‹ Finances contemporainesChapitre 44 sur 85 · actions · texte numérisé non relu

actions

NATURE DES VALEinS

Compagnie agricole de la Leiini

Compagnie du Zambèze

Geduld Proprietary

Verreries de l'Ancre réunies..

.Société immobilière de Vichy.

New Goch Gold

Compagnie de recherche et exploitation de gisements métallifères ^. .

Société du Saint- Raphaël quinquina

Compagnie française du bimétal

Now Steyn Eslate

Compagnie générale de charbonnages

Crédit foncier de Santa-Fé.

Forges et aciéries Basse-Indre

Société des chemins algériens

Charbonnages du Bielaia

Etablissements Porcher

Mines d'Azincourt

La Haute-Sangha

Ateliers Burlon

Russian Collieries

Société française de revenus industriels

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Les valeurs qui ont été « introduites » au parquet des agents de chang-e, de même que celles qui l'ont été ail marché en banque, ont causé des déboires. Comme il faut toujours chercher une raison pour expliquer tel ou tel mouvement de hausse ou de baisse, on a attribué ces pertes au système des « introductions » au lieu de l'ancien mode de a souscription publique ». La vérité est que les deux systèmes ont leurs inconvénients et leurs avantages. Le mode d'émission et de placement de titres par souscription publique a été naguère aussi critiqué que le sont aujourd'hui les « introductions ». Quand le public s'engoue de tel ou tel titre, quand « pris de vertige », suivant l'expression de Léon Say», il se met h la recherche de placements « avec inquiS*

tude, avec hâte, avec une furie singulière », il achètera tout ce qui se présentera à lui, que ce soit par souscription publique, par introduction sur le marché, par vente directe. La vérité est que ces violents mouvements en hausse ou en baisse et que ces perles énormes ne se produiraient pas, si les capitalistes, les petits rentiers, ainsi que les spéculateurs, étaient plus réservés, plus prudents et ne se jetaient pas avec une frénésie qui leur fait perdre le jugement, quels que soient les conseils de prudence qui leur sont donnés et les avertissements qu'ils reçoivent, sur toutes espèces de valeurs, car « ils perdent, comme l'écrivait M. Léon Say, le sentiment de la réalité et croient au surnaturel ».

A des époques périodiques, capitalistes, rentiers, spéculateurs, se jettent comme des fous sur des titres de chemins de fer, de compagnies d'assurances, de sociétés financières, de titres industriels, et ce n'est pas seulement en France mais à l'étranger que de semblables entraînements se produisent. Pour offrir des placements à ces capitalistes affolés, on a vu, par exemple, dans la Grande-Bretagne, surgir de véritables compagnies éruptives, des « bulbes companies ».

On a vu se fonder des sociétés et émettre des actions pour le commerce des cheveux de femnjes ; d'autres pour assurer toutes sortes de risques comme, par exemple, le risque d'infidélité des hommes et des femmes dans le mariage ; d'autres pour fabriquer de l'eau douce avec de l'eau de mer ; d'autres pour exploiter le « mouvement perpétuel ». Dans son curieux ouvrage sur Lombard Street, M. Bagohot a relevé les noms de grand nombro de ces sociétés éphémères.

Il y en avait une, entre autres, dont le promoteur s'engageait à révéler le secret de l'entreprise un mois après que la souscription aurait abouti. Il émettait des actions de 100 livres sterling. Chaque souscripteur devait déposer 2 livres sterling pour s'assurer la possession d'une action de 100 livres sterling, qu'on lui

remettrait en lui révélant la nature des opérations de la compagnie. Plus de 1,000 personnes, en une matmée, souscrivirent des milliers de ces actions mystérieuses afin de connaître la combinaison financière et d'en profiter. Le mystère fut bien vite éclairci : le promoteur partit dans l'après-midi ; les souscripteurs ne revirent jamais leur argent (1).

