‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 156 sur 229 · C O CA3 «J · texte numérisé non relu

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On peut sans doute, par des chiffres présentés avec art, faire dire aux statistiques tout ce que l'on veut qu^elles disent, mais qu'en réalité, elles ne disent pas. On prend, par exemple, comme point de départ d'une comparaison à établir, une année de très grande prospérité : on la rapproche d'une autre pendant laquelle une crise imprévue, un fléau meurtrier, des dépenses urgentes se sont produites, et pendant laquelle encore les recettes publiques ont diminué. Rien n'est plus facile alors que de dire que les affaires de l'Etat et du public vont de mal en pis.

En établissant au contraire des statistiques par périodes moyennes, soit quinquennales, soit décennales, en les comparant entre elles, on arrive à des conclusions qui se rapprochent le plus sensiblement de la vérité.

Il faut surtout envisager les chiffres tels qu'ils sont, sans parti pris, sans idée préconçue, sans passion politique, pour pouvoir en déduire nettement des indications utiles.

Dans nos divers travaux sur les valeurs molDilières, sur les impôts, sur les finances et le crédit, etc., nous nous sommes appliqué à suivre cette méthode et cette ligne de conduite. Nous avons procédé de la même manière pour rechercher précisément à ces grandes dates des expositions universelles de la France, 1855, 1867, 1878, 1889 et aujourd'hui, ce que nous disent les indices économiques, fmanciers, commerciaux et industriels et constater ainsi les progrès, la décadence ou le stationnement du pays.

Indices con- Gcs indiccs sout ceux ci-après : mouvement des caisses d'épargne ; — production des combustibles minéraux; — nombre des machines à vapeur employées dans l'industrie ; — importance du commerce général et du commerce spécial ; — mouvement des chemins de fer ; — mouvement des escomptes ; — mouvement postal et télégraphique; — valeurs successorales; — cours de la rente 3 % et des titres de chemins de fer ; etc.

suites

QUESTIONS ÉCONOMIQUES : 18î)6-1900 681'

Ces indices nous montrent que, depuis 1855 : imporuncc do

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La population a augmenté de 3 millions ; tions.

Les fonds déposés dans les caisses d'épargne ordinaires, sans compter les 875 millions reçus par la Caisse nationale d'épargne de 3,087,621 titulaires de comptes, au 31 décembre 1898, ont augmenté de 3 milliards 155 millions.

Le nombre des livrets s'est accru de 5,877,102 ;

Le nombre des élèves dans lo<- lyréos pt collèges a quadruplé;

La production des combustibles minéraux s'est accrue fie 23 millions de tonnes ;

Le nombre des établissements employant des ma- • chines à vapeur a augmenté de 30,000 ;

Le commerce général a augmenté de 6 milliards et le commerce spécial, importations et exportations réu- • nies, de 5 milliards ;

Le nombre de kilomètres de chemins de fer en exploitation passe de 5,526 à 36,934, soit un accroissement de 31,408;

Le nombre des voyageurs transportés s'est accru de :3i0 millions ;

Le nombre de tonnes de marchandises a augmenté de 98 millions ;

Les escomptes à la Banque de France sont en augmentation de plus de 8 milliards et l'on sait, d'un autre r-Até, que, dans les grandes sociétés de crédit, le mou- • ment total des escomptes dépasse les chiffres mômes de la Banque de France ;

Le taux de l'escompte, qui est en ce moment à 3 1/2 après être resté longtemps à 2 1/2 et 3 % est encore en diminution de plus de 1 % ;

Le nombre des objets transportés par la poste s'esl^ accru de 1 milliard 866 millions ;

Le produit des taxes a augmenté de 135 millions ;

Le nombre des dépêches télégraphiques a progressé de 255,000 à 37 milUons ;

Le produit des taxes a augmenté de 35 millions ;

La rente 3 % a haussé de 35 francs, les actions Nord de 1,450 francs ; l'Est de 230 francs ; le Lyon de 790 fr. ; l'Ouest de 400 francs ; l'Orléans de 630 francs ; le Midi de 610 francs. Toutes les obligations de chemins de fer ont gagné près de 200 francs.

Quant aux valeurs successorales, thermomètre probant de l'accroissement ou de la diminution de la richesse publique ou privée — car on admettra bien que dans un pays qui s'appauvrit ou dont la richesse resterait stationnaire, la fortune mobilière représentée par des titres de rentes, actions et obligations, parts d'intérêts ne pourrait s'accroître — l'annuité totale était de 2 milliards 406 millions en 1855 ; elle était, en 1898, de 5 milliards 700 milhons.

Dans ces chiffres, l'annuité mobilière, c'est-à-dire les sommes que représentent les valeurs mobilières comprises dans les successions et soumises aux droits de mutation, était évaluée à :

977 millions en 1855 1,555 — — 1867 2,254 — — 1878 2,513 — — 1889 3,036 — — 1898

C'est-à-dire que cette annuité des valeurs mobilières a plus que triplé, en passant de 977 millions à 3 milliards 36 millions. En d'autres termes, le capital sur lequel l'enregistrement perçoit des droits a triplé sur les titres mobiliers, en même temps que, sur les valeurs immobilières, il a presque doublé, en s'élevant de 1 milliard 428 millions à 2 milliards 659 millions.

Ces chiffres se passent de commentaires ; ils sont éloquents par eux-mêmes et démontrent que la France a continué sa marche en avant, progressive et prospère.

Sans les désastres inoubliables qu'elle a éprouvés en 1870-1871 et dont elle supporte encore le poids, sans les centaines de millions d'impôts qu'il a fallu créer, les milliards qu'il a fallu emprunter et dépenser pour libé-

rer le territoire, reconstituer notre armée et nos moyens de défense, exécuter de grands travaux publics, développer rinslruction publique, reconstituer, en un mot, le pays tout entier, on peut affirmer que ses progrès et sa prospérité auraient été plus grands encore.

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