‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 19 sur 229 · i5. 3 En plus · texte numérisé non relu

i5. 3 En plus

(1) Y compris le produit du monopole des allumettes^ inscrit alors dans les produits divers des contributions inairectes.

(2) Il n'y a pas contradiction entre ce résultat et l'indication que nous avons donnée du chififre des nouveaux impôts créés ou augmentes (800 à 900 millions). Plusieurs lois datent de 1874 et n'auront un plein effet que pour les exercices postérieurs.

QUlvSTIONS ÉCONOMIQUES: 1872-1875 C9

Si la France avait été appauvrie, eùl-elle pu sup-

semblables charges ? Pourrait-elle les payer ?

.\ iiiberail-elle pas sous le poids de ces impôts

é( I , ? Ne veirail-on pas des troubles éclater à roc-

ision de la perception de ces impôts ? N'entendrait-on pas, tout au moins, des réclamation^ plus ou moins ^ives ? N'a-l-on pas encore présentes à la mémoire les criminations que souleva, en 18'iS, rétablissement dos 'i5 centimes ? combien fut grande Timpopularilé de celle mesuro et de son promot»'iir, M. (î:irniori^igès (1).

Kh bien, qu»' \oyons-nous, au cnniruire ? les impôts

iilrent; ces formidables imi>ôts, dont la guerre est

cause, s'acquittent et se paient, non seulement sans ilifflculté, sans réclamation, mais avec ponctualité, par avance même. La proportion des diiu/Jémes recouvrés

ir les contributions directi^ a la lin du dernier excr- 'ne, est, en elTet^ plus élevée que par le passé.

Les impôts sont donc supportés par les contribuables plus facilement qu'on ne pouvait l'espérer.

Iles charges sout taeUet supportées.

Développement du comim'ice iiih-neur et e.xleneur, iMuidance et bon marché de l'argent, achats considérables faits par l'épargne, augmentation dans le rendement des impôts indirects, paiement facile des taxes nouvelles : tels sont les faits qui prouvent jusqu à l'évidence que les 5 milliards payés à l'Allemagne n'ont pas appauvri la France. Connue nous l'avons dit plus haut, ce sont les économies réalisées autrefois, grâce

une prospérité sans égale, à un développement prouigieux du commerce et de l'industrie, qui nous ont permis d'acquitter celle énorme rançon et les frais de la guerre. Ces économies étaient représentées soit par i\o.s placement^ f:\\\< on Fnmr»^ et à rétrancer. soit par

t) Voir daii'^ le Iouk- h.

oxpèdietit tinancior.

|M- li'«. l'étiiiio que nous avons consacrée à

ont

pennit <nieqtiller loi *

rlismsd'sajoiir»

La France était ^es placemeiits effeclués sur certaines valeurs industranger. tnelles, soit par des avances commerciales dues à nos

compatriotes sur les différents points du globe. Lorsque nos deux emprunts furent émis, des ventes i]()mbreuses de fonds étrangers et de valeurs industrielles eurent lieu ; la France, créditrice de l'étranger grâce à ses exportations, rentra dans les fonds qui lui étaient dus et tous ces capitaux réalisés furent, pour la majeure partie, employés à souscrire à nos emprunts de libération.

Les choses se sont passées comme si les 5 milliards avaient été remis à l'Allemagne en titres de rente française et comme si les Français avaient envoyé leurs épargnes à Berlin pour racheter ces titres de rente, de même qu'ils les envoyaient auparavant à l'étranger pour acheter des valeurs étrangères, fonds d'Etats ou titres industriels. En un mot, les capitalistes français ont remplacé par de la rente française : une partie des valeurs étrangères qu'ils possédaient ; une partie des économies qu'ils avaient disponibles ; une partie, enfin, des créances dont ils disposaient sur l'étranger.

Toutefois, si le commerce et l'industrie se sont développés depuis la guerre, si, au point de vue financier, notre situation est incontestablement meilleure qu'il y a quatre années, il ne faudrait pas en conclure que le commerce et l'industrie sont dans une situation matériellement aussi avantageuse qu'avant. Leurs bénéfices, en effet, malgré l'accroissement des affaires, sont moindres, car il faut acquitter des charges et des impôts, qui n'existaient pas il y a quatre ans ; et les impôts ne sont, en définitive, qu'un prélèvement opéré sur la fortune privée, sur les économies ou sur le travail des^ particuliers. C'est déjà beaucoup cependant, que le paiement des milliards de la guerre n'ait pas enlevé au commerce et à l'industrie les capitaux qui leur sont nécessaires ; c'est déjà beaucoup qu'on puisse encore aujourd'hui trouver de l'argent à bon marché ; c'est déjà beaucoup que nous voyions, après des catastro-

;>hes aussi terribles, la France remise au travail, ayant onscience de ses forces et envisageant Favenir avec 1 mce. Non seulement nos 5 milliards n'ont pas lii l'Allemagne : mais ils ne nous ont pas appauvris.

En faisant colle conslalalion, nous n'avons pour but *>Hieni»ioiw ni de faire un vain étalage des forces de notre pays, ni de placer sous les yeux d'un adversaire jaloux toutes 1<'S richesses que nous possédons encore. Nous avons < ru (lu'il n'y avait nul danger à dire ici ce que l'AUe- Miagne connaît ù mer\'eille ; nous avons pensé même • {lie, si au delà du llliin on le savait trup bien, en France un ne le savait pas assez et qu'il importait que nous connussions toutes nos ressources, afin de n'en laisser' l>erdre aucun»*.

Non, la France n'a point perdu -a richesse ; elle n'a I>oint vu son conmierce et son industrie péricliter ; elle a encore de puissants éléments d'action, un grand cn'»dit, des capitaux abondants.

Celte richesse accumulée, cette richesse dont naguèiv encore nous ignorions l'tMendue, comment a-l-elle élé acquise ? Par vingt ans d'un travail paisible, constamment poursuivi. Un système économique libéral et lar- -<*ment appliqué, de grands travaux publics entrepris, II» nouveaux chemins de fer tracés, des routes, des

maux, des ports créés ou augmentés, tels ont été les puissants stimulants grûce auxquels notre pays avait pris un essor rapide que nos rever> et ii»»^ f.iiil»- 11*0111 pu sérieusement ralentit

Il convient maintenant de reprendre l'œuvre inlerlompue, de réorganiser notre armée, de reconstituer notn^ matériel de guerre et de mettre ainsi notre territoire à l'abri des attaques du dehors. 11 nous faut, d'un autre côté, renouveler et développer largement nolix» outillage sociale industriel, commercial, faire toutes les

dépenses salutaires et productives qui doivent rendre fructueux le travail national.

Que les pouvoirs publics n'hésitent pas à demander à la France l'argent nécessaire pour les grands travaux de la paix. Qu'on se nâtc môme ; il ne faut pas laisser à l'épargne tout entière îe temps de trouver un aulro emploi ; qu'on ne la laisse pas se détourner de iw^ fonds d'Etat. L'instant est propice, l'œuvre grande et belle, le succès certain. Nous avons trouvé les iO milliards de la guerre ; nous trouverons, sans difficulté, le milliard de la paix.

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