‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 94 sur 229 · MOIS · texte numérisé non relu

MOIS

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Totaux

fr. o.

Différence en faveur de 1878 DifiFérence en laveur de 1889.

969,960 fr. 60 1,086,755 fr. 60

Les théâtres ayant, en conséquence, versé sous forme de contribution du droit des pauvres, pendant la période des cinq mois cités plus haut de Tannée 1889, une somme de 1,086,755 fr. 50 supérieure à celle de l'année précédente, et correspondant au dixième envi-

ron de la recette (chiffre approximatif), nous sommes en droit de tirer la conclusion suivante, que les théâtres de Paris, établissements, concerts, etc., ont perçu pendant les cinq premiers mois de l'exposition la somme de 10,867,555 francs (dix millions huit cent soixante-sept mille cinq cent cinquante-cinq francs) en plus que pour la période correspondante de Tannée précédente.

Le mois d'octobre a ajouté encore son contingent de bénéfices.

Voici les recettes comparatives des théâtres de Paris, pendant le mois d'octobre des trois expositions :

1,765,311 fr. 2,656,981 fr. 3,492,000 fr.

Soit une augmentation, en faveur du mois d'octobre 1889, de 836,211 francs sur les recettes d'octobre 1878, et de 1,526,000 francs sur les receltes d'octobre 1867.

Enfin, les recettes totales des théâtres de Paris pendant ces trois expositions, se chiffrent ainsi :

!8(n 10,4n,3U fr.

Quant aux restaurants, aux hôtels, ils n'ont jamais g^^iîijj;**^^ fait d'affaires aussi brillantes : la statistique de leurs siens.^ïmilion» recettes est impossible à établir, car toutes ces industries appartiennent à des particuliers qui n'ont de comptes à rendre qu'à eux-mêmes.

Les sociétés fondées par actions, telles que le Grandhôtel, les Grands bouillons parisiens, les Bouillons- Duval ne peuvent taire à leurs actionnaires les recettes et bénéfices qu'elles ont réalisés. Ces bénéfices sont, pour le Grand-Hôtel, de 1,500,000 francs» plus élevés qu'en 1888.

Au 31 octobre, avec sept établissements dont trois de création récente, les Grands bouillons parisiens avaient encaissé une recette de 2,797,803 fr. 30. Quant aux Bouillons Duval, leur dividende de 1889 sera, dit-on, de

200 francs, alors qu'il était de 95 francs en 1888 ; de plus, il sera mis à la réserve 100 francs par action : comme il existe 8,000 titres, cette augmentation du dividende et de la réserve suppose un supplément de bénéfice de 1,640,000 francs. Les recettes des restaurants Duval à l'exposition de 1878 avaient été de 2 millions 1/2 : en 1889, les recettes faites dans les bouillons Duval du Ghamp-de-Mars se sont élevées à 6 million 5. On avait dit à tous les étrangers et provinciaux que la vie était clière à Paris et que, pour goûter la cuisine française, il fallait dépenser beaucoup. Le Matin, dans une chronique curieuse sur le Ventre de Paris, a répondu avec raison que les étrangers ont été grandement surpris en constatant que, si l'on mangeait mieux à Paris qu'à Londres, à Vienne, à Madrid, à Rome, à Saint-Pétersbourg, à New-York, il en coûtait moins, à qualité égale, à Paris que partout ailleurs.

Les Bouillons Duval, dont je citais plus haut les recettes extraordinaires, ont servi, un de ces derniers jours, 20,089 repas dont 6,000 de 2 fr. 05 à 2 fr. 50 ; — 4,549 de 1 fr. 55 à 2 francs; — 4,061 de 2 fr. 55 à 3 francs; — 267 au-dessous de i franc ; — 95 au-dessus de 5 francs (1).

Ci» RUher. D'autrcs sociétés devaient, elles aussi, voir leurs

Chalets de ne- ' . .

ccssité. affaires prospérer pendant l'exposition. Nous n en cite-

rons que deux : elles sont d'une nature particulière ; pour la statistique, les compagnies n'ont pas d'odeur et on nous excusera de parler de la compagnie Richer et de la compagnie des Chalets de nécessité.

