BILAN DE LA RÉFORME CADASTRALE
ET HYPOTHÉCAIHE.
Dépensrs \ ,. pian flnancier que nous venons d'ex- capitaux umposer permt'llra ù l'Etat de se procurer tous les fonds biï^ '*^*''"" nécessaires, au fur et à mesure de ses besoins, sans fatiguer le crédit public par des émissions répétées de rentes, sans su i charger le budget par des dépenses annuelles importantes qu'il faudrait y inscrire pendant une trentaine d'années, sans faire appel à la dette flottante, sans ouvrir des comptes ou des chapitres spéciaux ainsi qu'on avait procédé pour la caisse des école-
(^e pi. m iiii.uieK'r [nml ^^a résumer en deux lignes : inscription d'annuités au budget pendant quatre-vingts
^3î< FINANCES CONTEMPORAINES
années ; crôition d'obligations cadastrales remboursa- Répartition blés en cinquante années.
des rliargfg de , , , . . , , , .. , ,
la rofoiine sur . La génération actuelle ne doit pas supporter seule appoïK^'f'^en Ics fi'ais d'uuc réforme dont l'avenir recueillera ie prontor profit, pas plus que l'Etal, les départements, les com-
munes, n'ont fait supporter tout le poids des travaux exécutés par les ('ompagnies de chemins de fer, par la génération im i vu s'exécuter ces travaux. Ce système présente cet avantage inappréciable que la réfection du cadastre sera conduite et l'établissement des livres fonciers sera fait avec une activité d'autant plus grande que les capitaux seront toujours pnMs pour les exécuter : mais nous devons dire aussi que, quelle que soit la rapidité avec laquelle cette œuvre sera dirigée, il s'écoulera inévitablement un assez long espace de temps avant que le nouveau régime foncier puisse normalement fonctionner, tienne les promesses et donne tous les résultats qu'on est en droit d'en attendre. Il suit de là que, s'il est désirable que la réfection du cadastre et l'établissement des livres fonciers soient accomplis rapidement dans les délais les plus courts, il n'est pas cependant indispensable que la durée de l'emprunt à contracter sous forme d'annuités, qui, capitalisées, permettront l'émission d'obligations cadastrales, soit égale à celle des travaux à entreprendre. Aussi paraît-il juste, à tous points de vue, de répartir, entre la génération présente et celle de demain, une dépeinse qui n'imposera aux budgets actuels que des annuités faibles, au début des travaux. Ces annuités grossiront au fur et à mesure de Tavancemenl du cadastre, elles atteindront le maximum quand les travaux seront terminés. Alors, commencera la période décroissante de ces annuités jusqu'au jour où elles seront complètement éteintes et, en même temps, se développeront et s'accroîtront, d'année en année, les recettes normales, directes ou indirectes, les bénéfices normaux de cette grande opération.
QLi,>iinN.-^ hCONOMIQUES : 1901-1904 839
Hcct'ttes. — Dans ce système, nous n'avons voulu, à «ecettes di-
" rectes procurées
«lessein, envisager jusqu'à présent que la dépense, en par u réforme. laissant complètement de côté les recettes éventuelles que la réfection cadastrale et l'établissement des livres fonciers pourront procurer.
Ces recettes pourront être fournies notamment :
1* Par la délivrance des extraits du livre foncier toutes les fois qu'il se produira une mutation de propriété ;
2* Par une augmentation sensible de la matière impo- ^eS"^^ '"'^'" sable des transmissions h titre onéreux. On sait, en effet, qu'un grand nombre de ventes conlract^^es sans écrit ou par acte sous seing privé, échappent à l'impôt, malgré toute la vigilance de Tadminislration.
La pratique dangereuse des nïutations secrètes sera enrayée le jour où les transferts sous seing privé seront "lis du livre foncier et où l'acciuéreur non inscrit nie toi sur le registre public ne pourra consentir une aliénation ou une affectation hypothécaire valable au H'Rard dos tiers. Toutes les nmtations seroïit ainsi soumises au conti-ôle de l'administration qui, de ce chef, pourra percevoir des droits qui lui échappent aujourd'hui ;
3^ Par raccroissemenl de produits que ne peut manquer de procurer au Trésor une plus grande circul.jlinii i]r^ Mens, les transmissions étant rendues plus nom lu. 11^.^ et plus faciles avec la sécurité de la possession. Nous ne devons pas, en effet, nous lasser de répéter que la législation existante ne confère aux acquéreurs qu'une demi-sécurité, puisque, si la transcription a pour effet de rendre opposable aux tiers le • Iroit <lu nouveau possesseur, elle n'efface pas les vices « l les caust's de résolution qui peuvent affecter le titre <lu vendeur :
4* Par la création et la mi>r en circulation de nouveaux titres mobiliers : les obligations cadastrales.
