i. — 1,A LIBERATION DU TERRITOIRE
La composition du ministère formé par le nouveau président de la République, au lendemain du 24 mai, parut heureuse. Mais le monde des affaires applaudit surtout au retour de M. Magne, qui reprenait le portefeuille des fmances. Ce seul choix devait ranimer le marché et lui rendre quelque confiance ; car ce n'est pas d'aujourd'hui que la Bourse répète cette maxime, si souvent justifiée par les faits : « M .Magne, c'est la hausse! »
Comment, en effet, le public financier n'accueillerail-il pas avec faveur un ministre qui, chaque fois qu'il est rentré aux alTaires, a ramené avec lui l'ordre, la régularité, l'économie et la prudence?
La hausse qui se produisit à la suit€ des événements des 24 et 25 mai, ne fut point éphémère ; les cours acquis se maintinrent avec une grande fermeté, en dépit des mauvaises nouvelles qui nous parvenaient des marchés étrangers. En effet, une série de crises des plus intenses éclataient sur la plupart des grandes places de l'Europe : Vienne, Francfort, Hambourg, Berlin étaient tour à tour fortement ébranlées. A Vienne, la cris-î sévit avec une rigueur qui détermina de nombreux et terribles désastres. Les plus solides institutions financières de l'Autriche en ressentirent les atteintes. L'une des plus sûres et des plus estimées, le Crédit foncier d'Autriche, se trouva sérieusement frappée et ses actions, qui, au commencement de Tannée, étaient cotées 062 fr. 50, descendirent graduellement mais rapidement 1 940 francs d'abord, puis à 800 francs, puis plus bas ■ ncore: à la fin de l'année 1873, nous les retrouvons à 525 francs à peine, écart énorme qu'il sera bien difficile de regagner.
Le marché français, il faut le reconnaître, ressentit à peine le contre-coup des souffrances que subissaient les autres places européennes; il fit bonne contenance
Premier minislèrc formé par le maréchal de Mac-liahon.
Cabinet de Rrogiie. M. Magne, minisire des finances.
Crise des marchés éttangers.
Non- répercussion sur le marché français.
et traversa toute la période qui s'étend de juin à sep* tembre dans un calme absolu ; trop absolu même, car si le triomphe de la politique conservatrice a rassuré un grand nombre d'intérêts, on continue à vivre dans le provisoire, c'est-à-dire dans l'incertitude du lendemain; la confiance se maintient, mais elle ne grandit pas; le marché se montre ferme dans sa position, mais il ne tente pas de faire un pas en avant ; la stagnation est complète ; les affaires sont nulles. Nos institutions de crédit, sauf bien entendu la Banque de France, languissent et voient leurs valeurs délaissées. Les diverses émissions qui, à ce moment, sont lancées en France échouent ou ne réussissent qu'à demi : entre autres, celles du Crédit foncier des Etats-Unis et des 1,600,000 obligations égyptiennes (juillet 1873.) sio'i^^*'monlr- Pendant ce temps, l'œuvre de la libération de notre chique. Visite du territoire se poursuit. D'autre part, les projets de fusion
eoiiite (la Pans '^ r- i r- j
au comte de monarchiquc donnent lieu à d'activés démarches; un gage sérieux de la réconciliation des deux branches de la maison de France est donné par M. le comte de Paris qui se rend auprès du chef de sa famille. M. le comte de Chambord reste le seul candidat des légitimistes et des orléanistes réunis.
L'Assemblée est en vacances, mais, on le voit, il s'en faut bien que la politique fasse trêve. Toutefois, l'évacuation des départements occupés ne provoque pas ces dangereuses manifestations que Ton nous faisait redouter et, sauf la courte agitation patriotique soulevée sur le passage de M. Thiers qui se rend en Suisse, rien ne menace l'ordre à l'intérieur.
Pourtant la stagnation des affaires persiste : nulle activité à la Bourse, peu de commerce, à peine de travail. La majorité du parti conservateur attribue cette atonie générale au peu de sécurité, au peu de garanties qu'offrent l'organisation des pouvoirs publics et la situation d'un gouvernement dont l'existence peut chaque jour être remise en question.
Alors les projets fusionnistes reprennent une nouvelle
1873. - LA I.IMKKAIION DU TEIIRITOIRE
faveur ; d'activés négociations sont ouvertes entre la majorité monarchique et le comte de Ghambord. Chaque jour, le rapprochement, déjà opéré par l'entrevue des deux princes, devient plus étroit. On annonce que de sages concessions ont été obtenues, que l'entente est établie, l'accord complet. Le triomphe des monarchistes est certain; l'Assemblée nationale n'a plus qu'à se réunir et à aller aux voix ; le résultat ne saurait être douteux, la majorité est assurée ; on sait même le aombre exact des votes» sur lesquels on peut compter. La royauté va être rétablie.
Et la Bourse, qui est avant tout conservatrice, qui ne voit dans un événement politique que ce qui peut favoriser une reprise des afïaires, la Bourse monte!
Le 30 septembre, le 3 % était à 56 fr. 95, l'emprunt 5 % à 92 fr. 10, le libéré à 91 fr. 66 ; le 4 octobre, ils sont
30, le libéré à 92. îr. 80.
financier, semble déjà
le 3 % à 58 fr. 40, le 5 % à 93 fr.
Ainsi, tout, même le monde saluer la monarchie restaurée.