Au commencement de l'année, les actions de la Compagnie Richer valaient environ 800 francs ; elles sont maintenant au-dessus de 1,500 ; les Chalets de nécessité valaient 1,800 francs ; ils se négocient maintenant à 1,900.

Les actionnaires de ces compagnies profitent, eux aussi, de l'affluence des voyageurs et des bénéfices réalisés pendant l'exposition.

(1) C'est M. Duval lui-même qui a donné ces chiffres au Figaro.

Avant de clore cette longue énumération de chiffres, ^^ lour Eiffel, nous donnerons quelques détails sur deux entreprises qui ont contribué pour beaucoup au succès de l'exposition de 1889 ; Tune, est une entreprise industrielle, la tour Eiffel ; l'autre, une opération financière : les bons de l'exposition.

La tour Eiffel, le « clou » de l'Exposition, si l'on peut appeler clou cette immense machine en fer, a coûté 7,514,095 francs. D'après un document fourni par l'administration elle-même, ces dépenses se sont réparties de la manière suivante :

NATURE DBS DÉPENSES

Torrassemcnls et maf onneries

Construction métallique

Charpentes en bois

Couverture, plomberie, zinc

Carrelage et parquetago

Memiiserio

Vitrerie

Ornementation en staff.

Peinture

Imprévu el réjfie; sommes à valoir.

Frais d'agence

Total toAi.

MONTANT

DIS DÉPB!«SES

fr. C.

78,6iii 04 Ô4.345 86

Le devis initial n'était que de 7,233,384 francs, mais, par suite de dépenses imprévues, il a été majoré de 280,716 francs. C'est là un chiffre insignifiant étant donnée l'importance de l'œuvre réalisée.

Pour subvenir aux frais de cette entreprise, une société fut formée au capital de 5,500,000 francs divisé en 10,100 actions de 500 francs; le surplus fut fourni par les subventions de la ville de Paris et de l'Etat.

Aux termes des statuts, le fondateur a reçu 10,100 actions dites parts de jouissance ayant droit au même

revenu que lès actions de capital, mais seulement lorsque ces dernières auront reçu 500 francs par action, c'est-à-dire le montant de la souscription déboursé par chacune d'elles.

Quelques chiffres démontreront le succès matériel remporté par la tour Eiffel et les bénéfices obtenus par les actionnaires primitifs.

Les recettes brutes du 15 mai au 5 novembre ont atteint 6,459,584 fr. 20. Le capital primitif de 500 francs par titre est remboursé. Les actions de jouissance et parts de fondateur valent environ 400 francs l'une, ce qui représente, pour les 20,200 titres, une valeur totale, d'après les cours de la Bourse, de 8,080,000 francs. Le souscripteur primitif gagne donc 400 francs par titre ; le fondateur, M. Eiffel, s'il n'a pas encore aliéné ses actions, possède 10,100 titres qui, à 400 francs l'un, représentent 4,040,000 francs.

Les bons à Lcs bous à lots de l'cxposition ont êa un grand succès ; ils ont contribué pour beaucoup à augmenter Taffluence des visiteurs. C'est le Crédit foncier, représenté par son gouverneur, M. Christophle, qui eut l'idée de celte combinaison ingénieuse. Il fut créé 1,200,000 bons à 25 francs, munis de 25 tickets chacun, donnant droit à 6 tirages de lots pendant la durée de l'exposition, et remboursables ensuite, par tirage annuel, avec lots et au moins à 25 francs l'un, d'ici 1964. Les 1,200,000 bons ont ainsi fourni 30 millions de tickets qui, chaque jour, subissaient des oscillations de prix, comme toutes les valeurs cotées à la bourse. Les bons à lots, avec leurs 25 tickets, ont valu 28 francs au plus haut et 14 francs au plus bas. Quant aux tickets, ils se sont négociés, comme prix extrêmes, à 0 fr. 90 et à 0 fr. 20. Un marché énorme s'était établi sur ces tickets sous le péristyle de la Bourse et aux abords de l'exposition ; dans les rues de Paris on entendait à chaque instant, comme un refrain à la mode : u J'ai des tickets ? Qui veut des tickets ? Je prends et je donne des tickets I » Des personnes qui auraient hésité à débourser un franc pour entrer à l'ex-

lots.