II convient cri>eiidant délie très réservé sur ce cha- ^^Réserve àgarpilre des recettes pour deux raisons :
s 10 FINANCES CONTEMPORAINES
Laréformodo- Et cl'abord, si même cette opéraliun du cadcu^lie tt
vrait ôire reali- ' ^
«ée dans tous les (Jes livres fonciers ne devait occasionner à l'Etat que des dépenses, l'Etat devrait quand môme la réaliser, parce que c'est une œuvre absolument indispensable, utile aux intérêts généraux et particuliers du pays.
D'un autre côté, dans des matières aussi délicates que celles qui touchent au crédit, il convient de se garder de toute illusion. Il vaut mieux pécher par prudence que par témérité. Quand l'Etat engage une dépense en vue d'une recelte à réaliser, ce qui est certain, c'est la dépense qu'il doit faire ; ce qui reste probable, c'est la recette, car elle dépend le plus souvent de nombreuses éventualités. Le pays sait, du reste, et il nY a nul danger à le lui dire, que des réformes de cette nature, réclamées depuis si longtemps dans tous les départements, ainsi (|u'en témoignent les vœux exprimés par les conseils élus, sont nécessairement coûteuses ; mais il faut lui dire aussi que leur coût sera moins important que leur utilité, leurs services, leurs csuorte,1\SSîrc avantages. Il est préférable que les contribuables à accomplir est sachcut ce quc Icur coûteront le cadastre et l'établisse-
considérable. . , ,. • »
ment des livres fonciers pour que tous soient bien pénétrés de cette pensée que, si la dépense est grosse, c'est que l'œuvre à accomplir est considérable : le bien de l'agriculture, de la propriété rurale, de l'ensemble de la propriété en dépendent et il convient de l'accomplir avec décision et sans crainte.
Nous avons indiqué quelles seraient les quatre sources de receltes que procureraient la réfection du cadastre et l'établissement des livres fonciers. Nous n'en évaluerons cependant le quantum que pour méleceurs^irèl â- "^oire, bien que toutes les prévisions s'accordent a vorabics. démontrer que le rendement s'en fixera à un chiffre
élevé. :
D'après VAnnnaire de V Administration des coniribiitîons directes et du cadastre de 1903. le nombre des permutants de propriétés a passé, de 1880 à 1901, comme
chiffres extrêmes, de. 1,995,010 en 1897 à 2,334,850 ^^ Quelques chiren 1899. Celui des propriétaires acquéreurs, pendant la même période, a varié de 1,391,962 en 1888 à 1,214,260 en 1901.
Voilti donc toute une clientèle pour les livres fonciers, clientèle qui s'accroîtra d'année en année, au fur et à mesure de rachèvement des travaux.
11 n'est pas téméraire de supposer que, tous l-es ans, un vingtième ou un vingt-cinquième de ces permutants demanderont un extrait du livre foncier. Ce serait donc 175. OOO à 200,000 certitlcals fonciers à délivrer.
A il fln des travau.x, il n'y aura certainement pas un propriétaire en France qui ne voudra posséder l'extrait du livre foncier constatant la situation juridique et physique de 5a propriété.
Quel sera le coût de ces certillcats ? C'est à l'administration qu'il appartiendra de le fixer.
Ce coût pourra être établi soit proportionnellement au nombre des parcelles, d'Ilots de propriété ou d'hectares, soit suivant le prix des échanges, de la valeur vénale des propriétés, de même que les droits de transfert sur les valeurs mobilièi»es s'élèvent plus ou moins suivant que le capital des valeurs transférées est plus ou moins fort.
