‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 53 sur 229 · LA QUESTION MONÉTAIRE · texte numérisé non relu

LA QUESTION MONÉTAIRE

Il n'est peut-être pas sans intérêt de dire quelques mots de cette « question monétaire » dont on exagère certainement les causes et les conséquences et qui, par cela même, finirait par causer au pays tout entier un mal plus grand que le mal lui-même.

Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, il y a ^l^J^j^ '^^oJJ! aujourd'hui « une question monétaire » et cette ques- ta>re. tion sert de prétexte à des discussions, à des déclamations sans fin. Il en était de même lorsque, dans les dernières années de l'empire, on parlait de la « grève du milliard a et, précédemment, lorsqu'en 1856 et 1857

L'encaisse la Banque France.

on nous menaçait d'une invasion d'or et qu'on préconisait la démonétisation de ce métal avec la môme chaleur qu'on préconise aujourd'hui celle de l'argent.

Il est incontestable que, depuis plusieurs années, l'encaisse or de la Banque de France a diminué dans de grandes proportions et que, par contre, l'encaisse argent a beaucoup augmenté. Fin 1877, la Banque de France avait 1 milliard 163 millions en or : elle n'en a plus aujourd'hui que 600. Le même fait s'est produit en Angleterre, où, en deux ans, l'encaisse or a fléchi de 900 à 57d millions. Dans plusieurs pays étrangers, les encaisses des banques ont supporté de nombreux retraits d'or et reçu d'importantes rentrées d'argent.

Excédent d'importations.

Abondance de la monnaie d'argent.

Bien des causes, passagères à -notre avis, expliquent cet état de choses ; la principale est l'excédent des importations sur les exportations. Nous avons eu, en France particulièrement, des achats importants à l'aire à l'étranger : nous avons payé avec de l'or ; de là, les diminutions d'encaisse. L'étranger nous a moins acheté que d'habitude : l'or ne nous est pas revenu ; d'où sa pénurie apparente. Dautre part, la frappe des monnaies d'argent a augmenté dans tous les pays qui se servent du double étalon, entraînant par cela même l'abondance des monnaies d'argent. La pénurie de l'or a fait rechercher ce métal : conséquence, hausse du prix de l'or. L'abondance de l'argent a fait offrir ce métal sur tous les marchés : conséquence, baisse de l'argent.

Que cette situation se modifie, c'est-à-dire que les échanges internationaux favorisent plutôt les exportations que les importations, la proportion qui, jusque dans ces dernières années, existait entre l'or et l'argent dans les encaisses des banques se rétablira rapidement.

La question j)ç. (ous tcuips, la qucstion dc l'or et de l'argent a

monétaire pas- , . ... . ,, . , V, i

sionne les es- passiouué Ics csprits : OU S clfraïc aujourd hui de 1 abondance de l'argent comme, il y a peu d'années, on s'ef-

prits.

frayait de l'abondance de Tor. En 1857, le gouvernement tivait nommé une commission chargée « de rechercher les principales causes de la situation monétaire ; d'étudier les diverses questions qui en dérivent et de donner céuii u que^-

^ * tmn de lor en

son avis sur les solutions que peuvent réclamer les i857. intérêts généraux du pays ». Les conclusions émises dès 1858, par cette commission, ne peuvent manquer d'étonner les personnes qui demandent aujourd'hui la démonétisation de l'argent : elle est de nature aussi à rassurer ceux qui s'effraient par trop facilement : nous croyons utile de la rappeler, car les exemples du passé sont souvent des leçons pour l'avenir.

En substance, la commission concluait ainsi :

La cause principale au moins de la perturbation éprouvée dopuit quelques années par le système monétaire de la France résiderait dans la demande inusitée du métal-ar;,'cot pour rExtrémc-Orient.

Celte demande cxlraordinairo aurait déterminé la hausse de Tai^cot par rapport aux autres marchandises.

Quant à l'or, il n'aurait pas baissé Donobi'tant la grande pro>luction de la Californio et dé l'Australie. Le meilleur moyen «lo lever Ix diniculto qu'on rencontre serait de maintenir de vivo force en France lo rapport de 1 à 15 1/2 établi ou plutôt constaté par le léj^MsIatour en l'an XL Poar <>mpôcher lo marché ci U rieur d'exercer, à cet éxard, de l'influence sur le iiiarcliô français, il n'y .-lurait qu'à frapper d'un droit l'exportation de l'argent et à établir des peines contre les chefs d'iudu&trio qui se livrent à cette exportation ou la facilitent. Il faut donc que l'exportation de l'argent soit frappée d'un droit élevé.