position, achetaient des tickets à 30, 40, 50, 60 centimes guï^^JJ'^Jit et, pour les utiliser, visitaient plusieurs fois Texposi- combmaison. tion, ou bien les donnaient à des amis, à des employés, à des domestiques I Lors de l'émission, on a pu, pour 25 francs, avoir 25 tickets d'entrée, plus un titre, solidement garanti, participant à des tirages de lots de 500,000 francs, 100,000 francs, 10,000 francs, etc. Pendant les 0 tirages qui ont eu lieu de mai en octobre, il a été distribué :

1 lot de 500.000 500.000

6 lots de 100,000 500 000

Total 713 lots pour l,iyi.'« -0 fr.

De plus, après avoir participé à ces gros tirages, les bons de l'Exposition démunis de tickets auront encore à concourir annuellement aux tirages suivants :

Du 18!KJ .1 IniH) : Do 1900 i IU6 • :

1 lot de 50.0U0 fr. 1 lot de 10 000 fr.

10 lots de 1,0J0 1 — a,000

1^0 — 100 200 lots de OU

Soit au total, d'ici à 19»>4 :

10 lots de 50,000 500,0 0 fr.

65 — 2,000 .. i:ttMJO»

100 — 1,00() l«Ki,OtO

14,200 - ÎOO 1,42.^,000

Go,000 — 25 l,12:i,(MX)

"9,410 lots pour 4,42..,oOJ fr.

Au dernier tirage, tous les bons en circulation non sortis avec lots seront remboursés à 25 francs l'un.

On ne pouvait imaginer une combinaison plus sédui- j-^t^**'*"' santé. Il a été utilisé 28,169,353 tickets sur les 30 millions qui étaient attachés aux 1,200,000 bons créés, représentant ainsi, sans compter les entrées gratuites, exposants, abonnés, gens de service, etc., 28 millions d'entrées à l'exposition de 1889, alors qu'aux deux grandes expositions précédentes, le nombre des tickets

perçus avait été de 8,407,209 en 1867 et de 12,623,847 en naSe.""'' ^''"'^" ^^ ^^^^^ ^^ moyenne journalière des visiteurs qui sont entrés dans l'exposition a été de 137,289 ; celle dés tickets perçus, de 152,158.

Sur les 186 jours d'ouverture, les entrées se répartissent ainsi :

8 jours jusqu'à 50,000

41 jours de 50,000 à 100,000

C'est le 10 mai 1889, un vendredi, que les entrées ont été le moins nombreuses soit : 36,922. Les chiffres les plus élevés ont été atteints le dimanche 3 octobre, soit 387,877, et le jour de la clôture de l'exposition, 373,000 entrées payantes et 15,000 non payantes, soit au total : 388,000 entrées.

Exposants récompensés. Progression à chaque exposition.

Nous avons relevé dans le tableau ci-après l'incessante progression des exposants et des récompenses depuis l'an X (1802), date de la première grande exposition.

ANNÉES

EXPO- SANTS

RÉCOM- PENSES

An X (1802).

Les 33,139 récompenses accordées en 1889, se répartissent ainsi :

Grands prix 903

l Or 5,153 j

Médailles . \ Argent 9,690 [ 24,076

( Bronze 9,323 \

Mentions honorables 8,070

De plus, il a été accordé 5»500 diplômes de diverses catégories à un nombre égal de collaborateurs.

