‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 144 sur 229 · IH · texte numérisé non relu

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D'après ces chiffrés; de 1825 à 1895, la moyenne du revenu des rentes 3 % aurait été de 5,02 au plus haut et de 3,33 au plus bas, soit 4,175 : en 1897, les rentes 3 % rapportent 2,92, soit une diminution de 1 fr. 25 par 3 francs de rentes, c'est-à-dire près de 30 % de diminution.

, Ajoutons que ces moyennes sont encore très élevées, car les années pendant lesquelles les rentes ont coté leurs plus hauts cours et, par conséquent, pendant lesquelles leur revenu a été le plus faible, sont les moins nombreuses.

Ce ne sont pas; du reste, les seuls cours de la bourse, ess^entieltement variableô et discutables, qiiUl faut consulter. * ,

Pour apprécier la baisse du taux de l'intérêt sur les rentes, il faut SB demander à quel taux les emprunts effectués en rentes ont été émis et à queltaux ils pourra^ient l'être aujourd'hui ?- "

'X)ti peut, Bn effet, indépendamment d'autres éléments d'appréciation, juger du crédit d'un pays par le taux auquql il emprunte et le prix auquel se négocient ses titres/ :>

Nous venons de montrer les -cours des rentes et là moyenne du revenu qu'elles donnent depuis .1825. Il

Le taux des noiis Suffira de rappeler le taux moyen des emprunts

emprunts. . -^

que nous avons établi dans une précédente étude (i) :

1° La Restauration a emprunté au taux moyen de ti.81

a» La Monarchie de Juillet 4.56

,3» La seconde République 6.64

4° Le second Empire 4 . 50

La troisième République a emprunté pour les emprunts libéra-

toires à 5.98

G" La troisième République a emprunté pour les emprunts postérieurs à 3.50

7° Aujourd'hui, étant donné le cours du 3 %, elle pourrait emprunter à 3.00

8" Les compagnies de chemins de fer empruntent en 2 1/i, à moins de 3 1/2, amortissement compris ;

9° L'emprunt tonkinois a été émis en 2 1/2 à 87 fr. 50, soit à 2.85 /o, sans l'amortissement.

Entre les taux d'emprunt de la Restauration 6,81 % et celui de 3 %, auquel l'Etat pourrait emprunter aujourd'hui, la diminution est de : 55 %.

Entre les taux d'emprunt de la Monarchie de Juillet 4,56 % et celui actuel de 3 %, la diminution est de 34 %.

Entre les taux d'emprunt de la seconde République 6,64 % et celui actuel de 3 %, la diminution est de 54 %.

Entre les taux d'emprunt du second Empire 4,50 % et celui actuel de 3 %, la diminution est de 33 %.

Et si on compare le taux actuel du 3 % à celui de nos emprunts de 1871 et 1872 en 5 %, quelle énorme diminution de revenu pour nos rentiers !

Les rentes 5 % émises en 1871 et 1872 à 81,50 et 82,50 ont été successivement converties en 4 1/2 et 3 1/2 % : d'ici peu d'années, elles sont appelées à devenir du 2 1/2 %! Entre le taux nominal de 5 % et celui de 2 1/2 %, n'est-ce pas une amputation terrible de 50 % que les rentiers auront subie !

Tous ces chiffres ne sont-ils pas la preuve indéniable de la diminution énorme du revenu sur la rente ? 55 %, 34 %, 54 %, 33 %, 50 %.

(1) Voir suprà, page 553.

QUESTIONS ÉCONOMIQUES : 189C-irOO 637

On peut objecter que la rente est un titre exceptionnel ; sa sécurité est si grande qu'on peut se contenter avec elle d'un revenu moindre. On peut dire que, pour démontrer plus exactement !a diminution du taux de l'intérêt et des revenus des rentiers, il faut porter ses observations sur plusieurs placements et ne pas limiter son examen à la rente française seulement.

C'est donc upe démonstration; nouvelle qu'il est utile d'établir.

Un capitaliste a des fonds à placer. Il divise ses achats : il achète de la rente française, des valeurs à lot?, des obligations françaises et étrangères, des rentes étrangères ; il peut employer ses fonds en escomptant des bons du Trésor, des effets de commerce ; il peut encore les employer en reports.

