‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 154 sur 229 · LE CANAL DE SUEZ · texte numérisé non relu

LE CANAL DE SUEZ

30 années d'exploitation du canal.

Le canal de Suez a été ouvert à la navigation le 17 novembre 1869. Il n'est pas sans intérêt de mettre aujourd'hui en lumière, par quelques chiffres précis, les résultats obtenus pendant les trente années d'exploitation qui viennent de s'écouler.

i. — Les diverses émissions faites par la compagnie pour se procurer les capitaux nécessaires, actions, l3ons de consolidation de coupons arriérés d'actions, obligations 5 % à lots, bons trentenaires, obligations 3 % \^^ et 2® séries, ont produit un capital de 464 millions de francs sur lesquels il a été amorti 10,032 actions, 6,079 bons de consolidation, 108,187 obligations 5 %, 95,580 bons trentenaires, 6,187 obligations 3 % 1" et 2® séries formant un capital de 72 millions. — Différence 392 millions.

2. — La compagnie a remboursé, en outre, à 500 fr. l'une, soit pour 60 millions, 120,000 délégations qu'elle avait émises à 270 francs en représentation de 50 coupons semestriels de 176,602 actions Suez appartenant au vice-roi ; ces 176,602 actions ont été acquises par le gouvernement anglais, par convention du 25 novembre' 1875 avec le gouvernement égyptien, pour 3,976,583 liv. st., soit 99,414,575 francs. Elles valent aujourd'hui plus (le 618 millions et rapportent au gouvernement anglais, 'iui ne les a pas mises en circulation, plus de 18 millions.

3. — Aux cours du 10 octobre 1899, la valeur des actions de capital et de jouissance, bons de consolidation, obligations à lots, bons trentenaires, obligations 3 %, est de 1,198 millions.

4. — Aux cours du môme jour, la valeur des titres ci-dessus, y compris celle des parts de fondateur et des titres de la Société civile, représente 1,427 millions.

5. — Les actions du canal de Suez, cotées à la bourse depuis 1861, ont valu au plus haut, 3,748 francs en 1898; au plus bas, 165 francs en 1871. En 1869, en novembre, mois de l'inauguration officielle du canal, elles se sont négociées entre 445 et 240 francs. Pendant cette même année, elles avaient fait au plus haut 630 francs.

6. — Le dividende le plus élevé a été de 112 fr. 138 en 1891 ; le plus bas, 25 francs en 1874. — De 1861 à 1870, les actions ont reçu 5 % du capital versé. — De 187i à

1873, elles n'ont rien reçu : les coupons non payés ont été échangés contre des bons de consolidation.

7. — De 1874 à 1898, chaque action de 500 francs a reçu, en intérêts et dividendes, 1,867 fr. 497, ce qui représente une moyenne annuelle de 74 fr. 69, soit 14,93 %.

8. — Les parts de fondateur étaient à l'origine au nombre de 100. Elles ont été ensuite divisées en dixièmes, ce qui en a porté le nombre à 1,000, puis, en 1880, en 100"", ce qui en porte le nombre à 100,000. — En 1873, le 1/100,000'' part de fondateur valait comme cours extrêmes, 44 à 47 fr. 50. Aujourd'hui le 1/100,000* de part vaut 1,390 francs et a rapporté 46 fr. 617 en 1898. Ce dividende de 46 fr. 617 représente la 1/100,000* partie des 10 % des bénéfices nets attribués statutairement aux fondateurs.

9. — Les 15 % des bénéfices attribués au gouvernement égyptien pendant la durée de la concession, jusqu'au 17 novembre 1968, ont été apportés à la Société civile par le Crédit foncier de France qui s'en était rendu acquéreur par contrat du 21 mars 1880, pour une somme de 22 millions. — Il a été créé 84,507 parts d'intérêts qui, aux cours actuels de 2,265 francs représentent une valeur de 191,408,355 francs. La part civile qui valait 597 francs, comme prix moyen en 1880, vaut maintenant 2,265 francs.