M. Tirard, président du conseil, disait avec raison le 29 septembre dernier, lors de la distribution des récompenses : « Ces chiffres considérables témoignent beaucoup moins de la bienveillance des jurés que du mérite de l'ensemble des exposants et il est à craindre qu'il n'y ait encore bien des mécontents et bien des blessures d'amour-propre. C'est le sort inévitable de tous les concours. »

On voit que, de quelque côté que l'on envisage les résultats de l'exposition, on ne trouve que profits et avantages : profits pour les particuliers, profits pour les Sociétés, profits pour la ville de Paris, profits pour l'Etat dont les recettes budgétaires sont en augmentation sensible sur celles réalisées l'an dernier.

En ce qui concerne les dépenses et les recettes do pépenseseire-

^ ^ celtes de I expo-

l'Exposition elle-même, l'entreprise laissera un excédent Kinon. de 8 millions, alors qu'en 1867, l'excédent des recettes avait été de 4,130,840 francs, et qu'en 1878, l'excédent, non pas des recettes, mais des dépenses s'était élevé à 31,704,890 francs.

Nous savons bien qu'une objection a été faite surtout par ceux qui, ne croyant pas tout d'abord au succès de l'exposition, voudraient aujourd'hui prouver que ce que les uns ont gagné, d'autres l'ont perdu, et qui prédisent, une fois l'exposition close, une misère noire dans la province, qui est venue dépenser beaucoup à Paris.

On dit, en effet : « Tous oes bénéfices procurés par l'exposition, c'est Paris, Paris seul, qui en a profité. Les étrangers et les habitants de la province sont venus

Est-ce Paris dépenser largement dans la capitale ; les dépenses qu'ils fiiLéde lexposi- ont faites ne pourront profiter et n'ont profité qu'à '•'" Paris. ))

Il y a là une erreur d'appréciation, un point de vue inexact qu'il est nécessaire de rectifier. Sans doute, il a été beaucoup dépensé à Paris ; sans doute, les commerçants, les industriels, tous ceux qui ont été mêlés à ce mouvement qui donnait à notre capitale l'aspect d'une ville internationale, ont beaucoup gagné ; mais ce qui a été acheté, consommé, vendu à Paris, ne doit-il pas, en fin de compte, faire retour à la province ? Paris est le principal centre de consommation, mais tous les Objets et toutes les denrées consommés ne lui viennentils pas des départements.

■ Il y a eu beaucoup de fêtes ; on a fait de grandes dépenses de toilette ; couturiers et couturières ont vendu de riches et nombreux costumes. Sans doute ; mais est-ce à Paris qu'on a fabriqué les draps, les étoffes, les mille et un riens qui font du Parisien rhomme fashionable entre tous, de la Parisienne la reine de l'élégance et, de tous ceux qui suivent d'aussi charmants modèles, des gens de goût et de bon ton. 'Ce n'est pas tout. Pour transformer l'esplanade* des Invalides et le Champ-de-Mars, y édifier des palais, y établir des promenades, il a fallu effectuer des travaux considérables.

• On peut en juger par quelques indications sommaires. Le cube total des terrassements pour le nivellement et les jardins a été de plus de 200,000 mètres cubes.

Les galeries souterraines n'avaient pas moins de 700 mètres de longueur ; les égouts, 3,510 mètres ; la canalisation du gaz, 3,000 mètres ; les conduites d'eau, près de 15 kilomètres. Au Trocadéro, on avait réservé à l'horticulture 40,000 mètres carrés; (M a construit 25 serres, 14 pavillons et kiosques et les parties basses Ont été plantées. ., , ;

Les travaux de viabilité que lé service de la voirie a eFu^ à entretenir comprenaient : pour le Ghamp-de-Mars

(voies), 92,400 mètres carrés ; pour l'esplanade et le quai (voies), 32,400 mètres carrés ; pour les trottoirs et l>ordures, 45,520. Dans les parties de l'exposition les plus fréquentées pendant les travaux, on avait fait des chaussées qui ont nécessité l'emploi de 393,000 pavés.

Les allées des jardins ont reçu 6,800 mètres cubes de sable. Le service d'entretien était fait par 66 cantonniers. La quantité d'eau employée a été de 730 mètres cubes par jour.

