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LE MARCHE OFFICIEL ET LE MARCHÉ LIBRE

Son niovere.

La Société d'économie politique discutait, le 5 avril de l'année dernière, Vorganisalion actuelle du marché libre, ({uestion proposée par M. Emmanuel Vidal. (/uieta Au cours dc ccttc discussiou, nous rappelions un mot de lord Walpoole' : Non quieta movere. « Il ne faut pas agiter ce qui est tranquille. » Nous exprimions le vœu que, malgré toutes ses défectuosités, l'accord intervenu depuis 1898 entre le parquet des agents do jg!^^"^ente de change et le marché libre subsistât et s'étendît encore. En montrant le développement des valeurs mobilières, en en faisant prévoir l'accroissement bien plus considérable dans un avenir prochain, nous ajoutions qu'il fallait se placer au-dessus des luttes et des querelles et envisager le mouvement économique de notre pays, celui de l'Europe, du monde entier, qui nécessitera les plus nombreux concours en capitaux, en banquiers s'occupant d'affaires, en intermédiaires.

Nous disions, en terminant, que les transactions llnancières et commerciales étaient appelées à prendre-, sur tous les grands marchés une ampleur de plus en. plus vaste et que, pour le bien général de notre pays, les travailleurs, les hommes d'affaires, les financiers, devaient s'y préparer « sans perdre leur temps en disputes et en querelles inutiles ». a II nje s'écoulera ptis beaucoup de temps, ajoutions-nous, avant que le marché de Paris, quel que soit le nombre de ses agents officiels et des membres du marché libre, paraisse trop à l'étroit pour pouvoir traiter, négocier la masse croissante des affaires. Ce jour-là est proche ; la liberté des transactions et des marchés, ce qui ne veut pas dire absence de contrôle et de sécurité, apparaîtra à tous comme une nécessité devant laquelle tout le monde devra s'incliner. »

Celte discussiun est d'autant plus intércssanttî à re- Nouveaux

* accords.

lire aujourd'hui que de nouveaux accords viennent d'intervenir entre le parquet des agents de change et le S^oupe du syndicat des banquiers du marché libre. Ils peuvent se résumer en quelques lignes : la remise sur les courtages de toutes valeurs cotées officiellement est portée de 20 % à 40 % ; une remise de 20 % sur les reports et de 10 % sur les opérations au comptant est attribuée au marché libre ; une remise de 80 % est accordée par les agents dç change aux banquiers du marché libre sur les opérations faites sur les valeurs ottomanes et serbes.

Les partisans convaincus et les défenseurs du marché officiel blâmeront les agents de change d'avoir concédé quelques avantages au marché libre, à « ces couiissiers » qu'en 1898 on considérait comme des gens dangereux pour le crédit public et privé, et dont on devait se passer. A leur tour, les partisans du marché libre pourront reprocher aux banquiers et intermédiaires qui

en font partie d^avoir abandonné la question de principe, d'avoir fait bon marché de leurs droits, pour obtenir des remises de courtages un peu plus élevées et d'avoir ainsi sacrifié de graves intérêts à dès gros sous.

Ces accords Nous nc sommes pas de cet avis. Nous croyons,

8(»nt favorables ^ ''

aux affaires. commc uous l'avous toujours souteuu et défendu, que quelles que soient les luttes et les résistances aux idées économiques, l'avenir appartient.au marché libre, mais nous pensons aussi que sur une place comme celle de Paris, l'institution des agents de change et des banquiers du marché libre — marché que l'on aurait tort désormais d'appeler « coulisse », car il peut travailler au grand jour, — était une force qu'il fallait s'appliquer à améliorer, à développer et non à détruire. Les agents de change, forts du droit que leur donnent la loi et leur monopole, auraient pu se montrer intransigeants. Les représentants du marché libre, sachant qu'au fond, dans une démocratie comme la nôtre, l'opinion est plutôt favorable à la liberté des affaires qu'à leur restriction et au monopole, auraient pu également se refuser à toute entente, demander plus qu'ils n'ont obtenu et attendre les événements. C'était une politique plus ou moins discutable. A notre avis, les uns et les autres ont bien fait de rester en paix, d'étendre le terrain pratique sur lequel les relations d'affaires peuvent se développer au profit de tous.

^pueiques points Lc gros du public, nous parlons de celui qui s'occupe bien plus de ses affaires au comptant que de celui qui fréquente la bourse, ne se rendra pas bien compte de plusieurs des clauses de cet accord. Au fond, peu lui importe que les agents de change concèdent des remises plus ou moins élevées à tels ou tels intermédiaires : mais il se demandera, par exemple, pourquoi tous les intermédiaires de bourse, les grandes sociétés

(,>rKSTIO\S ÉCONOMIQUES : 1901-1904 741

de crédit, où il a l'habitude de s'adresser, les banquiers qui, sans faire partie du marché libre, occupent cependant la première place dans le monde des affaires, pourquoi tous ceux qui reçoivent et transmettent des ordres d'achats et de ventes de valeurs et donnent, en somme, la vie à un marché, sont presque mis à l'écart.

D'autre part, il ne comprendra pas beaucoup que des avantages spéciaux soient accordés au marché libre pour les négociation.s des « fonds turcs et serbes ». Il pensera qu'il existe beaucoup d'autres valeurs et d'autres fonds -- notamment les fonds russes — qui auraient le plus grand besoin d'avoir un marché plus large : si celle extension du marché pouvait être obtenue au prix de la concession de plus grosses remises de courtages au marché libre, voire même de la création d'un groupe spécial s'occupant des négociations de ces fonds, il faudrait se hâter bien vile de recourir il ce moyen et il y aurait lieu de se féliciter de la mesure adoptée pour les fonds ottomans et serbes.

Nous partageons complètement celte manière de voir Œuvre atiie

, 1.1- • . . dans l'ensemble.

(lu c( gros public » ; mais nous reconnaissons aussi que, sous ces réserves, l'entente nouvelle intervenue entre les agents de change et les banquiers du marché libre est un progrès : c'est une première déchirure, consciemment apportée à la loi du 13 avril 1898 : elle montre les imperfections de ce qu'on a appelé la « réorganisation du marché » ; elle prouve que cette réorganisation, que ses défenseurs trouvaient parfaite, était perfectible ; qu'agents de change et coulissiers au lieu de s'enlredéchirer étaient faits pour s'entendre. Il s'agissait seulement de le vouloir et, au lieu d'exciter les esprits, de chercher à les calmer. C'était ce que nous n'avions cessé de dire et d'écrire : les faits nous donnent pleinement raison.

Nous en frlicitons MM. Caillau.\,d«3 Verneuil et Outlin.

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