Do l'année qui finit, on ne peut dire ni beaucoup de L'impénarisno. bien, ni beaucoup de mal.

Au point de vue politique extérieur, 1900 n'aura pas encore vu la fin des guerres et des conquêtes ; bien au contraire, un esprit nouveau, l'impérialisme, sévit en Angleterre, en Allemagne, aux Etals-Unis. Ce n'est pas seulement sur le terrain politique que cet esprit s'est développé et s'est accentué.

Au point de vue économique, l'impérialisme américain, anglais, allemand, n'est pas moins dangereux. Il tend à isoler commercialement et de plus en plus complètement les pays les uns des autres.

Les Etats-Unis inondent le vieux continent de leurs produits et, par le bill Mac-Kinley et le tarif Dingley, se ferment aux importations étrangères.

En Angleterre, les plaintes contre la concurrence américaine et la concurrence allemande sont vives. Les sérieuses difficultés que les négociants anglais éprouvent, aujourd'hui, à faire entrer partout leurs marchandises les incitent à demander, à leur tour, des représailles sous forme de barrières douanières. Le principe du libre-échange, que la Grande-Bretagne a répandu dans le monde, est maintenant discuté et battu en brèche.

(1) Voir dans notre travail : Une nouvelle évaluation du capital et du revenu des valeurs mobilières (lecture faite à lAcadémie des sciences morales et politiques le 23 mai 1896), le chapitre relatif aux pertes de l'épargne.

Résultats commerciaux et in-

• L'Allemagne voyant, elle aussi, se fermer de grands débouchés étrangers pour son commerce, cherche, par des possessions coloniales, à assurer son expansion extérieure dans des pays lui appartenant.

Cette lutte économique explique les expéditions et les conquêtes entreprises depuis plusieurs années : les Etats-Unis s'emparent de Cuba et des Philippines ; la Grande-Bretagne fait la guerre aux deux Républiques sud-africaines; l'Allemagne crée une grande marine militaire et marchande et fonde des colonies.

Nous devons suivre de très près ces grandes évolutions politiques et économiques, car elles auront inévitablement une influence considérable sur l'avenir et la prospérité de notre pays et de l'Europe même, si elle reste aussi divisée.

Au point de vue commercial et industriel, 1900 aura dustrieisdei90o. été uuc année d'affaires et d'activité. L'exposition universelle y aura beaucoup contribué, sans doute, mais on n'a pas travaillé seulement en vue de l'exposition et à cause d'elle : les rapports de l'Office du travail, venant de tous les points de la France, ont constaté, chaque mois, que rarement le commerce et l'industrie, dans toutes les branches où ils s'exercent, ont été plus animés, plus occupés.

la'^bouree^Tie ^^ point de vuc strictement fmancier, la hausse des monde des affai- rcutes ct valcurs à Tcvenu fixe est une compensation à la baisse des titres à revenu variable, de même que l'an dernier nous signalions un mouvement en sens contraire.

Pour la Bourse et le monde des affaires, 1900 aura été, tout à la fois, une année de hausse dans le premier semestre et de baisse dans le second. A-t-elle été une année de « crise »? En aucune façon. Elle aura été une année d' « allégements », de « liquidation » d'opérations mal engagées sur une quantité d'affaires industrielles, minières, métallurgiques, de charbonnages. La spéculation a perdu beaucoup et les capitalistes qui dé-

res.

sériaient les rentes et les titres à revenu fixe ont subi de gros déboires.

La petite épargne a perdu dans les placements en Résuitau pour valeurs industrielles qu'elle a faits; mais ses pertes sont atténuées en partie, sinon en totalité^ par la plus-value de ses titres à revenu fixe.