Enfin, neuf tombereaux enlevaient chaque jour une •quantité d'ordures d'environ 85 mètres cubes.

Qui donc a fait, en grande partie, ces rudes travaux, sinon les ouvriers de la province, les terrassiers el les maçons du Centre et de l'Est? Et ces magnifiques palais, véritables triomphes du fer, qui donc en a fourni les matériaux, si ce n'est la province ?

Faut-il parler des sociétés de transport, des bateaux à vapveur, omnibus, voitures, berlines de toutes dimensions qui ont gagné beaucoup en transportant des millions de visiteurs ? Est-ce Paris qui a fourni le charbon, les chevaux, fabriqué toutes les voitures dont on a eu besoin ?

Il s'est dépensé beaucoup d'argent à Paris; mais Nullement.

1 11 # j- 1 X t C*«8l la France

cet argent, sous mille formes diverses, retourne à la emièrequiairouprovince. La capitale n'a pas gagné ce que les dépar- ûu^rirpositu)^' tements ont perdu ; la vérité est que la France entière a trouvé gloire et profit dans celte splendide exposition qui restera l'honmeur de notre pays.

Il ne faut donc pas porter envie à la prospérité, à la ce ^ue disait richesse de notre beau Paris ; et je serais tenté de dire, irôîs s^fcfes. comme l'écrivait, il y a plus de trois siècle?, notre vieux Montaigne :

Je ne veux pas oublier cecy, que je ne me mutine jamais contre la France, que je ne regarde Paris de bon œil ; elle a mon cœur dès mon enfance et m'en est advenu comme des choses excellentes ; plus j'ay veu, depuis, d'autres villes belles, plus la beauté de cette cy peut et gaigne sur mon affection : je l'ayme par elle-mesme, et plus en son estre $eul que rechargée de pompe estrangére ; je l'ayme tendrement, jusques à «es verrues et à 5es taches : je ne suis François que par cette grande cité,

grande en peuples, grande en félicité de son assiette ; mais surtout grande et incomparable en variété et diversité de commoditez ; la gloire de la France et l'un des plus nobles ornements du monde ! Dieu en chasse loing nos divisions ! Entière et unie, je la trouve deffendue de tout autre violence. Je l'advise, que de tous les partis, le pire est celui qui la mettra en discorde, et ne crains pour elle, qu'elle-mesme

Récapitulation Récapilulons 611 terminant les bénéfices que le pays a

des^prontsmate- ^^^-^^^ ^^ l'expOSilion :

millions (le francs

Augmentation de l'encaisse or de la Banque 282

— des recettes des chemins de fer 66

— des dépôts dans les établissements de crédit. . 86

— des recettes de l'octroi 11

Total 445

Ajoutons à ces 445 millions la plus-value probable de 30 à 40 millions dans les receltes budgétaires de cette année, et nous arriverons déjà à un chiffre global de près de 500 millions.

Tels sont, dans leurs grandes lignes, les profits géné- . raux du pays ; parallèlement à ces profits, nous avons vu ceux que les particuliers et les entreprises privées ont retirés. Ce sont des centaines de millions qui sont entrés, comme une riche aubaine, dans les caisses publiques et privées. On a calculé que plus de 6 millions de personnes étrangères à Paris (i million et demi à 2 millions d'étrangers et 5 millions de provinciaux) avaient visité l'exposition et on a essayé de faire une moyenne des dépenses de chacun d'eux. On a supposé que les 1,500,000 étrangers avaient pu dépenser 500 fr. chacun, soit 750 millions ; les provinciaux, 100 francs en moyenne, soit 4 à 500 millions, au total, 1,250 mil-lions.

Au-dessus de ces millions gagnés et de ces profits profit morai. «natériels, aussi importants qu'ils soient, une richesse plus précieuse encore, richesse incalculable, reste acquise à la France : c'est le profit moral qu'elle a retiré, la renommée et Thonneur qu'elle a acquis en entreprenant et en réussissant une œuvre aussi considérable.