Mais bientôt on apprend qu'il n'y a nulle entente, nul accord, qu'il n'a été fait aucune concession ni sur le drapeau, ni sur les principes ; et on l'apprend par qui? par le comte de Ghambord lui-même dont la parole ne saurait être mise en doute. La fusion se meurt ; la fusion est morte.
Alors les conservateurs, un instant mis en désarroi par ce coup de théâtre imprévu, se retournent vers le maréchal de Mac-Mahon et la majoritô se refornïe autour de lui. Mais le président réclame des pouvoirs plus complets, des moyens de gouvernement plus sérieux, des garanties de temps plus étendues. Les partis négocient difficilement d'abord; des compromis s'établissent; des alliances se forment ; enfin, le 19 novembre, la question est tranchée par le vote de l'Assemblée nationale qui proroge de sept ans les pouvoirs du maréchal de Mac- Mahon.
I^a Bourse qui avait accueilli naguère îes espérances monarchiques par une hausse sensible, accueUle la
L'en tente ne se Tait pas. La fusioD cobuuft.
Le sepf'nnat du inariJoUal Cte Mac-Mahoa.
Hausse de l* Bourse.
prorogation les pouvoirs du président par une hausse plus considérable encore.
Du 15 au ,24 novembre nos fonds publics se sont élevés : le 3 % de 57 fr. 40 à 58 fr. 90, l'emprunt 5 % de 91 fr. 05 à 93 fr. 15, le libéré de 90 fr. 85 à 92 fr. 90.
Un progrès marqué, un grand pas a été fait vers un
état plus stable et dont la durée permet d'espérer que
les affaires vont enfin se développer. La Bourse, dans
sa logique brutale mais irréfutable, le constate (1).
Menace do Mais de uouvelles craintes s'élèvent ; la politique cette
cise financière. -^
rnsufasance de fois n'y est pour rien ; on redoute une crise financière ;
QduciaiVe. Mesu" la circulatiou dcs billets de la Banque de France menace
M.^Magnrcnse d'être iusuffisaute. M. Magne voit le danger, qui peut
conjurée. devenir grave ; il cherche aussitôt les moyens d'y
parer ; grâce à lui, le remède est bientôt trouvé et les
appréhensions se dissipent. ^
Élaboration Les dcmièrcs semaines de l'année s'écoulent au
des loia consti- . ,
tuiionneiies. milieu dcs préoccupatious qu'inspire l'élaboration des
Trianon!^ * lois coustitutionnelles et de l'émotion que provoque le
de^?874."*"''^^' triste procès qui se déroule à Trianon. L'Assemblée
nationale vote, pour 1874, un budget, deux budgets, au
pas de course ; beureusement, M. Magne a mis plus
de soin et consacré plus de temps à les équilibrer que
nos législateurs à les discuter.
M. Gambetta Enfin, Faunéo se ferme sur une étrange surprise,
prend,arAssem- ' . a t- y
biéc nationale, pleine d'euseignement, il est vrai, et tout à fait consorente. ^ laute. M. Gambetta, infidèle pour une fois à la politique,
vient, à la tribune, prendre la défense de la rente.
La rente française défendue par M. Gambetta! Quelle surprise, quelle révélation pour tous ses amis politiques de l'extrême-gauche qui croient sauver tout, remédier à tout, en imposant le capital, en imposant le revenu, en frappant la propriété, les terres, tout ce qui produit, tout ce qui rapporte. On ne pouvait désirer pour l'année 1873 une fin plus favorable.
(1) Voir notre étu^c sur La rente française, ses origines, ses déTe|op|)ements. ses avantajes jn-S" iono
L'année 1874, si vide de faits importants qu'elle paraisse, n'en a pas moins un caractère parfaitement tranché. Quoi qu'on puisse dire; elle ne ressemble point aux années qui l'ont précédée ; elle a sa physionomie propre, son aspect particulier, qui frappe bien et saisit du premier coup lorsqu'on l'embrasse d'une vue d'ensemble.
Comme la plupart de celles qui l'ont précédée, l'année 187'! peut être désignée par un mot unique qui suffit à la résumer tout entière ; elle contient le fait saillant qui nous fournit l'expression exacte de son esprit et de son importance historique.
Il n'y a pas à hésiter : 1874 est Vannée de la rente au pair.
Le 5 % français, ce 5 % des nouveaux emprunts, ce ^^^ Jiiî.^'^ 5 % de la rançon, parvenu au pair après tant de désasties, après de si cruelles épreuves, en dépit des incertitudes de l'avenir et des perpétuels mécomptes du présent, tel est bien le fait important qui a dû frapper tous les esprits attentifs, en France comme à Télranger !
L'histoire de ce 5 %, de cette rente qui a touché le ^^^f ^""ïu'e pair et s'en est à peine éloignée, c'est vraiment l'his- demande avant toire de la Franco pendant toute cette année. Rien n'est plus intéressant que de suivre les progrès de nos fonâî) publics ; on assiste ainsi à toutes les phases de la résis-
tance constante et opiniâtre que la partie laborieuse et productrice de la nation a opposée aux envahissements de la politique.
Il est impossible, en effet, de ne pas reconnaître que le monde des affaires, de la finance, des petits capitaux de l'épargne, va se désintéressant de plus en plus de nos luttes politiques. Et cette indifférence est telle qu'il semble que, l'ordre matériel une fois assuré, on n'ait plus rien à désirer avec quelque ardeur.
