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Quelle est, au contraire, la situation de la dette publique française pendant la même période ?

En France, les dépenses pour la dette publique et la dette remboursable à terme, y compris la dette viagère, exigeaient :

millions do francs

Annuités dans H résultc de ces chiffrcs que, depuis 1892, les annuités ^^T^lmenfâtion. néccssaires au service de la dette publique se sont ainsi accrues :

millious de francs

Allemagne 41.0

Autriche-HoDgrie 35.0

Aniïleterre 22.0

Belgique 7.0

Russie 100.0

Saxe 12.5

Suède el Norvège 11.0

Suisse 2.0

Wurtemberg 2.5

QUESTIONS ÉCONOMIQUES : 1901rl904 755

En France, au contraire, l»\s dépenses pour la dette Diminution en |)iihlique et la detle renihomsable h t«rme, malgré raccroissemeni de la dette viagère, ont descendu de 1,286 millions, 8 à 1,003 millions, 3, soit une diminution le 283 millions, 5.

Il est vrai que, depuis 1892, le budget a bénéflcié des conversions de la rente 'i 1/2, successivement réduite on 3 1/2 et en 3 % ; mais, dans les principaux pays, 'le grosses conversions de renies ont eu lieu depuis cette époque : en Allemagne, Prusse, Belgique, Suède et Norvège, Danemark, Russie, Suisse^ etc.

Nous pouvons donc dire, en nous appuyant sur les chiffres mômes des budgets, que, dans tous les pays, on constate une augmentation des charges annuelles de la dette publique : chez nous, au contraire, le service de la dette consolidée et celui de la dette remboursable à terme exige 283 millions de moins qu'il y a dix ans.

Cette constatation, qui résulte de documents officiels, répond d'une façon nette, à ceux qui prétendent, sans i[)poit('r aucun chiffre à l'appui de leur opinion, que Ifs dépenses publiques et la dette s'accroissent, en France, dans des proportions démesurées alors qu'elles iliminuent dans les autres pays.

Or, c'est le contraire qui est la vérité.

Depuis deux ans et plus particulièrement dans le incxacu!""*'"^* cours de l'année 1902, c'est sur de tels arguments, absolu ment inexacts, que les partis politiques se sont appuyés pour engager le public français à vendre ses l'entes et à acheter des fonds étrangers : que de fois, en effet, n'a-t-on pas entendu parler de l'accroissement de notre dette et de nos dépenses publiques et vanter la diminution de celles des autres pays ? De là à conseiller à nos rentiers de vendre leurs renies et acheter des fonds étrangers, d'envoyer leurs titres et capitaux au dehors, le pas a été vite franchi. On voit maintenant ce

Fortes charges, mais nombreuses ressources.

Classement des pays d'après la quantité de valeurs mobilières propres à chacun d'eux.

qu'il faut penser de cette argumentation. Nous faisons trop de dépenses ; nous avons des charges fort lourdes et tous les efforts doivent tendre à les réduire et non à les accroître, tout le monde est d'accord sur ce point ; mais les autres pays se trouvent dans une situalion qui n'est guère enviable et nous ne changerions pas la nôtre pour la leur.

Si nous avons de fortes charges, nous disposons aussi de nombreuses ressources ; et, lorsqu'on compare la situation de la France à celle des autres pays, ce n'est pas seulement le poids des charges qu'il faudrait opposer l'un à l'autre, mais aussi le total des revenus publics et privés, l'abondance des disponibilités et des capitaux du public. Or, à ce point de vue encore, la France peut supporter la comparaison avec tout autre pays. Nulle part, l'esprit d'économie et d'épargne n'est plus développé ; nulle part, sauf en Angleterre, on ne trouve une pareille quantité de valeurs mobilières appartenant en propre au pays. Et sur ce point encore, nous pouvons citer des chiffres précis. Nous les empruntons au rapport sur la statistique internationale des valeurs mobilières, que nous avons présenté à la dernière session de l'Institut international de statistique à Budapest.