10. — En 1870, le transit du canal avait été de 486 navires jaugeant 463,609 tonnes, ayant donné une recette de navigation de 4,345,758 francs. — En 1898, le transit a été de 3,503 navires, jaugeant 9,238,603 tonnes, ayant donné comme recette de navigation, 82,657,420 francs.

11. — Le nombre de passagers était de 26,758 en 1870 ; en 1898, il a été de 219,554.

' 12. — Les 3,503 navires qui ont transité en 1898 appartiennent aux catégories suivantes : steamers de commerce, 2,505 ; — steamers postaux, 719 ; — steamers de commerce sur lest, 104 ; — transports militaires, 70; — canonnières, avisos, corvettes, croiseurs, cui-.

rassés et torpilleurs, 89 ; — yachts à vapeur, 7 ; — remorqueurs, dragueurs et citernes, 9.

13. — Sur ces 3,503 navires, 2,295 battent pavillon anglais ; 356 le pavillon allemand ; 221 le pavillon français ; 193 le pavillon néerlandais ; 85 le pavillon austro-hongrois ; 74 le pavillon italien ; 54 le pavillon ottoman; 49 le pavillon espagnol; 48 le pavillon russe; 47 le pavillon norvégien ; 46 le pavillon japonais ; 8 le pavillon danois ; 4 le pavillon chinois ; 3 le pavillon portugais ; 1 le pavillon argentin ou roumain.

14. — L'ensemble des recettes de la compagnie s'est élevé en 1898, à 87,906,234 fr. 99, chiffre qui n'avait pas encore été atteint depuis l'ouverture du canal et qui, cette année, sera encore dépassé, puisque l'excédent des recettes actuelles est d'environ 5 millions sur celles de 1898.

15. — En même temps que la compagnie a enrichi ses actionnaires, elle n'a pas perdu de vue les intérêts de son personnel : les statuts avaient eu la sagesse de

-erver à leur profit une participation dans les bénénces. Pendant l'exercice 1898, cette participation a représenté, en faveur des employés, une somme de 622,501 fr. 40. Cette participation est égale à celle des administrateurs.

16. — Sur les bénéfices nets répartis en 1898, les actionnaires ont reçu 22,098,800 francs ; le gouvernement égyptien, 4,668,760 fr. 57 ; les fondateurs, 3 milhons 112,507 fr. 05 ; les administrateurs, 622,501 fr. 40 : les employés, 622,501 fr. 40.

Ces chiffres se passent de tout commentaire ; si les actionnaires peuvent se féliciter des résultats brillants que leur a procurés l'œuvre gigantesque du canal de Suez, le commerce du monde entier n'a pas été moins bien partagé ; les profits de toute nature qui sont résultés de l'abréviation de la durée des voyages et du raccourcissement des distances, sont presque incalculables, et nous ne parlons pas des conséquences de la mise en valeur de l'Afrique et de l'Asie. Il iaut mmn>t

de temps aujourd'hui pour se rendre à Aden qu'il n'en fallait, au commencement du siècle, pour se rendre de Paris à Marseille. Le canal de Suez a abrégé de plus de moitié ^la distance qui sépare des Indes les principales contrées de l'Europe el de l'Amérique. De Londres à Bombay, il a diminué la distance de 2,850 lieues ; de Marseille, de 3,276 lieues ; d'Amsterdam de 2,850 lieues; de New-York, de 2,439 lieues.

Telle est, en quelques chiffres, l'œuvre de M. do X»esseps. Qu'on relise le mémoire qu'il adressait, en 1855, au vice-roi d'Egypte, on verra que toutes ses pré visions ont été non seulement confirmées par les faits, mais dépassées.

Tableaux annexes 1. — Plus haut et plus bas cours des actions de Suez de 1861 à 1899

ANNÉES

PLUS

H.VUT

francs

àbo 5io B58

PLUS

Page 1