D'après Jes résultats de l'évaluation des propriétés non bâties, faite de 1879 à 1881, il existerait en France 8,454,000 propriétaires. Le nombre des îlots de propriété a été chiffré à 61 millions et celui des parcelles ù 150 millions. En supposant que le vingtième seulement de ces propriétaires demande cliaque année un certificat foncier, il en sera délivré plus de 400,000 tous les ans. C'est encore là une recette importante à prévoir.
Quant au produit des transmissions à titre onéreux, on estime que « ce n'est pas trop s'avancer que d'éva- Juer au cinquième environ du produit actuel des ventes
842 l'LNANCt.^ CUMKMPOKAINKS
d'immeubles, soit à 26 millions, le préjudice éprouvé de ce chef par le Trésor » (1).
Enfin, en admettant un accroissement dans le mou vement des transactions rendues plus faciles, plus promptes et plus sûres, on peut conclure que le Trésor réalisera, par ce fait, de nouveaux gains.
Non seulement les sacrifices budgétaires que nécessitera cette grande réforme ne tarderont donc pas à être compensés par les recettes qu'elle produira, mais le budget du cadastre et des livres fonciers se trouvera facilement équilibré, nous en avons la conviction, par les trois sources de recettes que nous nous sommes borné, avec intention, à énumérer et à compter seulement pour mémoire.
de^'SÎK'V^aUon' Upéialions comptables. — Nous avons à peine besoin I eV^Vr'e'n s c'^s ^'ïi^diqucr cn terminant que, dans notre pensée et conïK>rtées au bud- formémcut à la règle générale de nos finances, l'Etat gt gtmra prélèvera sur l'ensemble de ses ressources budgétaires,
les annuités cadastrales. Le Trésor effectuera, sur le budget général, toutes les recettes et toutes les dépenses que comportera la réforme ; il récupérera ensuite, purement et simplement, 20 % des dépenses sur les communes et 20 % sur les départements.
yï) Euuiianuel Bessoii, Les livres fonciers et la rt^ forme hypothécaire.
C0NSKQI;ENCES ÊœNOMIQUES DE LA GUERRE RLSSO-JAPONAISE
Quelles seront les conséquences économiques de la déuSIte.'*"^'**"*' guerre russo-japonaise ? C'est là une question d'un très haut intérêt, mais excessivement grave en même temps, aussi convient-il de se mettre en garde contre une affirmation trop absolue en disant : quelles seront les conséquences des événements qui se passent en ce moment ? Quelles seront les conséquences... probables... possibles ? Les raisonnements les mieux fondés peuvent, en effet, se trouver déjoués par les faits. Nous citerons un seul exemple. Supposons qu'il y a un an, marchandiL^.^ à pareille époque, un Ilnancier soit parti en voyage, cote favorable. ne soit revenu qu'aujourd'hui et que, pendant cette période, se soient déroulés les événements qui se sont accomplis : que, de plus, il n'ait ni lu un journal, ni ouvert une cote de bourse. Son étonnement serait grand, assurément, de constater à son retour que, non seulement les valeurs mobilières n'ont pas baissé, mais qu'au contraire elles sont en hausse et que, dans tous les n :• il en est de môme qu'en France : après
un i; iil profond, un relèvement est venu gt la
hausse a été plus forte qu'elle n'avait été avant que les dernier.s événements aient éclaté.
Si nous comparons égalenjcnt les cours des mercuriales sur les marchandises, nous pourrons constater le même fait : après un moment tl'effarement, il y eut une baisse considérable vers la fln <le février, par suite de craintes de complications euroi)éennes. Ces complications n'ont pas eu lieu, les esprits se sont rassérénés et on a assisté, on assiste, nous ne dirons pas en spectateurs désintéressés, mais attentifs, aux événements.
811 KiNA.\ch> COMEMPOKAIM.S
.1.' li* STJsiî^ Quelles seront donc les conséquences possibles, projap«.naise. bables, dc celte grande lutte entre la Russie et le
^os ypo e- j^p^j^ .^ Nous le difons en quelques niols, comme nous
le pensons, comme nous le croyons, à notre point de
vue français.
En ce qui concerne notre pays, nous estimons qu'on
peut envisager ces conséquences aux divers points de
vue financier, commercial, indu-triol. international,
politique et démographique.