La France peut-elle travailler en paix, acheter, vendre et échanger en paix, gagner en paix de quoi vivre, de quoi payer les impôts, de quoi réparer les pertes du passé? Peut-on économiser en paix et en paix reconstituer la fortune privée et publique? C'est là, qu'on n'en doute pas, pour le moment du moins, tout ce qu'on demande, tout ce qu'on souhaite, à ce point qu'il ne faudrait pas jurer que la nation se soucie beaucoup et de la forme du gouvernement et des lois constitutionnelles.
Nous en avons eu, dès le début de l'année 1874, des preuves flagrantes, qui se sont, depuis, sans cesse renouvelées.
Complications La rcutc 5 % était, le 2 janvie.', cotée 93 fr. 15. Pendant ce mois les complications politiques se succèdent. Le vote sur la mise à l'ordre du jour de la loi des maires détermine une crise violente qui heureusement se dénoue pacifiquement. La fameuse question de l'Orénoque est soulevée. On redoute des difficultés diplomatiques avec l'Italie ; on craint de rencontrer partout la main de la Prusse. Et cependant notre marché financier ne s'émeut pas, les achats de rente au comptant se poursuivent, le 5 % ne faiblit pas : nous le retrouvons à 93 fr. 55 le 2 février.
En février s'élèvent les interpellations de l'extrêmegauche au sujet de la circulaire adressée aux préfets par M. le duc de Broglie. Mais les esprits, rassurés par le discours du maréchal de Mac-Mahon au tribunal de commerce, ne se laissent pas ébranler. Les capitaux continuent à affluer, le taux des reports s'abaisse ; la rente
politiques.
Interpellatioiis parlementaires.
conserve toute sa fermeté ; le 2 mars, le 5 % était coté 1)3 fr. 60.
Mars, c'est le mois de l'impuissance politique, du piétinement sur place; au sein de l'Assemblée la majorilc se cherche et ne se ti-ouve pas. Pendant ce temps It's radicaux font de nouveaux progrès et leurs candidats remportent dans le Vaucluse et dans la Vienne une victoire complète. La Bourse ne s'en émeut pas; l'épargne n'en conçoit nulle inquiétude, elle achète toujours de la rente. Nulle crainte de baisse ; c'est, au contraire, la hausse bien accusée, bien franche. Le 31 mars, le 5 % est à 95 francs; soit pour le mois une plus-value de 1 fr. 40.
En avril, la politique fait trêve. L'Assemblée a pris des vacances. Au dehors tout semble calme. Les derniers versements mensuels sur l'emprunt de 3 milliards 500 millions s'effectuent au jour marqué. L'équilibre du budget paraît assuré. C'est s des faits de cet ordre se\ilement que la Bourse veut s'intéresser. Le 30 avril le 5 % est à 95 fr. 60.
Au mois de mai éclate une crise parlementaire qui détermine la chute du cabinet de M. de Broglie (vote du 16 mai). Sans doute la Bourse, si profondément conservatrice, va se troubler à ce coup? Il n'en est rien; elle s'en préoccupe à peine.
« Il est évident, écrivions-nous dès lors, que le grand souci de la partie saine et laborieuse de la nation, c'est le travail. Il est certain que le pays est las de la politique et de ses stériles émotions ; qu'il a surtout besoin d'une bonne et paisible administration; qu'il lui importe peu que le ministre des finances, ou celui de l'agriculture, appartienne à telle ou telle nuance; mais qu'il lui importe fort que le premier soit un bon financier et que le second sache développer notre puissance agricole. Ce qui paraît le plus opportun en ce moment est donc de confier à chacun la tâche à laquelle il est propre et de reléguer la politique au second plan. »
En dépit des graves complications qui s'étaient pro-
Pro^rèB
radi-
Vacaoces parlemeataires
Cabinet Cissey.
di»
Difficultés lérieures.
duites, la spéculation à la baisse n'avait pu, à la fin de mai, faire descendre la rente 5 % au-dessous de 94 fr. 50.
Juin nous amène de sérieuses difficultés. Le ciel est gros d'orages qui éclatent aussitôt après l'élection de M. de Bourgoing dans la Nièvre. On se traite de misérables en pleine tribune. Des désordres graves se produisent à la gare SaintrLazare. Trois journaux sont suspendus. M. Gasimir-Perier demande la projlamation de la république, M. Lucien Brun le rétablissement de la monarchie, M. Lambert de Sainte-Croix l'organisation du septennat : c'est le chaos absolu. Qu'a fait la Bourse pendant ce temps? Elle a dû être agitée, bauleversée? Nullement, elle a continué, avec une incroyable impassibilité, sa route tranquille et sûre. Le 30 juin le 5 % est à 95 fr. 60, c'est-à-dire au même cours qu'à la fin d'avril.
La Bourse ne réclame rien, sinon la paix et la sécurité. Dans un ordre du jour à l'armée, le maréchal de Mac-Mahon déclare, en termes énergiques, qu'il remplira « jusqu'au bout » la mission qui lui a été confiée. Que faut-il de plus pour rassurer le monde des affaires? Aussi l'argent abonde-t-il ; aussi le 5 % esir if~fcoté 99 fr. 55 le 31 juillet ; en un mois, il a monté de
4 francs.