Les pertes sont graves, surtout dans la grosse clientèle du marché, dans le groupe des capitalistes et spéculateurs, des habitués de la Bourse, des « gens du monde et des cercles », toujours à l'affût de nouvelles affaires, toujours prêts à entrer dans des syndicats, à prendre des participations et qui les recherchent bien moins pour le revenu qu'ils peuvent en tirer que pour la plusvalue que ces opérations peuvent donner au capital engagé. Grand nombre de syndicats et de participations financières sur les titres de tramways, traction, charbonnages, mines, sociétés métallurgiques, n'ont pu se liquider. Quand cette liquidation se fera, les syndicataires peuvent s'attendre à subir d'assez grosses pertes. Ce sont des accidents regrettables, sans doute, mais qui, en somme, n'atteignent pas la véritable épargne. Le marché, néanmoins, se ressent de cette situation, car les capitaux immobilisés dans ces opérations qui restent à liquider, manquent aux nouvelles alTaires à créer.

Les rentiers et porteurs de rentes françaises, obhgations de chemins de fer, du Crédit foncier, des grandes sociétés industrielles et de plusieurs rentes et compagnies étrangères n'ont pas à se plaindre de l'année 1900 : elle marque le relèvement des fonds d'Etat et titres à revenu fixe et ce sont elles qui se trouvent en majeure proportion dans les portefeuilles. Cette amélioration se trouve néanmoins diminuée par la baisse des autres titres à revenu variable. Il n'est guère de rentier qui, entraîné par le mirage des titres qui « peuvent monter » ou qui donnent de « gros revenus », n'ait en portefeuille un ou plusieurs titres miniers, industriels, métallurgiques, etc.

Bilan général. En résunié et à un point de vue général, en établissant comme dans un bilan l'actif et le passif de cette année 1900, nous pouvons dire que ses profits l'emportent sur ses pertes et qu'elle a consolidé, malgré certaines défaillances, l'amélioration acquise pendant les années précédentes. Tous les faits économiques le prouvent : 1° Plus-value et rentrée régulière et par anticipation des impôts, ce qui indique que le contribuable supporte facilement ses lourdes charges ; — 2° Augmentation du produit de la taxe sur le revenu des valeurs mobilières qui aura dépassé cette année 78 millions, chiffre qui n'avait jamais été atteint, ce qui prouve nue la somme totale des revenus des particuliers constitués en titres mobiliers s'est accrue ; — 3° Maintien des produits élevés de l'impôt sur les opérations de bourse, ce qui montre qu'en somme les transactions pour l'ensemble de l'année qui, depuis six mois, laisse beaucoup à désirer, ne sont pas inférieures en nombre à celles de l'an dernier ; — 4° Augmentation de 84 millions environ sur les recettes des chemins de fer ; — 5° Accroissement du mouvement de la navigation ; — 6° Abondance des capitaux en dépôt dans les sociétés de crédit et à la Banque, à aucune époque ils n'ont été plus élevés ; — 7° Taux de l'escompte meilleur marché que sur aucune place du monde ; — 8° Jamais le compte courant du Trésor à la Banque n'a été plus gros, c'est-à-dire que jamais ses disponibilités n'ont été plus fortes ; — 9° Ajoutons encore que notre pays dispose d'une épargne qui s'accroît sans cesse et que les rentes françaises, expression du crédit public, se capitalisent à moins de 3 % et, dans l'étiage du crédit et de la confiance, sont le plus haut cotées.

Mais tous ces résultats indéniables seraient vite détruits, et ce sera notre conclusion finale et comme la synthèse aussi bien des événements qui se sont accomplis sous nos yeux que de ceux qui se préparent, si l'ordre, la paix à l'intérieur et à l'extérieur, n'étaient pas énergiquement maintenus, si nous n'avions pas un Trésor

Dcsflnancea li bres el fortes

bien garni, des finances « libres et fortes « suivant un(i expression de M. Ribot, que nous aimons souvent à répé ter ; si nous n'avions pas un marché financier large, ouvert à toutes les initiatives ; si V « obsession fiscale » Nécessité de devait continuer à agiter nos législateurs (1). Il faut wllion lUc^ie"'*' prendre résolument la décision de laisser le contribuable, le rentier, vivre en paix ; il faut penser à aug- ^ menter le travail productif du pays ; c'est, comme le disait M. Caillaux, une « orientation nouvelle » qu'il faut imprimer aux esprits; ce sera la meilleure façon d'accroître les recettes du Trésor.