« ùio onancirr. \u poiut de vue financier, une chose est absolument certaine, c'est qu'il existe des besoins de capitaux énormes, dont on n*a eu encore aucune idée précise. Dernièrement, nous entendions faire l'évaluation et le calcul, par des personnes très compétentes, de ce qu'il faudrait, à l'heure actuelle, à la Russie et au Japon, en supposant que la paix soit faite du jour au lendemain et qu'il n'y ait aucune indemnité à payer, ni d'un côté, ni de l'autre. Rien que pour la Russie, on arrivait au chiffre de 5 milliards ; il en serait à peu près de même pour le Japon. Il faudra, en effet, à la Russie, des capitaux considérables pour refaire sa mai ine, pour refaire son matériel de guerre ; de môme le Japon aura tous ses arinements à refaire, sa marine à reconstituer ; il aura à* dépenser pour remettre en état et administrer le soins 'd"^ fonds " '^ou^^cau pays qu'il a conquis, en supposant que ce pays lui reste. Voilà donc un chiffre de 10 milliards en perspective. Ce n'est pas tout. A côté de cela, on peut envisager une conséquence immédiate : la guerre actuelle: ouvre les yeux aux puissances qui ne se sont pas mêlées à la guerre ; on s'aperçoit alors de ce qui fait défaut ; on s'aperçoit que le matériel naval, les armements ne sont pas au niveau du voisin ; on trouve que des progrès restent à accomplir, et ce progrès, ce matériel à améliorer, ce sont des dépenses à faire. Ceci nous '. rappelle ce que nous disait un jour le ministre des
flnmces cl*une des grandes puissances européannes en causant budget :
Budjjct, biidv'et .. c'esl un moi : l.s bud;,'els sont à la merci d'une découverte au point de voe militaire, tjue demain tous appreniez qu'un pays \ iMM change Non artillerie ou »on fusil, immédiatement vous trouverez et <i- l>< il^«^cz \vs millions nécessaires pour avoir un fusil ou un canon à la mode, de sorte quo lorsqu'on arrive, aussi bien en Angleterre, en Alleuiagno, en Russie qu'en France, h équilibrer le budj^et, ce budget peut se trouver brusquemoiit obéré par dos reiilaines do millions ou même de milliards de dépensas imprévue» et uouv«lles.
Ton- les pays vonl donc être obligés d'effectuer de
^'los-r^ 'l«lMnses; malheureusement, au point de vue
î»liilanlliiuj»ique, humanitaire, toutes ces dépenses ne
•Tont faites que pour la guerre et non pour la paix et,
malheureusement encore, si tous les milliards que l'on
h'pense en ce moment et que Ton dépensera plus tard
ivaienl été consacrés ù des œuvres pacifiques et pro-
luctives, quels bienfaits tous les peuples en retire-
(lif'ntî Au contraire, on ne parle que de canons, de
iiiiUriel de guerre, de schrapnels, d'obus, de dépenses
improductives.
Ouelle sera la conséquence de toutes ces dépenses ? Il des^ea^puaîfx"^ est plus que probable qu'il se produira un resserrement , Tension du
* * r I r loyer de 1 argent.
des capitaux cl une tension du loyer de 1 argent. Depuis plusieurs années, nous avons assisté à une baisse continue du taux de l'intérêt, les capitaux ont été excessi- \ oment abondants : grâce à cette abondance, des pays le moyen cl même de petit crédit ont vu leurs rentes se négocier plus haut que se négociaient nos rentes fran-
lises, avant la guerre de 1870. Des pays concordataires, .|ui ont fait faillite, qui ont manqué à- leurs engagements, renié leur signature, peuvent aujourd'hui négo-
ier leurs rentes plus cher que s'ils avaient respecté les iontrats qu'ils avaient signés et payé intégralement le.ur delt^î... La chose est très compréhensible; elle -explique par l'abondance des capitaux qui a été tellement grande qu'il a fallu, quand même, leur chercher un emploi et les capitalistes, après avoir acheté des fonds de premier ordre, ont pris ceux de deuxième
Resserrement
A qui (leman- (l«ra-t-on des capitaux ?
grande parla France.
ordre, de troisième ordre, de quatrième et même Je cinquième ordre, et cela sans s'en douter.