La rente traverse assez heureusement le mois d'août
qui voit s'élever de nouvelles difficultés à l'extérieur. Il s'agit cette fois de l'Espagne, des carlistes, de l'Allemagne aussi qui protège le gouvernement de Madrid. On redoute les manifestations que va peut-être provoquer l'anniversaire du 4 septembre. Cependant la Bourse célèbre à sa façon ce fameux anniversaire : le
5 % français atteint le pair à terme; le lendemain il est coté 100 fr. 20 au comptant, 100 fr. 40 à terme.
La politique fait trêve de nouveau. Le chef de l'Etat voyage et rencontre partout un accueil sympathique. Hausse des Le calms règne presque partout. Les émissions se succèdent et réussissent. Nos meilleures valeurs, entraînées à la suite de la rente, commencent à monter. Jus-
Difflcullés extérieures.
La politiqne
fait trêve.
Émissions réussies
<iirà la fin d'octobre notre 5 % évolue autour (Je ce ars de' 100 francs; s'en écartant à peine. Les appréhensions que fait naître l'approche de la rentrée de l'Assemblée n'exercent sur les cours qu'une très faible , influence; la politique peut de nouveau sévir; la Bourse l'abandonne en quelque sorte à elle-même et, quelles qiio soient les émotions du dehors, elle ne laisse pas tomber la rente au-dessous des cours acquis.
Ainsi, la rente au pair, l'indifférence politique, l'unique souci de l'ordre : tel est le bilan de l'année 1874, embrassée d'un coup d'œil et que nous étudierons maintenant en détail au seul point de vue fmancier.
Bilan de i8T4 renie an pair indifférence jm.M tique; souci de l'ordre.
Importance financière de la hausse de la rente.
Au seul point de vue financier la plus-value acquise }ûir nos rentes est assurément un résultat considérable. Dans sa marche rapide, la rente devait entraîner à sa suite la plupart de nos meilleures valeurs; aussi constatons-nous, à quelques exceptions près, une amélioration générale et, si ce mouvement n'a pas été plus "^''nsible encore, c'est que le public, fidèle à nos fonds
Rtat n'a pas discontinué d'acheter de la rente malgré son haut prix.
Tandis que le 5 % s'élevait de 6 francs dans le cours de cette année, le 3 % gagnait 3 fr. 10 et le 4 1/2 % 5 fr. 50.
Parmi les valeurs de placement qui sont les premières à profiter de la hausse de nos rentes, il faut placement pron:
,,.,..,,,.. tant de la hausse
a abord citer les obligations de nos emprunts de villes, *ie la rente. celles du Crédit foncier, celles aussi de nos principales compagnies de chemins de fer.
Les divei-ses obligations de la ville de Paris, qui pouvaient sembler, il y a deux ans, peu susceptibles d'amélioration avant un long temps, ont fait de remarquables progrès. Lee obligations 1855-1860 ont, depuis
Valeurs de
Obligations un la ville de Paris.
le commencement de l'année, monté de 21 fr. 25 ; (1) les obligations 1865 de 27 fr. 25; les obligations 1869 de 21 francs ; les obligations 1871 de 26 fr. 50 ; enfin celles de l'emprunt 1872 ont atteint le pair qu'elles gardent fermement. Ces divers titres ont une clientèle fort nombreuse, fort étendue, ils sont surtout recherchés par l'épargne; il s'est donc produit là un accroissement notable de la fortune mobilière.
Gréd/t^foncfer*^" Lcs divcrscs Obligations émises par le Crédit foncier n'ont pas été moins heureuses et c'est là un signe excellent. Les obligations foncières de 500 francs 4 % ont monté de 48 fr. 75, les foncières 3 % ont monté de 64 fr. 75, les foncières 1863 ont monté d'environ 50 francs, les communales de 45 fr. 25, les communales départementales de 22 fr. 50. Il est inutile sans doute de faire observer ici combien une telle amélioration est importante non seulement pour les porteurs de titres, mais aussi et surtout pour la prospérité de notre grande institution de crédit foncier qui, la valeur de ses obligations s'élevant, peut reprendre et multiplier ses prêts.
Obligations de L'auuéc 1874, principalement dans ses derniers mois,
chemins de fer. , ,„ f, ,,,. , , ■ ,»
a ete très favorable aux obligations de chemms de fer. Le public leur a rendu la faveur qu'elles méritent et l'on peut dire que, si ces titres n'ont pas encore acquis leur vraie valeur, ils ont du moins retrouvé leurs anciens et nombreux clients.
La hausse de l'année est de 15 fr. 25 pour les obligations de l'Est, de 27 francs pour celles du Lyon (fusion), de 25 fr. 50 pour les obligations Nord, de 26 fr. 75 pour les obligations Orléans, de 27 fr. 50 pour les obligations du Midi, de 26 francs pour celles de rOuest. Les obligations de la compagnie des Charentes se sont élevées de 254 francs à 268 francs; les bons des Charentes, qui valaient 220 francs au commencement de l'année, valent aujourd'hui 248 fr. 75 et 249 francs:
(î) D'après les cours du 2 jnrvjcr et du 21 déc mbre 1874.
:1s atteignent leur taux de remboursement. Enfin les obligations de la Vendée ont monté de 2^ francs à 249 francs.