Ainsi, il y a vingtrcinq ans, on voulait défendre, par dhuf*ceûe''"dé tous les moyens possibles, la sortie de l'argent : aujour- '«^Kent. d'hui, au contraire, on veut s'en débarrasser.

Il y a vingt-cinq ans, on voulait démonétiser l'or : aujourd'hui, on veut démonétiser l'argent.

Il y a vingt-cinq ans, on voulait maintenir de « vive force » le rapport de 1 à 15 1/2 établi entre l'or et l'argent : aujourd'hui, on demande un changement absolu dans ce rapport, changement au détriment de la valeur de l'argent, cela va sans dire.

Il y a vingt-cinq ans, les hommes les plus compétents disaient, écrivaient, affirmaient que la France devait subir prochainement un enchérissement général, qu'elle marchait à sa ruine, si l'on maintenait à

l'or, dans notre système monétaire, la place qu'il y Occupe. Aujourd'hui, l'argent est la source de tous nos maux présents et futurs : c'est l'argent qu'on exorcise. Sans doute, nous aimerions mieux que l'encaisse de !a Banque fût composée d'une partie or plus considérable que d'une partie argent, mais parce que cela n'est pas, parce que cette situation, due à des causes passagères, paraît difficile, s'ensuit-il qu'on doive s'effrayer, s'alarmer ?

^ Inopportunité Lorsqu'un Etat, quel qu'il soit, a fait choix de deux détaiîn."^''"'*'"^ métaux pour l'étalon de sa monnaie, ce n'est pas légèrement qu'il peut substituer l'un à l'autre. Toucher à la monnaie, c'est toucher à la propriété, aux rapports des fortunes privées entre elles, aux obligations réciproques du débiteur et du créancier. Un des cas où l'on est le moins autorisé à changer d'étalon — c'est notre situation — est justement celui où l'un des deux métaux jusque-là investi de cette attribution conservant peu à peu sa valeur relative, l'autre, auquel il s'agirait de faire passer cette qualité, éprouve ou, selon la vraisemblance, se trouve au moment d'éprouver une variation marquée.

La substitution proposée alors du second au premier pour l'emploi d'étalon serait non seulement inopportune mais an rebours de l'équité; ce serait le renversement des notions les mieux établies sur la nature de la monnaie, et sur les conditions requises d'une substance, pour qu'elle paisse prétendre à en servir (1).

Quels sont donc les risques que la situation monétaire actuelle fait courir à notre pays ?

Nous avons trop d'argent, nous dit-on ; l'encaisse métallique de la Banque qui ne formait, il y a trois ans, que les deux cinquièmes environ de cet encaisse, en forme aujourd'hui plus des deux tiers.

• Tant que le public, répondrons-nous, aura confiance dans les billets de la Banque, tant qu'il ne se souciera pas plus d'avoir chez lui des billets au lieu d'avoir de l'or ou de l'argent, nous ne craindrons pas de graves Avantages du périls. Et, ajouteroiis-nous, dans les pavs où il v a de

double étalon. ^ ' •' ' ^ '' , "

(1} Michel Gl^eyalier. De la Monnaie, page 157.

grandes institutions comme la Banque d'Angleterre oti la Banque de France, l'existence d'une monnaie d'or et d'argent, d'une monnaie double a l'utilité d'augmenter les garanties contre la suspension des paiements «a espèces de ces grands étub Ils sèment régulateurs, sinon dispensateurs de crédit. Lorsqu'on peut s'acquitter avec deux matières, on est plus assuré d'en trouver ce qu'on veut que si l'on ne pouvait payer qu'avec une. A l'heure actuelle, la Banque de France a 2 milliards * L'encaisse ac-

ar-r, 11- j v,ii . 11- tuelle de la Ban-

258 millions de billets en circulation; son encaisse or que de Franco, et argent s'élève à i milliard 846 millions ; la proportion entre l'encaisse et la circulation des J>iliets est de 13 %, Où donc est le danger ?

En 1870, 1871, 1872, 1873, 1874, 1875, nous avions de bien plus grands périls à redouter. On ne se demandait pas si nous n'avions pas trop de papier, trop de billets de banque en circulation. Nous avons recherché dans les bilans de la Banque de France quelle était la situation de l'encaisse et de la circulation des billets pendant le mois de septembre des années 1870 à 1875. Voici les résultats relevés :

Cette encaisse de 1870 à 1875.

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