L'année 1900 contient de sérieux avertissements, aussi bien pour le monde politique que pour le monde financier ; les capitalistes, les rentiers et spéculateurs, personne ne doit les oublier. La prudence doit être conseillée à tous.

La fin de l'année 1900 est aussi la fin du siècle.

Les révolutions qui se sont accomplies sont considérables; elles ont bouleversé les anciennes conditions de la vie si complètement et si universellement, qu'à peine pouvons-nous apprécier l'immensité du changement ou apercevoir les plus prochaines conséquences qu'il va entraîner.

Qu'on essaye de se représenter ce que pouvait être un gouvernement en 1815, lorsqu'il n'y avait ni télégraphe pour relier le centre aux provinces ou un général avec ses corps de troupes, ni chemins de fer pour transporter troupes ou dépêches. Les armées étaient munies d'armes enfantines. Les colonies pouvaient succomber sans que personne en fût averti et avant qu'on ait pu contourner l'Afrique pour les secourir. Au-dedans, le peuple était mal nourri, mal habillé, ignorant. Peut-on se représenter ce qu'était alors une grande ville, resser-

La fin du siècl«.

Conclusion.

(1) Voir notre étude Encore l'obsession fiscale, in-8' 1900.

rée, malpropre, bien petite à côté des nôtres ? Qu'était-ce alors que le budget d'un Etat? Qu'était sa dette publique? L'imagination qui ne peut recréer ce passé qu'à l'aide des statistiques dressées dans notre siècle pour la première fois, n'est pas moins impuissante à tracer de l'avenir un seul trait qui ait chance de se trouver exact, d'autant plus qu'un des principaux caractères du siècle est que les changements qui s'y sont produits ont été soudains, imprévus, plus qu'en aucun autre.

Gomment les hommes de la Révolution voyaient-ils l'avenir? Comme le champ d'action de nouveaux romains vertueux et sensibles. Vertueux, nous le sommes fort en paroles, comme dans tous les temps; il n'y a pas eu là de révolution. Sensibles, nous le sommes heureusement, car jamais l'humanité souffrante n'a été plus intelligemment secourue que de nos jours, jamais l'homme ne s'est penché sur les misères de l'homme avec une plus ferme volonté d'être humain. Mais les hommes de 1789 prévoyaient-ils les bouleversements industriels du monde, la concurrence des marchés universels, la lutte pour la houille, forme moderne de la lutte pour la vie, le mouvement de la population? Soucieux avant tout des droits de l'individu, pouvaient-ils prévoir le développement des sociétés commerciales et des, grandes entreprises collectives? Prévoyaient-ils et pouvaient-ils prévoir la transformation des métiers en machines, la toute-puissance de la mécanique et de la chimie? Ils en étaient à l'Encyclopédie; l'électricité n'était qu'une force amusante, un curieux caprice de la nature; la chimie n'était pas sortie des laboratoires. Aussi la révolution industrielle du xix* siècle a, par sa soudaineté, déconcerté les plus avertis. Les sciences, force immense dont on ne soupçonnait pas les conséquences, ont déroulé comme au hasard la série des effets bons, terribles ou pernicieux. Maintenant, ces forces sont déchaînées ; personne ne peut dire où elles nous conduisent.

