; 100 millions de yens, montant des obligations à émettre ou des emprunts à effectuer, soit au total : 156 millions de yens (436 millions de francs environ). Ce budget spécial tenait donc en réserve en excédent des recettes sur les dépenses, en prévision des déficits possibles provenant du taux d'émission, une somme de 6 millions de yens (16,800,000 fr. environ). La deuxième émission d'obligations s'élevant à 50 millions de yens (140 millions de francs environ) a donné le môme résultat que la première émission (emprunt deux fois couvert.) Le montant total des souscriptions s*est élevé à 90 millions 274,750 yens (1).

Les versements effectués au Trésor sur les obligations des deux émissions se sont élevés à 13,500,000 yens au 31 décembre 1894 (40,600,000 francs environ) ; le surplus se répartit en six versements mensuels du 31 janvier au 30 juin 1895.

(1) Voici les cours comparés des divers fonds japonais au 21 décembre 1894 et au 27 juin 1895 :

27 juin 1895 27 déc. 18M

Titres de pension 5 "/oo Yens 97.00 970o

Emprunt amortissable 90.10 96.90

Titres du nouvel emprunt public 96.00 92.00

— — — a5,5o 26. ao

— de l'emprunt naval 97. 5o 96.00

— de l'emprunt de guerre 86. 4o aô.oo

(iib. de 90 Y.) (lib. de 3o Y.)

D'autre part, les souscriptions volontaires faites par les particuliers atteignaient au 31 décembre 1894 le chiffre de 2,500,000 yens (7 millions de francs environ).

Commerce ex- Le rapport de M. Klobukowski fournit ensuite des

loricur

indications détaillées sur le commerce extérieur du Japon pendant l'année 1894. Nous y voyons que le mouvement des exportations et des importations en 1894, a donné lieu à des augmentations importantes.

Les exportations de marchandises, qui étaient de 89,712,864 yens en 1893, se sont élevés à 113,246,043 yens en 1894 et les importations ont atteint 117,481,955 yens en 1894, contre 88,257,171, soit un mouvement total de 52,757,962 yens environ en plus pour l'année 1894, soit 33 % en plus pour l'importation et 26 % en plus pour l'exportation (2) ; pour le numéraire, les exportations ont passé de 12,289,188 yens en 1893, à 33,379,111 en 1894 (3) et les importations de 11,186,486 yens en 1893 à 26,783,652 yens en 1894, soit une augmentation de 37,687,089 yens en 1894. Les principaux articles d'exportation concernent les soies, thé, cuivre, charbon, riz, allumettes ; les importations portent surtout sur les cotons bruts et filés, mousselines, flanelle, draps ita- Hens, sucre, pétrole, riz, pois et haricots.

L'importance du commerce extérieur est donc considérable et l'augmentation, en 1894, est d'autant plus frappante que la guerre a arrêté de nombreuses transactions.

Presque tous les pays ont proflté de l'accroissement des transactions : les Etats-Unis ont gagné 20 millions 476,248 yens ; l'Angleterre, 15,214,468 yens ; l'Inde anglaise, 3,098,498 yens ; la Chine, 1,515,099 yens ; les Philippines, 1,231,855 yens ; la France passe de 22 mil-

(2) Du l*' janvier 1895 au 31 mai, les exportations ont atteint 49 millions 315,512 yens, et les importations 49,037,229 yens, ce qui laisse prévoir encore une augmentation générale en faveur de 1895.

(3) Pendant la même période, l'exportation de numéraire a dépassé de 13,345,501 yens l'importation, ce qui tient surtout au change.

lions cS37,252 yens à 23,846,823, soit 1,009,571 yens en plus.

Nos possessions d'Indo-Chine figurent pour la première fois, d'une manière distincte, dans les statistiques de la douane impériale, pour 6,228,669 yens.