Ctitains groupes de valeurs qui précédemment paraissaient écrasées par la spéculation ont été particulièment favorisées. Ainsi nous avons vu les obligations du Nord de l'Espagne (priorité) s'élever de 174 francs à 201 fr. 50, celles à revenu variable de 95 francs à ifô francs, tandis que les actions de cette même entreprise, cotées 73 fr. 75 le 2 janvier, se relevaient graduellement jusqu'au cours actuel de 240 francs. A côté de <es titres, tout près d'eux, les actions du Crédit mobilier espagnol, qui valaient 352 fr. 50 au début de l'année, montaient plus rapidement encore et doublaient presque de valeur. Moins heureux était le Crédit mobilier français dont les actions, cotées 322 francs le 2 janvier, ont péniblement atteint le cours de 350 francs.
Les actions des principaux établissements de crédit ..V;.*'*'"* "^^
^ •^ établisse ment*
ont d'ailleurs profité dans une certaine mesure du de crédit. mouvement général des valeurs. La plupart ont éprouvé de la hausse; cependant les actions de la Banque de France, du Comptoir d'escompte et de la Société algérienne ont, fMDur des causes diverses, subi un temps d'arrêt. Il faut bien reconnaître que les valeurs de cette nature ne ressentent d'ordinaire que tardivement les effets d'une amélioration du marché; nous ne disons pas qu'elles sont les moins favorisées, mais qu'elles sont favorisées les dernières; le bénéfice n'est pas moindre, mais il est plus lent à se produire. Leur prix, généralement élevé, les rend peu accessibles aux capitalistes modestes qui se portent tout d'abord sur la rente, sur les emprunts des villes, sur les obligations de chemins de fer. C'est seulement quémd ces dernières valeurs ont atteint de hauts cours que les capitaux commencent à refluer vei-s les actions de chemins de fer, les actions d'entreprises industrielles et les actions des sociétés de crédit. L'épargne va d'abord à l'obligation, dont le revenu est fixe et à laquelle est
Actions fie ctieniifls de fer.
Valeurs industrielles.
Ponds d'État étrangers.
attachée unt i^araiitie certaine; elle ne va à l'action qu'attirée paj* l'e.^poir d'im dividende important. Or les gros dividendes ne se distribuent que dans les années dô grandes aiîaires ei, si bonne qu'elle puisse paraître, l'année 1874 n'est pas, pour les institutions de crédit, une année d'affaires.
Il s'en faut bien toutefois que toute, les actions aient été délaissées. Celles de nos grandes compagnies ont prospéré. Les actions de l'Est ont monté de 20 francs, celles du Nord de 50 francs, celles de l'Orléans de 32 fr. 50; les actions de l'Ouest ont monté de 37 fr. 50, celles du Midi de 42 francs.
Quant aux chemins de fer étrangers, leurs actions ont eu des fortunes diverses. Nous avons vu que «vtî»»s du Nord dé l'Espagne avaient triplé de prix et au deià; celles du Saragosse-Pampelune-Barcelone se sont élevées de 60 francs à 210 francs; celles des Chemins portugais ont monté de plus de 40 francs. Mais, par contre, les actions des Chemins autrichiens ont baissé de 77 fr. 50, celles des Chemins lombards d'autant; les actions du Nord-ouest d'Autriche de 88 fr. 75.
L'année 1874 n'a pas été mauvaise pour les valeurs industrielles; nous ne parlons ici que des plus importantes ou, du moins, de celles qui sont le plus répandues sur notre marché. Les actions des Magasins généraux ont monté de 105 francs, celles des Omnibus de Paris de 101 francs; les actions des Petites voitures ont gagné 57 fr. 50, celles des Messageries maritimes 16 fr. 25, les actions du Gaz parisien 107 fr. 50, celles du Canal de Suez environ 23 francs.
Que dire des fonds d'Etat étrani^ers dont les tilres circulent dans notre pays? Peu de chose, en vérité, sinon que les meilleurs, ceux sur lesquels il ne s'est jamais élevé attcun doute, ont gardé la confiance du public, que les autres ont naturellement subi quelques vicissitudes ou rencontré, sur notre place, un accueil assez froid. Ainsi les fonds russes, les fonds américains, la dette autrichienne convertie, les obligations
domaniales d'Autriche, ont ou gardé ieurs cours élevés ou acquis une certaine plus-value. L'Italien a gagné 7 francs environ; le Péruvien en a gagné 8, mais difficilement, et il est à craindre qu'il ne les conserve pas. Les fonds égyptiens ont montré bien peu de fermeté; les fonds espagnols sont restés toute Tannée à des cours infimes ; enfin les fonds turcs ont sensiblement fléchi. En ce qui touche ces derniers, on sait quelles aventures ils ont traversées: mission de Sadyck-Pacha, convention conclue puis annulée, pénurie du Trésor ottoman, défaut de ponctualité dans certains paiements. Peut-être la crise que traverse le crédit de la Turquie touche-t-elle à sa fin; peut-être aussi l'intervention de la Banque ottomane dans les finances de 1 empire rassurera-t-elle le public et ranimera-t-elle la confiance : nous ne pouvons ici qu'exprimer une espérance.
En somme et à part quelques points noirs, il ne faut concinsioB. pas trop se plaindre de l'année 1874. Elle a été tout ce qu'elle pouvait être : une année d'attente. Au point le vue financier, elle a donné des résultats satisfaisants : les capitaux disponibles ont repris courage et se sont montrés ; la plupart des bonnes valeurs se
nt améliorées; on n'a fait que peu d'affaires, il est > rai, mais on s'est préparé à en faire et on est prêt ; puisse 1875 utiliser toutes les ressources que nous pos-
dons, toutes les forces que nous avons rassemblées.