Nous disions plus haut qu'il y aurait environ 10 milliards demandés. Où le seront-ils ? Ce sera là une des conséquences de la guerre. S'adressera-l-on aux Elats- Unis ? Certes, une partie se réalisera de ce côté, mais nous croyons que le plus gros morceau reviendra à l'Europe et je dirai même principalement à la France. C'est en effet chez nous que se trouve la plus grande masse de capitaux et la plus ferle épargne. Notre pays est un véritable marchand de capitaux. Nous ne sommes plus malheureusement de grands marchands industriels, ni de grands marchands faisant du commerce, créant des industries nouvelles ; non, nous gardons nos capitaux, nous accumulons nos épargnes ; nous les plaçons. Depuis quelques années, par suite des guerres de Chine et du Transvaal, des craintes de complications européennes et aussi des menaces d'impôt sur le ou les revenus qui ont inquiété les esprits, véritable obsession fiscale, nos capitalistes sont devenus méfiants et l'argent ne s'est pas déplacé, s'accuniulant de plus en plus. On en trouve la preuve dans les dépôts faits aux caisses d'épargne, qui s'élèvent à plus de quatre milliards, ou aux sociétés de crédit, qui ont reçu un milliard et demi, sans compter ce qui se trouve dans les caisses des particuliers, car chacun ne dépose pas son argent ou n'achète pas de valeurs. Le petit capitaliste, le rentier français a soin de conserver toujours quelque argent dans son tiroir, dans son bas de laine.
C'est donc de notre côté, sur notre marché, qu'on viendra chercher des capitaux et alors la France aura un rôle à remplir pour tirer parti des sommes qu'elle pourra prêter. Il rie faudra pas, lorsque se produiront ces événements, que nous fassions du sentiment, au lieu de faire des affaires. Le jour où l'on viendra frapper à notre caisse — nous parlons de la Russie, comme de tous les Etats emprunteurs ; tout à l'heure, nous parlerons du Japon, — nous devrons demander et obtenir
OITESTIONS ÉCONOMIQUES : 1901 1904 847
certains avantages pour notre commerce et notre industrie.
Nous ne faisons pas, avec la Russie, des affaires Affaires russes.
ommerciales en proportion des appuis financiers que nous lui apportons. Il esl vrai que les capitaux q le nous lui avons prcMe.s donnent un bon rendement, mais si la ilussie a des travaux à exécuter pour ses usines, pour :5es entreprises métallurgiques, il nous semble que la nation qui doit être privilégiée, c*est la France. Nos gouvernants auraient le droit de dire à tous ceux qui -' i.ln'ssent à nous : « Notre marché vous reste ouvert, Il "11- vous avons donné un large concours dans la
•Tiode terrible que vous venez de traverser; vous avez iiniivé à emprunter chez nous à un taux véritablement inS2™S?s'°"à iii.-péré de bnii marché, il ne serait que trop juste de [»o8^ 5e"Ta^ nous donner certaines compensations. » laux.
On se ' <rfois à quel taux la France a été
obligée «l . : l'emprunt Laurier-Morgan a coûté
I^lus de 8 % en 18701871 et les deux emprunts pour la Il lu-ration du territoire près de 6 % en 1871-72. Nous avons vu notre rente française 5 % émise à 82,50 et 8i,50, tandis que la Russie a placé chez nous un em- • % et des bons du Tré^^or à 5 % qui sont cotés is du pair. Les capitalistes français sont restés
idèles à ralliance ; ce sont eux qui, par leur attitude, . nt fait avoir confiance aux autres marchés en monliant (luiis conservaient leurs valeurs russes sans
lésespérer le moins du monde. Le gouvernement russe ne devra pas l'oublier; si un jour il a des travaux à faire exécuter, la France doit être privilégiée à cet
i<ard, absolument comme les capitalistes français ont I •' la Russie en lui donnant leur argent sans
C'est là, certainement, une des conséquences écono- ..^i'^^Uice "ni jiiques qu'on peut entrevoir ; si nous avons prêté avec
cessaire.
C'est en Franoe que la Russie peut encore trouver de l'argent.
Les besoins du Japon.
Ce pays n'aurait pas dû donner ses douanes en garantie.
Lors de l'emprunt Morgan. en France.