Les divers pays d'Europe, d'après la quantité de valeurs mobilières appartenant en propre à chacun d'eux, se présentaient, à la fm de 1900 et au commencement de 1901, dans l'ordre suivant :

milliards de francs

Grande-Bretagne 120

France , 90

Allemagne 45

Russie 25

Autriche-HoDgrie 20

Pays-Bas 10

Ilalie 10

Belgique 6

Espagne 6

Suisse 5

Danemark 3

Suède, Norvège, Roumanie, divers 2

Total général.....' 34-2

L'ensemble des valeurs négociables en Europe pouvait atteindre, au commencement de 1901, 550 à 560 milliards, il faut en déduire les doubles emplois provenant de titres négociables sur plusieurs places. Sur ces 550 à 560 milliards, 342 appartiennent en propre aux divers pays et, sur ces 342 milliards, 120 appartiennent à l'Angleterre, 90 h la France, 45 à l'Allemagne, etc.

On verrait également dans notre rapport comment se subdivisent ces 90 milliards ; quelle est la part faite aux fon(Js d'Etat et titres étrangère, à qui la France les a prêtés, dans quelles proportions la France a commandité, en quelque sorte, le monde entier.

Nous pourrions rappeler encore les travaux de la com- , l^s travaux de

i t r la commission do

mission extraparlemenlaire de l'impôt sur les revenus, vim^ôi sur les

revenus,

constituée en 1894 par M. Poincaré-, cette commission a âimuiiaixisde évalué approximativement l'ensemble des revenus du France."* pays tout entier, au chiffre énorme de 22 milliards (1).

Aussi, et ce sera notre conclusion, quand, après avoir étudié par le menu la situation financière des divers Etats, comparé leur crédit, leurs ressources, leurs charges, nous en revenons à l'examen du nôtre, nous sommes effrayés par le pessimisme et l'esprit de dénigrement qui dominent, chaque fois que la politique s*en mêle.

Il semble qu'on prenne plausir à effrayer le public, à lui crier, sur tous les tons, que la France se ruine, qu'elle marche à la banqueroute. Prétendre le contraire, c'est être, dit-on, optimiste ! Nous répondons que, dans des questions aussi graves, il faut s'abstenir de tout parti pris et établir son raisonnement uniquement sur des faits et sur des chiffres : nous ajoutons que lorsqu'il s'agit du crédit de notre pays, on ne saurait trop le défendre et empêcher qu'il ne soit atteint par des critiques et des attaques injustifiées. Nous nou§ rappe-

(1) Rapport de M. Adolphe Coste.

no^s'"fl nuances ^'^^^ ^^^ parole, uiî conseil, de M. Léon Say : « Il faut, avant tout. disait-il, tout sacrifier à l'intérêt de nos finances, car si

les finances de la France étaient détruites, notre pays serait réduit au rang des dernières puissances. » Nous nous inspirons de ce ferme langage, et nous déplorons de voir comment, en matière de finances, on se complaît à dénaturer la situation de notre pays.

fi^ancièï'e^'e'î ^'^^ ^'^^î^' ^^ ^^^^^' ^^ ^'^^^^ financier des autres pciys économique est étrangers, tout est bien, tout est beau : s'agit-il du nôtre, tout est mal. Les gouvernements étrangers savent cependant à quoi s'en tenir sur ce point. Tous, sans aucune exception, ont besoin de faire appel au crédit, sous une forme ou sous une autre. Tous savent que c'est en France où ils trouveront les capitaux nécessaires parce qu'ils connaissent nos immenses ressources. A l'heure actuelle, les grandes places financières et banques européennes sont débitrices de la nôtre et de nos banquiers de plus de 2 milliards. Rien qu'à Londres, les capitaux français employés sont considérables. Tous les changes nous sont favorables, ce qui explique que partout, au dehors, la France est créditrice et non débitrice. Aussi, avons-nous le droit d'affirmer et de répéter que nous nous calomnions quand nous admirons la situation financière et économique des autres pays et que, de gaîlé de cœur, nous discréditons la nôtre.

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