M. Klobukowski donne plus loin des détails intéres- siiuatiunnnan sants sur la situation fmancière au cours de cette année 1894 qui a présenté de si graves péripéties. Il fait remarquer que la Banque du Japon, qui seule est autori^^éo à émettre du papier-monnaie et qui avait déjà, en décembre 1894, mis en circulation le chiffre maximum des billets que pouvaient garantir ses réserves métalliques, avait dû prendre une mesure extraordinaire, faire une nouvelle émission avec impôt de 5 %, s'élevant à 3 millions de yens (8,400,000 fr.). L'encaisse métallique de la Banque accusait au 31 décembre une différence en moins de 3,270,000 yens (au taux moyen de 2 fr. 80, 9,156,000 fr.) sur celle du commencement de l'année, plus 10 millions de yens (28 millions de francs) sortis de sa caisse. Ce délicit a été comblé au moyen de la nouvelle conversion d'après laquelle 1 yen or de ses fonds de réserve est évalué maintenant, non à i yen 30 comme par le passé, mais h 1 yen 80 de l'argent en raison de la baisse extrême de ce métal (en réalité 1 yen or vaut, î l'heure actuelle, ajoute lé rapport, plus de 2 yens argent).

Nous trouvons les chiffres suivants concernant les émissions de papier-monnaie tant du gouvernement que de la Banque du Japon et des banques nationales, à la fin de chacun des douze mois, pendant les années 1893 et 1894 :

yens yens.

Janvier 154. 964. "04 lU.3i5.137

Février 1S3.036.580 144.9(J5.306

Mars 148.483.905 143.054.662

Avril. 145.676.603 141.141.505

Mai 147. 743.425 142.638.017

Juin 152.210.550 144.888.929

Juillet 157.823.169 150.770.018

Août 161.006.883 151.987.027

Septembre 161.812.064 152.145.290

Octobre 166.435.873 151.855.714

Novembre 163.240.022 157.298.233

Décembre 174.191.910 162.308.542

banquc^s'^"^ '^'^^ ^63 affaires reprenant, par suite des succès des Japonais, les symptômes les plus favorables se présentent pour le développement du commerce extérieur et du commerce intérieur et, par suite, en faveur de la situation fmancière du pays, ainsi qu'en témoignent les chiffres suivants, extraits des statistiques des banquiers de Tokio et Yokohama.

Solde des prêts effectués par ces banques à la fm de chacun des semestres, pendant les années 1893-94 :

Yens Yens

Juin 1894 49,398,041 Décembre 1894 ... . 54,324,034

Juin 1893 47,018,595 Décembre 1893. . . . 50,953,451

Encaisse des mômes banques aux mêmes époques :

Yens Yens

Juin 1894 , 6,600,736 Décembre 1894. . . . 7,139,221

Juin 1893 15,863,828 Décembre 1893. . . . 13,696,431

Moyenne des intérêts aux mêmes banques pendant les années 1893-1894 :

Janvier 0.84

Février 0,85

Mars 0.86

Avril 0.87

Mai 0.87

Juin 0.91

Juillet 0.97

Août 1.00

Septembre 1 .00

Octobre 0.98

Novembre 0 . 99

Décembre 0.99

M. Klobukowski concluait ainsi : charges ot

Par le fait de la guerre, de lourdes charges pèsent pon. sur le Japon ; quelles que soient les difficultés provoquées par la guerre, il essaiera d'y faire face, mais si elle se prolongeait, ses dépenses de guerre se chiffrant par près de 3 millions de francs par jour, ses ressources seraient vile épuisées et il lui faudrait trouver 300 à 400 millions de francs ; il est douteux qu'un emprunt national les lui fournisse et il serait obligé de faire appel aux capitaux étrangers (1). »

« La force de résistance du Japon est considérable, car elle est faite des éléments les plus féconds : la richesse de son sol, l'accroissement de sa population et l'esprit d'entreprise. Les catastrophes d'ordre physique, les crises économiques et politiques peuvent troubler momentanément cet empire et pour quelque temps retarder sa marche ; elles ne le détourneront pas de la voie qu'il suit avec tant de persistance depuis vingt ans », disait déjà en 1891 M. le consul général Klobukowski.