Déjà des époques récentes, comme 1870, semblent reculées d'un siècle par la transformation des moyens d'exis-

tencc cl des conditions de gouvernement. L'armée de 1870 est peu nombreuse et mal armée, si on la compare à notre nation armée et armée du Lebel. Le téléphone succède au télégraphe et, à ce dernier, le télégraphe à ondes électriques. Cependant, il y a toujours des souspréfets, preuve précisément de la rapidité de la révolution. Elle est telle, que les gouvernements n'ont pas eu le temps de se mettre au niveau des exigences modernes; les idées du public, même du public gouvernant, sont en retard et l'ont toujours été sur les idées du temps. Sur une foule de points, les gouvernements vivent encore, ^ leur insu, dans le passé. C'est ainsi qu'avec les trains-éclairs, nous avons encore l'octroi et la douane, comme, avec les valeurs mobilières, nos codes distinguent toujours entre les meubles et les immeubles et ne croient sûrs que les placements immobiliers! L'humanité de 1901 n'est plus la même humanité que celle de 1800. Elle est plus nombreuse, elle sera demain à l'abri de la misère et de l'ignorance, mais elle est tout cela sans le savoir encore. Par routine, elle agit comme hier, elle fait la guerre, elle est encore barbare, car on ne change pas ses habitudes du jour au lendemain. Mais arrêtons les prophéties. Il est toutefois tentant de répéter le vœu de Michelet : « Au xx* siècle, la Franc* donnera la paix au monde », et de fermer l'oreille au bruit des canonnades africaines ou asiatiques. La guerre est partout : au Transvaal, en Egypte, au Soudan, à Madagascar, en Chine, en Sibérie, aux Philippines, en Colombie. Pour prévoir la paix, il faut être très optimiste, ou se rappeler que si le temps est quelque chose pour les hommes, il n'est rien pour la nature et que la parole de Michelets à de graves accidents près, peut être vraie. La rapidité des communications jointe à la diffusion de l'instruction peuvent, en effet, par leur réunion, amener la civilisation générale à un degré qu'elle n'a pas encore atteint ; l'espérance reste permise.

La première année du xx' siècle, 1901, qui s'achève ce que 1901 a

^ , . 1 - x ,. eteà 1 étranger.

est pleine de contrastes a en juger par les faits politiques et économiques qui se sont produits en France, en Europe et au delà de l'Océan. L'Europe est en paix. La guerre de Chine est terminée ; les troupes alliées sont rentrées dans leurs foyers. Des difficultés, aujourd'hui aplanies, ont surgi au Maroc et en Turquie ; mais, dans l'Afrique du Sud, la guerre continue toujours. Des difficultés s'élèvent entre le Chili et la République Argentine, menaçant d'entraîner dans le conflit le Brésil et le Pérou ; la situation est troublée au Wen»^ zuela et en Colombie. En Europe, les armements se développent, accroissent les charges des contribuables, augmentent les déficits des budgets et obligent tous les Etats à recourir à des emprunts.

Des crises industrielles et financières graves ont irj^,î"è^^|t g^""" frappé l'Allemagne, la Belgique, la Russie ; elles ne sont cières. pas encore éteintes, la situation n'est pas redevenue normale. La continuation de la guerre du Transvaal a bêuleversé les finances de la Grande-Bretagne : le bud- , finances «d-

° glaises.

get britannique a presque doublé en trois ans ; plus de 4 milliards ont été empruntés ; les impôts ont été accrus dans de-; proportions considérables. L'income-tax était de 8 d. à la livre en 1898-1899 : il s'élève pour 1901-1902 à 1 shilling, les Consohdés anglais sont tombés un ins-