Bien quelle parût trop vide de faits importants, l'année 1874 n'avait cependant pas été défavorable aux grands intérêts de la nation. Elle fut, on ne doit pas l'oublier, Vannée de la rente 5 % au pair. Que dire de l'année 1875? Certes, elle ne ressemble guère à son aînée; elle est bondée de faits politiques, économiques et financiers. Il serait difficile de trouver année plus remplie. A-t-elle été bien ou mal remplie? tout ce qu'elle nous a apporté doit-il être considéré d'un regard également satisfait? C'est ce que nous jugerons à l'examen. Toujours est-il que, pendant ces douze mois, ce ne sont ni les événements imprévus, ni les émotions soudaines qui ont manqué au pays. Cette année peut être appelée Vannée des surprises; chaque mois a la sienne et la dernière n'est certainement pas la moindre. Il semble que tous les faits qui se sont succédé, et ceux-là mêmes qui doivent avoir la plus grande portée et les plus graves conséquences, ne soient qu'une suite d'improvisations nées subitement, spontanément, et rattachées entre elles par des liens si ténus qu'ils échappent aux regards les plus exercés.
Examinons d'abord les faits politiques.
Au mois de janvier, TEspagne, qui' ne fait pas ses Beatanration alTaires comme tout le monde ou plutôt qui ne les fait en fepi«^ ** comme personne, l'Espagne qui paraissait se complaire dans sa languissante anarchie, s'aperçoit tout à coup qu'elle est restée monarchiste et, sur-le-champ, proclame roi le jeune fils d'Isabelle IL
L'Assemblée nationale vote la coDstitution républicaine.
Cabinet Buffet.
Questions de politique étrangère.
La liberté da l'enseignement supérieur.
Vote définitif des lois constitutionnelles.
Troubles d'Her ïé 'ovine.
Au mois de février, alors que toute transaction entre les partis semblait impossible, ^lors que toute tentative de conciliation semblait devoir être vaine, on voit avec étonnement une Assemblée nationale divisée et fractionnée à l'infmi, voter la constitution républicaine qui nous régit aujourd'hui.
Au mois de mars, alors qu'une crise ministérielle prolongée semble devoir déterminer la nomination d'un cabinet extra-parlementaire, on apprend qu'il s'est constitué, en quelques heures, un ministère au sein duquel se rencontrent M. Buffet et M. Dufaure, M. de Meaux et M. le duc Decazes.
Le mois d'avril noue et dénoue les complications de l'incident prusso-belge, soulevé par la question religieuse.
Le mois de mai réunit à Berlin les empereurs d'Allemagne et de Russie ; l'entrevue considérée d'abord comme ne pouvant avoir d'importance politique, est regardée tout à coup comme ayant un caractère hostile et de nouvelles craintes saisissent les partisans de la paix.
Au mois de juin, le moins troublé de tous au point de vue politique, on voit l'accord s'établir sur le principe de la liberté de l'enseignement supérieur. Mais une grande douleur était réserv^ée au pays : les inondations dévastent nos riches provinces du Midi et causent des désastres que la charité publique s'efforce de réparer.
Le mois de juillet apporte le vote définitif de la loi sur les pouvoirs publics et le rapport Savary sur lequel s'engage une discussion qui est close par une déclaration ministérielle dont le parti bonapartiste ne pouvait que se réjouir.
Au mois d'août la politique extérieure enregistre les troubles de l'Herzégovine, triste prélude de nouvelles difficultés autrement graves. Au compte de la politique intérieure, il faut inscrire les manifestes de M. Naauet et ses théories économiques et financières.
Le mois de septembre n'est pas le moins rempli. Ce sont encore des discours radicaux. C'est encore l'étrange surprise que causent et la publication de la lettre de l'amiral de la Roncière et la mesure dont il est l'objet. Puis viennent une suite de discours ministériels ou quasi-ministériels qui apprennent à la France qu'elle est riche, très riche, ce qu'elle ne savait peut-être pas assez, mais ce que surtout sauront toujours trop ceux qui envient sa prospérité ou convoitent sa richesse.
Au mois d'octobre surgissent les difficultés de la question d'Orient, les résolutions désastreuses de la Porte.
Novembre vient nous prouver à combien peu tiennent les résolutions politiques les plus fermes. Le ministère Buffet, d'abord menacé, finit par triompher et le scrutin d'arrondissement est voté, supplantant le scrutin de liste qui paraissait avoir séduit une majorité considérable.
Enfin décembre, qui n'a point donné son trente-etunième jour, c'est-à-dire, peut-être, sa dernière surprise, nous a tout d'abord apporté la foudroyante nouvelle de l'achat par l'Angleterre des 176,000 actions de Suez du kl'édive. Nous ne comptons ici que pour mémoire lej singuliers étonnements que nous cause, au moment où nous écrivons, l'élection des sénateurs.
Ce n'est donc pas, on le voit, l'imprévu qui, en politique, nous a fait défaut et l'on ne saurait prétendre, si l'on considère la gravité des faits, que la France a eu tort de s'émouvoir. Mais on a éprouvé, dans un autre ordre d'idées, des émotions aussi faciles à justifier.
Passons maintenant aux faits économiques et financiers.