^onflance nos capitaux, nous devons également attendre avec confiance la récompense, ou plutôt la rémunération de nos services.
Où la Russie peut-elle encore trouver de l'argent ? En Hollande, oui ; en Angleterre, non, et fort peu aux Etats-Unis.; et même, si ces pays voulaient lui en prêter, ils ne trouveraient pas chez eux cette armée de petits capitalistes que nor.s possédons en France et qui sont la force de notre pays. Il y a bien, en Angleterre et aux Etats-Unis, de grands banquiers, de grandes institutions, mais ceux-ci placent leurs capitaux d'une façon tout a fait différente de la nôtre, de sorte que, nous le répétons, étant à* peu près les seuls à pouvoir prêter, nous devons bénéficier de cette situation ; nos gouvernants français devront se le rappeler quand la paix sera signée et môme avant, car le gouvernement russe aura encore besoin de faire appel, avant cette échéance, aux capitaux français.
Quant au Japon, il a, lui aussi, de très grands besoins de capitaux à satisfaire. Ce pays, il ne faut pas le méconnaître, a un très grand avantage : il a pu trouver de? capitaux chez lui par des emprunts intérieurs, ce qui prouve qu'il possède un certain fonds d'épargne. Mais le Japon a commis une grosse faute — il ne pouvait probablement pas faire autrement, — en aliénant ses douanes en garantie des deux premiers emprunts consentis par l'Angleterre, qui ne trouvait pas suffisante la seule signature du Japon. Un deuxième emprunt vient d'être contracté et le Japon a encore été obligé de donner une seconde hypothèque sur ses droits de douane ! Eh bien ! un pays qui aliène une partie de la propriété nationale, montre qu'il n'a pas confiance en lui ; il porte de lui-même atteinte à son crédit. En 1870, lorsque, à bout de ressources, M. Laurier négociait un emprunt avec la maison Morgan, ce dernier demandait comme gage le produit des forêts ; jamais le gouvernement n'a voulu le lui consentir : il aurait préféré tout, plutôt que sacrifier, aliéner, donner en gage quoi que
ce soit qui appartenait à ]a France. Et c'est en conservant toutes nos ressources intactes, que le gouvernement (Je la Défense nationale a aidé au relèvement du édit national. Le Japon a donc commis une faute, mais, comme nous le disions, peut-être n'a-t-il pu faire autrement, peut-être aussi envisage-t-il les affaires d'une (çon tout autre que nous. Le Japon s'est adressé aux Anglais, mais ceux-ci ne font pas de sentiment et ils lui ont dit : M Nous voulons bien prêter, mais nous voulons une garantie. »
La situation différente des deux pays l'accuse nette- uifféionce de
*^ <> situation des
ment : la Russie peut compter sur la France sans ^l^^»^^ pays en garanties particulières, le Japon sur l'Angleterre, mais seulement en donnant des garanties spéciales. Cependant, ne pouvons-nous pas demander, — et ce n'est pas trop exiger, — nous ne dirons pas d'être favorisés, mais que nos commerçants et industriels aient une liirge part des cnmm.mdps qui pourront être faites par
i Russie.
Pour se faire actuellement une idée des conséquences commerciales et industrielles qui peuvent se produire, il faut se reporter encore au passé. Quoique bien jeune alors, nous nous rappelons la guerre de 1859 ; nous nous rappelons la guerre du Mexique en 1864, celle de 1<S66 entre la Prusse et TAutriche, notre malheureuse guerre de 1870, enfin les guerres de l'époque contemporaine. Après toutes ces guerres, il s'est produit un ,,,.J*',J^jJ,*^^^'''i',V iclèvement considérable dans toutes les affaires métal- .lustiieiiesapn lurgiques, dans toutes les affaires touchant aux mine- I lis comme le fer, le cuivre, le plomb, dans toutes ces
ntreprises qui, durant la paix, travaillent pour la guerre et qui, après la guerre, travaillent pour réparer îf^s dégâts et les désastres que celle-ci a causés. Il suffl-
lit de citer quelques cours, pour montrer comment, après un fléchissement qui s'est immédiatement pro- «luit au moment de la déclaration de la guerre — c'est le fait contraire qui a eu lieu celte fois, — le relèveimnt il été général. Quand arrive la signature de la • 54
es guerres.