Les étrangers ont vu la France sous son vrai jour : ils la croyaient peutrêlre livrée à des dissensions intérieures qui lui faisaient oublier ce qui assure l'avenir et la prospérité d'un peuple, c'est-à-dire, le travail, le commerce, l'industrie, les beaux-arts, les œuvres de la paix. ils ont pu croire qu'elle ne songeait qu'à partir en L^uerre contre ses voisins et nourrissait sans cesse des projets belliqueux. Ils ont vu, au contraire, un peuple tranquille, fier dans sa force, ne menaçant personne, accueillant ses visiteurs avec joie, leur donnant une franche et cordiale hospitalité ; jamais Paris n'a été plus calme, jamais l'ordre n'a été plus assuré (l).

Rentrés chez eux, ils raconteront leurs impressions ; La France aux ils penseront aux merveilles qui les ont éblouis, à cette g^" explosion du génie français, produite par la collaboration de l'élite intellectuelle, commerciale et industrielle d'une nation qui, au milieu de son activité, n'a pas oublié les grandes œuvres sociales en faveur des ouvriers, des travailleurs, des malheureux, des déshérités des classes qui souffrent, ainsi qu'en témoignent les magnifiques productions de l'exposition d'économie sociale (2) ; ils penseront aussi aux fêtes de Paris, où, au milieu de l'ordre le plus parfait, toutes les classes de la société étaient confondues et ne formaient plus qu'une seule famille.

On leur a dit que la France el Paris étaient indisciplinés, ingouvernables ; ils répondront par ce qu'ils ont

(1) Plus de 30 millions de visiteurs ont parcouru l'exposition; les arrestations ont été seulement de 198 individus appartenant à 18 nationalités.

(2) L'économie sociale à Vexposition de 1889, communication faite au congrès d'économie sociale le 13 juin 1889 par M. E. Cheysson, ingénieur 4n chef des ponts et chaussées, président de la section xiv de l'exposition ^'économie sociale.

vil ,: un président de la République tout dévoué à ses devoirs, aimé et respecté de tous, accueilli partout avec le plus profond respect, jouissant d'une popularité croissante dans tous les rangs de la société et rendant plus précieuse encore à nos hôtes l'hospitalité française par ses réceptions merveilleuses de goût, par son accueil plein d'aménité ; l'autorité; du gouvernement partout respectée. A ceux qui nous méconnaissent, ils répondront encore qu'un peuple qui travaille et opère de tels labeurs aime avant tout là paix et considère comme le souverain bien, le développement de son commerce et de son industrie.

Peut-être aussi, faisant un retour sur eux-mêmes, sur ce qu'ils pensaient de nous, avant de nous avoir vus et appréciés de près, les visiteurs étrangers se demanderont si les attaques injustes, les défiances séculaires, les haines de peuple à peuple, ont leur raison d'être ; si les préparatifs de guerre et la guerre doivent être, pour toutes les nations, le but fmal et l'idéal rêvé, à une époque où le monde civilisé se montre chaque jour comme un immense Etat économique dont les différentes parties, solidarisées par le travail, par le commerce, par les échanges, par les relations quotidiennes d'affaires entre les individus, sont moins étrangères les unes aux autres que ne l'étaient, il y a un siècle, les différentes provinces d'un même pays. Ils penseront aux richesses que produit la paix, aux bienfaits qu'elle procure, et aussi aux ruines et aux deuils que la guerre a enfantés.

Confiance en Uuc dcs richesscs Ics plus graudcs, un des biens les

nous-mêmes. , . •.• -, , , .

plus précieux que l'Exposition nous aura donnés, c est enfin la confiance en rious-mêmes, c'est la confirmation nouvelle et la constatation, aux yeux de tous, des qualités maîtresses de la France : l'opiniâtre travail de nos commerçants et de nos industriels, le bon goût de nos artistes et de nos artisans, l'esprit d'ordre, d'économie et de prévoyance qui règne dans toutes les classes (J^ la nation.