« Ce que j'écrivais à cette époque, ajoute-t-il, est, sans y changer un mot, d'une application actuelle, mais à la condition que, dans le chemin qu'il parcourt avec une assurance et une fermeté dignes d'éloges, le Japon sache s'arrêter à temps, à la condition que, résistant sagement à un entraînement légitime, il n'assume pas

(1) En novembre dernier, a eu lieu le premier payement de l'indemnité (le guerre due par la Chine, soit 70 millions de yens. Les prévisions de M. Klobukowski étaient fort justes. En efTet, le Japon a dû recourir à de nombreuses émissions de papier monnaie pendant la guerre, plus de 22 millions de yens, et depuis la guerre, 15 millions de yens, sans compter les émissions des banques nationales (aa nombre de 133, représentant UQ capital de 48 millions de yens, créés en 1872 et dont le privilège expire dans 2 ans), et indépendamment de la diminution de la réserve d'argent, diminution que certains estiment à 50 % ; de telle sorle que, si la guerre avait continué, les difficultés fînanciëres du Japon, assez grandes jusqu'au P'-iyement complet de l'indemnité, et rendant peu séduisant à l'heure actuelle le portefeuille des finances, se seraient aggravées dans de telles proportions que le Japon se serait vu, pour en sortir s'il avait pu, à la merci des capitaux étrangers et forcé dès lors de subir les conditions les plus onéreuses, les plus préjudiciables à son expansion et à sa prospérité nationale.

une responsabilité peut-être au-dessus de ses forces, et qu'il regretterait dans un avenir prochain de n'avoir pas évitée. »

Cette sagesse, cette résistance à un entraînement légitime, que M. Klobukowski considérait comme la condition du développement croissant et exceptionnel du Japon, ce pays l'a montrée récemment en ne poursuivant pas la guerre ; il s'est « arrêté à temps » ; les renseignements économiques et fmanciers de M. Klobukowski n'en ont que plus de valeur et d'importance, et appellent les plus sérieuses méditations des Européens.

^^J^ situation ac- L'année 1896 se présente moins favorablement pour le Japon ; les embarras financiers, qui suivent toute guerre, et qui sont surtout inhérents à toute évolution nouvelle d'un peuple, les embarras politiques, qui accompagnent toujours les premiers, ne laissent pas que de troubler le Japon, mais la vitalité de ce peuple, mûr à la civilisation, et surtout la sagesse dont il a fait preuve avant et pendant la guerre, lui feront sans doute surmonter les obstacles réels auxquels se heurte actuellement sa bonne fortune récente. Ces difficultés, en dehors de la question coréenne, sont principalement d'ordre financier. Aussi, bien que la dette publique soit considérable, serait-il question d'un emprunt militaire de 100 millions de yens pour couvrir les frais d'occupation de Formose.

Cette dette serait alors de 427 millions de yens, comprenant : emprunts intérieurs et billets d'Etat, 280 millions 500,000 yens ; emprunt 7 % livre sterling, 14 millions de yens; 1" emprunt de guerre, 30 millions de yens ; 2* emprunt de guerre, 50 millions de yens ; émission extraordinaire, 25 millions de yens ; titres de pension, 8,500,000 yens ; emprunt pour Formose, 100 millions de yens ; le tout nécessitant un service d'intérêt.

à 5 %, de 25 millions de yens, soit 10 millions d'augmentation, sans tenir compte de l'accroissement forcé des dépenses de guerre et de marine, dépenses auxquelles il est déjà proposé d'affecter la majeure partie de l'indemnité de guerre, soit 50 millions pour l'armée, 130 millions pour la flotte.

Il est vrai, en somme, que le Japon a cela de commun avec les peuples de l'Europe, mais ceux-ci ont presque atteint le maximum de leur développement, tandis que le Japon verra sans nul doute s'accroître, avec son progrès industriel et commercial, si rapide, ses ressources pécuniaires, si l'on remarque surtout que ce progrès s'accuse par une extension très grande de ses exportations. L'Europe, on le voit, a un intérêt considérable à suivre de près les affaires japonaises, aussi bien que les affaires chinoises.

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