^ A la paix^^ tou- paix, les cours des valeurs industrielles montent, toutes nionient. Ics Industries qui travaillent de la guerre se raniment,
elles refusent même des commandes, puis, quand tous les travaux sont terminés, le tiissement des cours commence, le lléchissement arrive ensuite peu à peu et on assiste quelquefois à un effondrement. Ce qui s'est passé pendant les dernières guerres se passera également pour celle-ci : aussi peut-on craindre que nos capitalistes aient pris un peu trop les devants en faisant hausser trop vivement toutes les valeurs métallurgiques, en les faisant marcher plus vite que les affaires. Les affaires viendront en leur temps, ce sera alors aux entreprises à en profiter pour faire de larges amortissements, en un mot pour mettre de côté, pendant les périodes de vaches grasses, afin d'attendre tranquillement et de vivre pendant les périodes de vaches maigres. Il est incontestable que nous sommes admirablement outillés en France, outillés pour exécuter rapi- Nnus sommos dcmeut, à bou couiptc et excellemment, les plus grands exVuur ^tou's travaux possibles, non seulement pour la Russie, 'mais ISndéïTa'î- 1?! également pour tous les autres pays qui, eux, ne posétrangers. sèdent pas uu outillagc aussi perfectionné que le nôtre,
outillage qui n'attend que Toccasion d'être mis en œuvre.
Proj^rès des Nippons.
Comment TEurope les ignoret-elle ?
Nous arrivons maintenant au côté international. Il y a là une situation excessivement grave. Il semble que la vieille Europe se réveille après un grand sommeil ; que le Japon soit* pour elle, une révélation. Elle s'étonne de voir ce pays victorieux, remportant des victoires sur de vieilles armées comme celles de la Russie ; elle s'étonne de voir son matériel de guerre aussi perfectionné I Gomment donc se faitril que nous, qui avons au Japon, ainsi d'ailleurs que les autres puissances, des ambassadeurs, des chargés d'affaires, des consuls, nous n'ayons pas été renseignés sur les progrès considérables des Nippons ?
Nous nous rappelons qu'en 1900, au moment où iiuus nous occupions de la création du congrès des valeurs mobilières et du programme de ses travaux, nous avons adressé un questionnaire à tous les gou- \ «rnements, leur demandant de nous faire parvenir les renseignements désirés sous la forme qu'ils croiraient la plus convenable. U^ gouvernement du Japon fut un !<' ceux qui répondirent avec le plus de précision, avec le plus de netteté. Nous n'eûmes pas une seule observation à faire, une seule question nouvelle à lui adres- < r. Nous avions récemment sous les yeux V Annuaire hitisiiffue du Japon, c*est un petit volume admirableiHMit fait qu'il serait désirable de voir imiter par grand nombre de pays. Le pays qui, dans Tordre intellectuel, Imi- Tordre scienliflque, accomplit des œuvres semitl il)les, est un pays qui n'est pas resté en arrière et qui a marché avec le progn
Le danger, pour TEurope, si k- Japon sort victorieux ^jy^^pors^î^es de la lutte acluelle, c'est la prédominance de ce pays pay» asiatiques.
' '^ X- - Danger pour
ur tous les peuples asiatiques. Voilà le péril jaune : le lEurope. Japon venant à son tour dominer la Chine et se trouver maître de cette immense population évaluée, sans -rande exaclilude, il est vrai, à plus de 400 millions l'habitants. Là-bas, les hommes pullulent, ils poussent, -uivant l'expression populaire, comme de la mauvaise herbe ; on n'a pas besoin de constituer de commission de la dépopulation, on ne s'y préoccupe que de son accroissement.
