Finances du Canada
En proposant que vous quittiez le fauteuil et que la Chambre se forme en comité des voies et moyens, je désire faire mon exposé financier.
On me permettra peut-être de dire que jamais encore, l'histoire politique du Canada en fait foi, le gouvernement n'a réuni- le parlement dans une condition financière aussi favorable que celle d'aujourd'hui, jamais encore le crédit du pays n'a été aussi élevé, jamais le pays luimôme n'a été aussi ou plus prospère que maintenant ; et je me propose d'établir, monsieur l'Orateur, dans l'exposé que je vais faire à la Chambre, que cette prospérité est, dans une grande mesure, le résultat de la politique iu gouvernement acceptée par les chambres.
Je sais, monsieur, que, dans la pensée de quelques-uns de mes amis de l'Opposition, j'ai entrepris une tâche herculéenne
QUELQUES VOIX.— Ecoutez ! Ecoutez !
Sm LEONARD TlLLEY.— J'entends d'honorables députés de la gauche murmurer. En dépit des prédictions que ces messieurs faisaient
en 1879 au sujet de cette politique — je suis maintenant en mesure de faire voir ses résultats après une expérience de moins de trois ans— j'espère pouvoir les convaincre que cette même politique a contribué pour beaucoup à amener l'état de choses que nous constatons dans le pays.
Je regrette, monsieur, que des circonstances m'aient empêché d'assister à la séance de mardi et à celle d'hier après-midi, pour écouter les discours qu'ont prononcés les honorables députés de Brant-sud et de Norfolk. Je me souviens que l'année dernière le premier de ces messieurs a provoqué, comme dans la présente occasion, un débat sur la politique du gouvernement et sur les effets du tarif, avant même que l'exposé financier ne fût présenté ; et je lui ai fait observer alors qu'il n'était pas d'usage d'en agir ainsi. L'honorable député me répondit que, comme la session durait depuis six semaines, nous avions été si lents à déposer le budjet qu'il ne pouvait pas attendre plus longtemps. Mais cette fois, quoique quinze jours ne fussent pas encore écoulés depuis la rentrée des chambres, l'honorable député était sur pieds et essayait, comme l'année dernière, d'amener un débat qui n'a lieu d'ordinaire qu'après l'exposé financier.
Il était suivi, hier, par l'honorable député de Norfolk qui traitait, lui aussi, de la politique fiscale de l'administration. Je ne puis m'empêcher de songer que l'honorable député de Huron-centre pourrait bien, quand viendra le temps, si ardemment désiré par les honorables membres de l'Opposition, où ils changeront de fauteuils avec nous, avoir des rivaux qui lui/disputeront son ancien portefeuille ; mais les honorables députés de Brant-sud et de Norfolk — pourvu qu'ils adoptent notre politique qui, je l'ai dit en d'autres occasions, est la seule qu'ils aient à suivre pour arriver sur ce côté de la Chambre — auront l'avantage sur lui, parce qu'ils pourront s'autoriser des discours admirables et si pleins d'énergie qu'ils ont prononcés il y a trois ou quatre ans en faveur d'une politique de protection.
M. l'Orateur, la position du gouvernement, quand il présenta ce qu'on est convenu d'appeler la politique nationale, était difficile. On e livrait à une foule de conjectures, même parmi quelques-uns de ses amis et partisans, sur l'effet qu'aurait l'adoption de cette politique. Ils se demandaient, et d'honorables messieurs de la gauche se demandaient
pareillement si, étant une politique protectrice, elle nous fournirait un revenu suffisant, ou bien si, au contraire, c'était un tarif basé sur les besoins du revenu, il donnerait aux industries nationales la protection que réclamait le peuple, ainsi que les élections de 1878 en faisaient foi : et, nécessairement, nous qui avions étudié cette question avec soin, nous avions à en prévoir jusqu'à un certain point les effets. Mais, M. l'Orateur, les opinions que nous avions en 1879 devaient être confirmées en 1880 par une expérience de neuf mois ; elles l'étaient encore davantage en 1881, car les preuves s'étaient accumulées pour nous donner raison : et aujourd'hui nous sommes dans une position inattaquable quant aux résultats du tarif sous le double rapport de la protection et du revenu.
Je me souviens que lorsqu'à la dernière session, faisant mon exposé financier qui accusait un déficit apparent de $1,500,000, j'expliquai que l'opération du tarif aurait suffi à faire face aux dépenses nécessaires si nous n'avions pas l'année précédente reçu un revenu considérable de certains articles consommés l'année suivante, d'honorables membres de la gauche tournèrent cette idée en ridicule, et déclarèrent que l'explication ne valait rien et que le gouvernement avait un déficit à annoncer à la Chambre. Mais mon assertion était vraie. Elle établissait qu'en en ce qui concerne le revenu, le tarif pouvait produire des ressources telles que, si nous avions les $700,000 de douanes perçues l'année précédente sur des articles consommés durant l'année et $500,000 ou $600,000 d'accise perçues l'année précédente, en prévision de la modification du tarif, sur des articles consommés l'année suivante, le déficit n'aurait pas été de plus de $200,000, ce qui démontre que les estimations du gouvernement étaient justes.