Or, dans la seconde moitié de ce siècle et depuis vingt ans surtout, la diminution du taux de l'intérêt a été considérable sur tous ces genres de placement :

Sur les rentes françaises, le revenu net est tombé de 4 1/2 et 5 %, à 3 %, soit une diminution moyenne de 36 80 % ;

Sur les obligations à lots, de 4 et 4 1/2 % le revenu a „,îns";?e'*yr*'e baissé à 2 1/2 % et même au-dessous pour certaines ««i^s. d'entre elles : diminution moyenne 41 % ;

Sur les obligations de chemins de fer, de 4 i/2 et 5 %, le revenu a baissé à 2,75 % : diminution moyenne 42 % ;

Sur les obligations industrielles de premier ordre, le revenu a baissé de 5 1/2 et 6 % à 3 1/2 % : diminution moyenne 39 % ;

Jamais le taux de l'escompte n'a été plus bas : pendant de longues années, il s'est maintenu à 4, 5, 6 % ; aujourd'hui, les premiers effets de commerce s'escomptent à 1 1/2 % ; l'escompte vaut 2 à 2 1/2 % ;

Sur les bons du Trésor, le taux normal était naguère ^o»« ^u iréwt de 3, 4 et 5 %, aujourd'hui leur rendement a baissé h i et 1 1/2 et môme, sur les bons à courte échéance, à 3/4%;

Reports. Sur les reports, dont le taux est essentiellement

variable, suivant l'abondance ou la rareté des capitaux, suivant encore la plus grande activité ou inactivité du marché, on pouvait, avant la guerre et pendant quelques années ensuite, faire des placements temporaires -à 4, 5, 6 % : aujourd'hui, on se contante de 2 et 3 %. De ce côté encore, on peut dire que les reports rapportent 60 % moins qu'autrefois.

gers

Fonds étran- , Les fouds étrangers de 1^ ordre rapportaient 5 % : aujourd'hui 2 1/2 et 3 % : diminution moyenne 45 % ;

Les fonds étrangers de 2® ordre rapportaient 6 et 7 % : aujourd'hui 4 % : diminution moyenne 38 % ;

Les fonds étrangers de 3® ordre rapportaient 7, 8, 9, 10 % : aujourd'hui 5 % : diminution moyenne 41 %.

Les obligations étrangères les plus répandues rapportaient 6 % : aujourd'hui elles donnent 3 et 3 1/2 % : diminution moyenne 46 %.

Les conversions diverses de titres et fonds d'Etat produisant 5 et 6 % ont été faites successivement en 4; 3 1/2, 3 %. Entre autres, le 6 % hongrois, qui a valu 75 et 80 francs, a été converti en 4 % à 75 francs, qui, luimême, est maintenant à 104 francs. Récemment^ un

3 % hongrois a été admis à la cote et se négocie à 93 francs, soit 13 points plus cher que le 6 % de 1880.

Le 4 % autrichien-or, émis en 1876 aux environs de 60 %; est à- 105 % ; les emprunts suédois 4 % ont été convertis en 3 % ; les emprunts norvégiens 5 %, 4 1/2,

4 %, .ont été convertis en 3 % ; de même les emprunts danois, les emprunts belges 4 1/2 et 4 % ; les emprunts suisses, les emprunts égyptiens qui, de 7 %, sont devenus du 4 ou du 3 1/2 %. Tous les fonds d'Etat à gros revenus, fonds danubiens, roumains, etc., ont subi des conversions onéreuses pour les rentiers.

. Il n'est pas. jusqu'aux fonds turcs. eùxtmêmes qui^ malgré leur faillite retentissante de 1876, ne se càpita^

lisent aujourd'hui plus cher, c*estrà-dire donnent un revenu plus faible que lorsqu'ils payaient intégralement leurs coupons. En 1860, 1863, 1865, 1869, an a pu acheter des obligations ottomanes coûtant moins de 300 francs, rapportant 30 francs, c'est-à-dire 10 % au moins. Aujourd'hui, les diverses valeurs ottomanes se capitalisent aux environs de 5 à 5 1/2 %.

La baisse du taux de l'intérêt est donc générale, aussi u bause du bien sur les titres de premier ordre que sur ceux de m" générale!' '^*' second ou de troisième ordre.

Parmi les fonds d'Etat de premier ordre, nous pouvons ranger assurément les rentes russes. Il y a peu de temps enooro. toutes ces rentes rapportaient 5 et 6 % même.

Or, aujourd'hui, il n'existe plus de fonds russes 5 % — sauf le 5 % 1822 qui est inconvertible, — tous ont été convertis en 4 %, 3 1/2 et 3 %, et les rentes 4 et 3 1/2 % qui existent encore sont convertibles avant peu d'an^ nées.

Aujourd'hui les fonds russes 3 % se négocient plus cher que les prix auxquels les fonds russes 5 % avaient été émis.

En voici la preuve :

Taux

d'émiiiiiion

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