ouelle sera la situation du Japon se rendant maître i*»^"' J^""*'de tout cet empire asiatique, l'occupant, l'armant, Tins- Iruisant, le façonnant à sa guise, lui montrant tous les bienfaits et l'utilité des progrès que lui-même a accomplis ! Il y aurait là un grand danger pour l'Europe tout entière, aussi bien pour ceux qui peuvent être avec le Japon que pour ceux qui lui sont indifférents ou pour ses adversaires, dont, quelle que soit notre profonde et sincère amitié pour la Russie, nous ne sommes pas. Nous regardons en réalité avec un certain intérêt ce
petit pays qui n'a pas hésité à se mesurer, à lutter contre le colosse russe. Néanmoins, il est à désirer que ce soit la Russie qui l'emporte, et ce, pour les diverses raisons que nous venons de donner. En effet, que pèserait TEurope en présence de cette aggloméra tion de 45 millions de Japonais et de 400 millions de Gliinois ? Que pèserait l'Europe avec toutes ses divisions continentales, empires, royaumes, républiques qui, tous, s'entourent comme d'une muraille de Chine, évitant de faire du commerce k larges portes ouvertes, se complaisant dans des droits de douane, dans des primes, dans toutes sortes de gênes pour le commerce et l'industrie, le jour où elle se trouverait concurrencée par une population puissante qui pourrait se suffire à elle-même et envoyer tous ses produits sur nos marchés?... Voilà donc quels sont les dangers et quelles peuvent êlre les conséquences des faits qui s'accomplissent en ce moment.
i!rnu!};îT{r».?qSo ^^ ^® scralt pas sciu::. mtérêt d'envisager maintenant »".''"!!*'" "^^^ ''*''''* ^^ ^^^é démographique de la question mais nous pourrions être entraîné trop loin : n'en disons que quelques mots. Il y a, dans cette guerre, un élément d'infériorité pour le Japon. La Russie peut supporter de très grandes pertes d'hommes, ayant de 135 à 140 millions d'habitants rien que dans la Russie d'Europe. Le Japon, lui, n'a que 40 à 45 millions d'habitants, de sorte que, lorsque, dans une bataille, les deux armées adverses perdent chacune, cet effroyable chifïre de 40,000 hommes qu'on a cité pour Liao-Yang, la disproportion est considérable ; elle est d'autant plus sensible qu'au Japon on se marie très jeune et on divorce avec une rapidité étonnante. Les Japonais se marient vers 20 ou 21 ans, mais ils divorcent au bout de six mois, huit mois, pour convoler en justes noces. On voit combien les Japonais vont être gênés après une perte aussi con-
lUi
OT'F.sTfOX- "\OMIQLES : 1901-l^^i 853
\.an\ iiiMÉ i.ii;. -. i.iu.> u.- tiivorces !... Il y a là une très Perte considéveaux mariages, plus de divorces I... Il y a là une très l^n p7u?"'rê grosse difnculté. -""p^"
Toutes ces guerres sont un grand mal et il est évi- Les uh^ acdenl que si on eût appliqué à la paix toutes les dépenses procur?r^"à^"à qui auront été faites pour la guerre, il y eût eu beau- SeïTavamalr coup de bien accompli. Nous pouvons déplorer qu'il • '«"«'«'«lues. en ait élé autrement ; mais, les circonstances ayant été tiMIes, nous devons envisager la situation au point de \ ue exclusivement français ; aussi dirons-nous, en terminant, que notre pays peut tirer parti de cette situation, à la condition que nos gouvernants ne considèrent pus uniquement la France comme une immense tirelire où tous les pays du monde peuvent venir puiser, sans leur demander des compensations pour le commerce et rinduslrie nationale, c*eslrà-dire, en définitive, pour tout ce qui fuit vivre et pour tout ce qui enrichit un pays.
QUESTIOiNS fiCONOMIQUES ET FINANCIIIKES
DE liX)l A liKM.
I — ACADI'IMIE DBS SCIRNCBS MORALES I:t POI.ITIQUES
Commerce. — Les relations commerciales de la France < i .i. l'Angleterre [M. Emile Levasseur] (14 septembre 1901).
Economie polUUjue. — Des méthodes applicables à l'étude des faits sociaux [M. Liard] (19 juin 1901).
Impôts. — Comment peut-on apprécier les forces contributives d'un pays [M. René Stourm] (17 juin 1903) ?
Iniliative. — Le développement de l'esprit d'initiative (13 juillet 1901).
Propriété foncière, — La grande, la moyenne et la petite propriété en France [M. de Foville] (3 août 1901).
Sociétés. — Des assemblées générales dt'ms les sociétés par actions [M. Lyon-Caen] (4 juillet 1903).
Travail. —La responsabilité des accidents du travail [M. Lydii- Caen] (12 juillet 1902).