tant jusqu'à 91 francs, cours qu'ils ne connaissaient pas depuis 50 ans, pour se relever légèrement. Depuis 1899, raugmentation de la dette égale les amortissements effectués depuis un demi-siècle. Les grandes industries, le commerce intérieur et extérieur, souffrent cruellement. Les statistiques commerciales indiquent pour les onze mois de Tannée courante plus de 13 millions de livres sterling, soit 325 millions de francs, de diminution dans les affaires extérieures. La Grande- Bretagne, après une suite presque ininterrompue de prospérité, subit, avec ténacité et persévérance, répreuve la plus dure qu'elle ait traversée depuis ses guerres contre Napoléon l*'^ KtTte^L'nt?^ ^^^ Au delà de l'Océan, les Etats-Unis ont donné le spectacle d'une prospérité et d'une activité d'affaires vertigineuse : comme contraste, le monde entier a assisté avec stupéfaction à des mouvements formidables d^i hausse, de baisse, de reprise, sur les valeurs dont la spéculation s'occupait le plus, notamment les titres de chemins de fer. Il a entendu parler de « trusts » de plusieurs milliards. Les journées des mois d'avril à juin resteront légendaires à la bourse de New-York. On a vu, par exemple, les actions de la Northern Pacific hausser dans une journée, de 150 dollars à 1,000 dollars; c'est à dire de 750 francs à 5,000 francs; puis, reculer aussi brusquement qu'elles avaient haussé. On a entendu parler de trains de chemins de fer commandés spécialement pour expédier à New-York des titres vendus et qu'il fallait livrer en temps. Des opérations roulant sur des centaines de millions et des milliards ont été annoncées, sous forme « de trust », de « càrtells », expressions qui se résunient en un seul mot qui signifie : accaparement. A côté de ces spéculations énormes, il faut signaler le développement de l'agriculture, de l'industrie minière, métallurgique. Les Etats-Unis, dont la population s'accroît avec rapidité, sont devenus exportateurs des produits de leur sol et de leur industrie ainsi que de capitaux.

Le Nouveau Contiaent peut aujourd'hui prêter des fonds à la vieille Europe qui s'endette chaque année de plus en plus. Deux des plus grands. Etats européens, rAllemagne et la Grande-Bretagne, se sont adressés au marché de New- York, en 1900 et 1901, pour placer leurs emprunts.

Autres contrastes encore. L'Europe plie sous la charge toujours croissante de ses budgets, elle peut diflicilement satisfaire à tous ses besoins. Les Etats-Unis plient sous le poids d'un véritable embarras de richesses ; l'emploi de leurs excédents cause des soucis au secrétaire d'Etat qui administre les finances. La dette publique des Etats-Unis a été réduite dans de vastes proportions ; les impôts sont minimes ; le Trésor public ne sait, en quelque sorte, « que faire de son argent. » Mais, par une singulière ironie, les Etats-Unis, dont les dépenses militaires étaient minimes, alors que l'Europe n'a cessé d'y consacrer non seulement le plus clair de ses ressources mais même ce qu'elle ne possède pas, veulent maintenant avoir une armée et une marine puissantes. Le projet de budget de 1902 s'élève à 3 milliards 54 millions. Sur cette somme, le budget de la guerre absorbe 805 millions et celui de la marine 505 millions. Les Etats-Unis n'ont plus rien à nous envier. Cet état d'esprit qu'on a dénommé « l'impérialisme » a pris naissance lors de la guerre hispano-américaine : il s'est développé pendant et depuis la guerre de Chine. On a vu, en 1900 et 1901, les troupes des Etats- Unis marcher, côte à côte, avec les troupes européennes et japonaises. L'infiuence de ce grand pays a été telle, que lors du règlement de l'indemnité chinoise, l'onb nion du gouvernement des Etats-Unis a prévalu sur celle des puissances alliées.

La Chine a supporté avec un calme véritablement oriental les efforts de l'Europe, des Etats-Unis et du Japon, alliés contre elle pour obtenir réparation des injures et des préjudices qu'elle avait causés. Elle a été battue; les Boxers ont été dispersés; les légations euro-

Contrastesavec l'Europe.