Le mois de janvier nous a apporté un premier deuil : la mort de M. Emile Pereire dont le nom se rattachait à tant d'entreprises qui ont contribué au développement de notre activité industrielle et financière. Ce mois a vu entrer dans le domaine de la pratique la belle conception qui a pour objet de supprimer la mer entre le continent et l'Angleterre : le projet de tunnel sous le Pas de-
Propagaodcra dicaie.
Réoavertnrede la question d'O rient-
Le scrutin d'arrondissem etA adopté pour les «"leclions lègisiatives.
L'Angleterre achète les actions do canal i)c Suez possédées par le khédive.
. Mort de !I.
Kmile Pereire.
Tunnel dn Pas (t* Calais
Emissions importantes.
Affaires Philip part.
Calais. Enfin ce mois nous donne un premier avertissement sur l'avenir des finances turques : les valeurs ottomanes commencent à baisser.
Au mois de février s'effectue un autre emprunt de la ville de Paris dont les oblig'ations sont de plus en plus recherchées ; mais c'était là une opération prévue qu'on attendait et que beaucoup de capitalistes désiraient. Ce qui surprit sans doute fut l'apparition et l'expansion presque soudaine d'une personnalité financière fort remarquée. M. Philippart apportait des idées qui semblaient nouvelles, du moins sous quelques rapports, et surtout un esprit énergique d'entreprise qui séduisit d'abord. Tout un groupe de valeurs que son patronage couvrait dans une certaine mesure, profita de ce succès qu'on ne croyait pas éphémère. Un autre fait important, présage d'événements plus graves, se produisait en môme temps : les divers titres de la compagnie de Suez étaient admis aux négociations officielles sur le marché de Londres.
Parmi les émissions de février mentionnons un emprunt de la ville de Châlons-sur-Marne, un autre de la Banque centrale de crédit foncier de Russie, un troisième du gouvernement de la République d'Haïti.
Le mois de mars nous fait d'abord assister à une explosion de hausse sur les valeurs du groupe dont nous venons de parler. M. Philippart remplace M. Hausmann au Crédit mobilier. Le capital de cette société est porté h 160 millions ; une émission d'actions de priorité est commencée ; un procès s'ouvre et ces actions sont condamnées. Une grave question de principe s'élève à ce sujet et l'un de nos avocats les plus éminents fixe dans un travail remarqué les règles sur la matière. Le Crédit iyonnais double son capital, afin, dit-on, de ne pas être ibsorbé par M. Philippart. Les projets de ce financier portent, paraît-il, ombrage à de puissantes personnalités ; on croit que son activité puise sa principale source à l'étranger ; il est soupçonné, accusé, enfin obligé de s'arrêter dans sa marche trop rapide sans doute. Pen-
dant ce temps, un projet de loi relatif aux remboursement de l'emprunt Morgan est étudié par l'Assemblée nationale. Le mois de mars doit, croyons-nous, paraître assez rempli.
Le mois d'avril est, lui aussi, très mouvementé, disons plus, très agité. L'attention du monde financier est tout entière attachée aux variations que subissent les actions du Crédit mobilier français et celles du Crédit mobilier espagnol qu'une hausse rapide avait poussées à des cours fort élevés. M. Philippart tente une émission d'actions de la Société auxiliaire du crédit mobilier. De nouveaux incidents judiciaires font échouer ses projets. Les actions du Crédit mobilier sont frappées d'une dépréciation considérable, ainsi que celles du mobilier espagnol.
Le mois de mai s'ouvre sur la liquidation désastreuse d'avril. Le marché est profondément ébranlé. Toutes les valeurs du groupe Philippart sont écrasées ; elles entraînent avec elles toutes celles qui paraissent en être plus ou moins solidaires ; seules, nos rentes et les valeurs des principales compagnies do chemins de 1er résistent énergiquement et conservent leurs cours. La loi relative au mode de remboursement de l'emprunt Morgan est définitivement votée.
Dans, le mois de juin cette opération qui n'est à vrai dire qu'une simple conversion s'elTectue avec succès, tant nos fonds d'Etat ont acquis de faveur auprès d'un public qu'effraie le trouble du marché des valeurs. On remarque avec un commencement d'inquiétude la faiblesse des fonds turcs qui ne peuvent se ralTermir ; on réclame à grands cris la publication du budget de la Turquie. M. Philippart, qui semble s'avouer vaincu, donne sa démission d'administrateur du Crédit mobilier dont les actionnaires forment un nouveau conseil d'administration sous la présidence de M. Erlanger. L'impôt de 3 % sur le revenu des valeurs mobilières est étendu aux lots et primes de remboursement.
Juillet voit s'élever les premiers bruits de réduction de la rente turque ; une communication officielle publiée
Conversion de l'emprunt Morgan.
Lots et primes de remboursement a!>8ujettis à l'impôt de 3 "„.