L'expositioa a créé un mouvement considérable Produits fran

,,,«». ,, • j Çais et produits

d idées et d affaires ; elle nous aura permis de compa- étrangers, rer nos produits à ceux des nations qui nous entourent, d'améliorer celles de nos productions qui en ont besoin, de faire connaître et de répandre au loin celles dont la supériorité est incontestable, de travailler encore davantage pour marcher en avant dans la voie du progrès. Nous avons, nous aussi, remarqué de près les amélior rations acquises par plusieurs industries étrangères, et nous saurons en tirer un utile parti.

Nous avons tous vu les produits du continent et ceux d'outre-mer et admiré, entre autres, les envois du Br<^ sil, du jMexique, des belles colonies australiennes ; les machines agricoles des Etats-Unis et, plus près de nous, la brillante exhibition de la Belgique qui, si elle est ua • les plus petits pays sur la carte d'Europe, est une des nations les plus avancées et les plus puissantes pour son industrie minière et manufacturière, pour son agriculture. Elle tient un des premiers rangs pour Textraçtion de la houille, la fabrication du fer et du zinc, ia construction des machines, et elle n'est pas moins brillante dans l'apprêt des tissus les plus modestes que dans la confection des dentelles les plus riches et les plus variées. La Suisse, avec sa bijouterie et son horlogerie; 1 Espagne, avec ses vins et les richesses de son sol, mines de cuivre, argent, plomb, mercure ; l'Autriche- Hongrie, avec ses articles de bimbeloterie, sa cristallerie et verroterie, ses faïences ; la Russie, avec ses riche$ fourrures et ses objets de luxe ornés de lapis, de malachite, ont obtenu les suffrages de tous ; et enfln, nous avons applaudi à l'exposition spéciale de nos colonies^ de l'Algérie, de la Tunisie, de la Gochinchine, de nos possessions des Antilles, de l'Inde, de l'Océanie, exposition dont l'importance et la variété ont été pour le plus grand nombre des visiteurs une véritable révélation. .

En contemplant ces richesses, nous avons tous pensé ^.^[^^ concurqu'il faut que la France travaille, travaille toujours, travaille encore, pour tenir le premier rang, lutter contre

la concurrence qui l'enserre de tous côtés, produire bien et à bon marché, alors que la main-d'œuvre, les frais de toute nature, les lourds impôts que nous supportons, rendent nos prix de revient d'autant plus élevés, bres*^*"^^^ '*' Nous nous somuies dit aussi, nous qui sommes les Abondance et euncmis de la protection et ne demandons rien qu'à

bon marche. . ^

notre activité, a notre persévérant travail, nous qui aimons le libre commerce et le libre échange des produits, combien il est étrange de voir l'Europe presque entière et même la France, revenir aux idées du protectionnisme, vouloir la disette au lieu de l'abondance, la cherté au lieu du bon marché, créer des barrières artificielles pour empêcher le commerce de s'étendre. Par la plus singulière des contradictions, on paye des ingénieurs pour faciliter les relations de peuple à peuple, creuser des ports et des canaux, couper des isthmes, franchir les mers en creusant des tunnels sous-marins ou en établissant des ponts sur l'Océan ; on établit des chemins de fer dans toutes les parties du monde, on relie toutes les maisons par des lignes télégraphiques et téléphoniques, et ensuite, on place des douaniers à la frontière pour empêcher et entraver les communications et les échanges.

Conclusion. Tcls sout quclqucs-uns des enseignements, des pro-

fits moraux que la France aura retirés de cette magnifique exposition qui, du premier jusqu'au dernier jour, favorisée par un temps radieux et par une affluence inouïe de visiteurs venus de tous les points du globe, n'a été qu'un immense succès. Ils ne sont pas moins nombreux ni moins précieux que les profits matériels, que les millions que cette grande fête du travail aura laissés dans tout le pays.

La France, Dieu merci, n'a rien perdu de sa grandeur : frappée durement, elle a mûri à l'école de l'adversité et elle vient de prouver qu'il ne faut jamais désespérer d'elle puisque ses enfants sont capables de tels efforts.

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