PassivllÊ chinoise.

pon.

péennes ont été sauvées ; Pékin, le palais impérial, les tombeaux des empereurs ont été occupés. Quand l'heure du règlement final est arrivée, la cour chinoise s'est enfuie et n'est pas encore rentrée, dans la capitale. Il a fallu de longues tergiversations pour négocier de la paix et de ses conditions et trouver un négociateur chinois. Presque par lassitude, les plénipotentiaires des gouvernements alliés ont fini par accepter un régis ment dont le payement exigera 78 semestrialités, soit :39 ans. La passivité chinoise a été telle qu'on peut £0 demander si celte expédition a beaucoup grandi l'influence européenne et ne semble pas avoir causé à la Chine autre chose qu'une simple égratignure. Progrès du Ja- j^^ Japon, dout les progrès économiques ont été si rapides depuis plusieurs années, s'est débattu et se débat encore contre des embarras budgétaires, conséquences d'un développement industriel trop rapide et de d/;penses militaires trop lourdes.

Ce que i9(M La Prancc a-t-elle échappé à ces contrastes que nous

a ete en France. "^ "^ ^

venons de rappeler? Si fan 1901 a été calamiteux en Allemagne, dans la Grande-Bretagne, en Belgique, en Russie, prospère aux Etats-Unis, qu'a-t-il été en France, qu'a-t-il fait, qu'a-t-il produit?

La réponse peut être résumée en quelques mots : 1901 est une année de fléchissement, de liquidation et d'avertissements. On ne peut dire que ce soit une bonne année quand on examine le rendement de plusieurs revenus budgétaires; quand les recettes des chemins de fer présentent de grosses diminutions ; quand un temps d'arrêt s'est produit dans les afl'aires industrielles ; quanl la baisse déprime l'ensemble des valeurs à revenu variable et frappe les titres de tout ordre, les sérieux et les douteux, les bons et les mauvais. -

On ne peut dire, si on consulte son portefeuille, que ce soit une bonne année ; on ne peut le dire davantage

1901. — FLÉCHISSEMENT ET UQUIDATION

quand on compare les prix de vente des produits de la terre à ceux des années précédentes ; quand le producteur de blé se plaint de la baisse des prix ; quand le viti culteur se plaint de la mévente de ses vins.

Serait-il donc juste de dire que 1901 a été une année de crise?

En aucune façon.

Nous avons eu i supporter le contre-coup des crises industrielles, commerciales, financières qui ont sévi en Europe ; nous n'avons bénéficié en rien des événements qui se sont accomplis aux Etats-Unis. Bien au contraire, cette prospérité paraît être tellement brillante qu'on se demande si elle n'est pas factice ou exagérée ; dans tous les cas, elle commande la prudence et la réserve. Les Etats-Unis ont eu, eux aussi, un boom épouvantable sur les chemins de fer dont nous ne pouvons, en Europe, nous faire une idée. Ce boom a bouleversé le marché de New-York pendant plusieurs jours, ainsi que le continent européen. Ce mouvement s'est calmé quand les auteurs ont compris qu'au lieu de s'entretuer ils feraient mieux de s'entendre. La spéculation aux Etats-Unis a pris une telle intensité tant dans les affaires commerciales et industrielles que dans les affaires de bourse ; il s'est commis de telles exagérations à propos de trusts, de cartells, d'accaparement de matières premières ou de valeurs mobilières ; la machine a été tellement chauffée et surchauffée qu'un jour ou l'autre — et on peut déjà signaler quelques craquements avertisseurs, — les Etats-Unis n'échapperont pas à la « crise » européenne. Cette crise sera d'autant plus violente que les excès de la spéculation ont dépassé toute limite ; les millions et les milliards boursoufflés seront réduits à leur juste valeur.

Nous avons eu aussi à supporter le contre-coup de la crise financière des marchés allemands bouleversés par les faillites retentissantes des banques hypothécaires par les chutes de nombreuses sociétés industrielles, la baisse ou plutôt l'effondrement de tous les titres de jes

Inflncirce de»

faits exlériciirs.

Contre- CHU p des crises européennes.