Baisse des fonda otlomaos.
par le Times les dément; cette déclaration, bientôt suivie de la publication du budget de l'empire ottoman, ne rassure personne : la baisse continue. Le public, en dépit de toutes les assurances, ne veut plus accorder de connaisse des ren- fiance à la Turquie et il trouve la vraie cause de la faveur
tes françaises. , , , ....
de. nos rentes dans ce prnicipe toujours respecté par la France d'assurer le paiement de sa dette annuelle par des ressources ordinaires. Notre 5 % dépasse le cours de 105 francs et le 3 % celui de 65 francs; on prévoit déjà l'éventualité d'une conversion du 5 %. bonrdu^TJés"or^à ^^ ïuois d'août CCS prévisious paraissent de plus en long terme. pj^g foudécs ct déjà la prcssc discute les conditions dans lesquelles cette conversion s'effectuerait le plus favorablement. Le ministre des finances émet des bons du Trésor 5 % à cinq ans; cette émission cause une vive émotion sur le marché, on craint une concurrence dangereuse pour la rente ; le taux des bons est aussitôt abaissé à 4 1/2. Mais, ce qu'on semble redouter encore, c'est l'absorption presque complète des capitaux par nos fonds d'Etat aux dépens des autres valeurs. Cette •crainte est mal fondée ; ainsi que nous l'avons nousmême démontré par un simple calcul, l'argent ne peut manquer aux affaires car le chiffre des capitaux disponibles laissés sans emploi dans nos grandes institutions de crédit seulement s'élève à deux milliards et demi. Les fonds étrangers paraissent se raffermir dans les premiers jours du mois, les fonds turcs eux-mêmes regagnent quelque terrain et la situation semble devoir se rasséréner, lorsque tout à coup se déclare une baisse formidable sur les valeurs ottomanes ; la panique devient aussitôt générale et fait nettement ressortir la solidarité des valeurs d'un même marché entre elles. La presse cependant reste, en majorité, favorable à la Turquie; elle pense qu'une réaction ne tardera pas à se produire.
Le mois de septembre dément ces prédictions; la défiance persiste et les fonds turcs ne peuvent se relever du coup qui les a frappés. Cependant les rentes ita-
liennes et espagnoles progressent; il se produit sur les actions du Crédit mobilier espagnol un vif mouvement de hausse.
Le mois d'octobre, le moins animé de tous, n'apporte aucune amélioration à la situation du marché finanler; les affaires sont presque nulles, toute l'attention -e porte sur les finances turques; les fonds ottomans continuent à baisser tandis qu'un revirement très accusé se produit dans la presse française qui, de fa- \orable qu'elle était à la Turquie, lui devient presque liCStile. Le dénouement approche; il éclate avec violence. On apprend, par un simple télégramme, les étranges mesures financières prises par la Sublime- Porte; les cours des fonds turcs s'écroulent et l'impres- Fonds otto-
' ^ mans. Ecroule-
5ion générale est telle que la plupart des établisse- mem des cou», r.ionts de crédit croient devoir nier publiquement les relations quon leur attribue avec le gouvernement de Gonstantinople.
Pendant le mois de novembre, rien ne vient atténuer lc.« effets qu'ont produit les événements du mois précédent. Le marché reste dans une profonde atonie; les fonds turcs, dont le sort semble devoir être partagé par les fonds péruviens, ont tout entraîné. Nos rentes 5 % mêmes ont fléchi au-dessous du cours de 103. Cepenilant, vers la fin du mois, un calme relatif s'établit; le 5 % français remonte à 103 fr. 80; les fonds italiens --' relèvent, les fonds égyptiens retrouvent de meilleurs cours. Nos bonnes valeurs de chemins de fer, vaicnredechequi ont toujours montré une grande fermeté, sont fort recherchées. Dans un autre ordre de faits, on remarque sur le marché, non sans étonnement, une singulière évolution des esprits : les idées naguère érnises par M. Philippart et si vivement combattues, retrouvent une certaine faveur et des projets de fusion entre diverses lignes nouvelles sont mis en avant : on parle de l'incorporation du réseau de la Vendée au réseau des Charente?; on voit la compagnie du Nord affermer les chemins de Lille à Valenciennes. Mais, tandis que
les divers réseaux français tendent à se rapprocher, les chemins autrichiens-lombards se séparent. Mort de M. Enfm décembre paraît. Il emporte un des hommes
Schneider.
les plus émments du pays, M. Schneider, à qui l'industrie française doit de si grands progrès et de si utiles enseignements. C'est alors qu'éclate cette mine creusée en Orient par l'Angleterre et qu'on apprend qu'elle vient d'acquérir une autorité prépondérante sur l'entreprise du canal de Suez. Nous avons dit quelle était l'importance de cet événement au point de vue politique; mais il serait bien difficile d'apprécier celle qu'il peut avoir au point de vue financier. On peut tout espérer et tout craindre.
1875 est ran; C'cst sur cc doutc et sur cette émotion que nous
née des siirpri- ^
ses. laisse l'année 1875, dont le tableau, tracé ici à grands
traits, doit sembler quelque peu incohérent. La part de l'imprévu pendant ces douze mois a été aussi large que possible et l'on ne voit guère la place que la logique des faits, aussi bien que celle des hommes, y occupe. L'année 1875 a ouvert bien des questions, posé bien des problèmes, commencé bien des entreprises, elle n'a rien terminé, elle n'a rien résolu : c'est Vannée des surprises.
Après avoir présenté rapidement le tableau de cette année si remplie et si tourmentée, il nous reste à la juger dans ses résultats matériels au point de vue purement fmancier.
Rentes fran- Lcs événements que nous avons rappelés ont pu avoir sur les rentes françaises une influence regrettable en ce sens qu'ils ont pu en entraver la marche progressive; ils ne l'ont cependant pas complètement arrêtée et, en dépit des émotions éprouvées, nos fonds d'Etat se sont encore sensiblement améliorés. Le tableau suivant donne de ces progrès la proportion exacte.
çaises