Contre-coup de la crise tinancière alleniatuic, belge et anv-'laise et de la crise industrielle russe.

compagnies, la ruine des actionnaires et commanditaires, le suicide de plusieurs de leurs chefs. Nous n'avons pu non plus rester indifférents à la situation embarrassée du marché de Bruxelles qui devait, lui aussi, souffrir de la crise intense qui a frappé les sociétés et valeurs russes et la plupart des titres allemands. La gêne du Trésor anglais et les embarras budgétaires de la Grande-Bretagne, ses appels successifs au crédit, ne pouvaient manquer d'exercer leur répercussion sur nos propres affaires. Nous avons surtout souffert de îc crise industrielle en Russie, crise plus intense que partout ailleurs, parce que, comme le disait récemment à la Société d'économie industrielle et commerciale un des hommes les mieux placés pour bien connaître et apprécier sainement cette situation, M. A. Raffalovich, « aux causes générales qui ont produit cette crise sont venues s'ajouter, pour la Russie, des causes locales, un large accroissement de concurrence intérieure, un resserrement inusité du crédit, et aussi, il faut le dire, parce qu'elle frappait des entreprises naissantes mal préparées à la résistance, souvent même dépourvues des capitaux nécessaires à l'achèvement de leur installation. »

mar°chés"'^ <*«» Lcs marchés sont solidaires. Malgré les douanes et les douaniers, malgré les lois restrictives et prohibitives, les malaises et les crises qui éclatent dans les pays consommateurs ou producteurs se répercutent sur les affaires et sur la situation économique des autres nations. Quand les capitaux sont recherchés et, conséquemment, plus chers sur une place voisine, la répercussion se produit sur celles où les capitaux sont plus abondants et moins chers. Quand les affaires industrielles et commerciales languissent ou diminuent, les pays voisins en subissent le contre-coup.

UI

A côté de Tinfluence des faits extérieurs, faits financiers et commerciaux, faits politiques comme les événements de Chine, la continuation de la guerre du Transvaal, ou bien, dans une moindre mesure, les difficultés avec le Maroc et l'envoi d'une croisière à Mitylène, il faut tenir compte aussi de nos propres difficultés.

Nous avons supporté le poids de nos propres embarras que l'esprit de parti a exagérés. Jamais les questions budgétaires n'ont été discutées avec autant d'âpreté que cette année. On a insisté outre mesure sur les diminutions de recettes budgétaires qui devaient, inévitablement, se produire et se seraient produites sous n'importe quel ministère. Les partis politiques ont pris comme champ de bataille les finances de l'Etat, au risque de leur porter un coup funeste en répétant, ce qui n'est pas, qu'elles allaient de mal en pis.

Et cependant, aussi peu favorables et aussi agitées que soient plusieurs parties qui la composent, on ne peut dire que 1901 ait été pour la France une année de crise. Bien des preuves, au contraire, attestent la vitalité, l'énergie de notre pays et prouvent qu'il a droit d'avoir toujours conftance dans l'avenir.

Jamais les disponibilités de l'épargne, ainsi qu'en témoignent les dépôts de fonds dans les sociétés de crédit, n'ont été aussi considérables.

Jamais l'encaisse métallique or de la Banque de France n'a été aussi élevée. La Banque de France, au 19 décembre de cette année, possédait 2 milliards 465 millions en or, en augmentation de 143 millions sur l'année précédente, qui était elle-même en accroissement sur 1899 et 1898. Son encaisse totale, or et argent réunis, est en augmentation de 136 millions sur 1900, alors que la circulation des billets est en diminution de 63 millions sur les chiffres de l'année dernière; les comptes courants des particuliers qui s'élevaient au

Kails politiques extérieurs.

Questions budgétaires.

Finances publiques injustement attaquées.

Situation de la Banque de Frau-

20 décembre 1900 à 459 millions étaient de 591 millions au 19 décembre 1901. Ces chiffres comparatifs peuvent être résumés dans le tableau suivant :

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