SURPLUS
Mais aujourd'hui, non-seulement nous n'avons plus aucun doute quant au revenu que le tarif peut produire ; nous avons devant nous les résultats de l'année dernière, nous avons sur le bureau de la Chambre les Comptes Publics et des relevés qui établissent, non-seulement l'absence d'un déficit, même de $200,000, mais au lieu d'un surplus que nous avions estimé à $2,000,000, un surplus réel de $4,132,743 comme résultat de l'opération de ce tarif.
Au cours du débat de la réponse au discours du trône, l'honorable chef de l'Opposition — je regrette qu'il ne soit pas ici présent, et nous déplorons vivement les circonstances qui motivent son absence — a dit qu'il ne pouvait pas comprendre comment il se faisait que le gouvernement avait demandé au peuple de supporter le nouveau fardeau du surplus, à moins que ce ]ne fût à la manière de l'homme qui fut rencontré montant une côte chargé d'un lourd barreau sur ses épaules et qui, répondant à la question qu'on lui posait pourquoi il s'était chargé d'un pareil fardeau, disait que c'était pour le plaisir qu'il aurait ensuite de le mettre à terre.
A ce propos permettez-moi, M. l'Orateur, d'établir un contraste entre l'effet qui fut produit par l'augmentation de $3,000,000 de taxes imposées en 1874 par mon prédécesseur et celui de notre proposition de 1879. En 1874 l'honorable monsieur qui m'a précédé au ministère des Finances demandait au parlement de lui donner, indépendamment de ce que pouvait lui rapporter le tarif d'alors, $3,000,000 pour exécuter les travaux publics, terminer le chemin de fer du Pacifique et acquitter d'autres engagements auxquels l'administration était liée. Quel en a été le résultat sur le revenu? L'année suivante, il y avait une augmentation d'environ $2,000,000 dans le Trésor; mais de 1875 à 1879 ce tarif n'a produit qu'une moyenne de $12,500,000 par anné. Si le tarif n'avait pas subi de modifications en 1879, les recettes provenant des douanes n'auraient été qu'un peu plus de $12,000,000.
Sm RICHARD J. GARTWRIGHT.— Non.
Sm LEONARD TILLE Y.— Bien, je ne dirai pas seulement oui, mais je vais le prouver. Qu'est ce qui avait amené ce résultat? la stagnation générale qui existait dans le pays Vous pouvez imposer un fardeau à un homme, mais si vous ne lui donnez pas de la nourriture, de quoi se soutenir, il ne pourra porter ce fardeau. L'honorable monsieur (Sir Richard) a imposé des fardeaux au peuple, mais il ne lui a pas donné de quoi prendre des forces pour les supporter. Quelle était, à cette époque, la situation de nos populations? Grâce aux prix excessivement bas de tous les articles fabriqués et des produits des Etats-Unis, grâce à la condition dans laquelle se trouvait alors ce pays, le tarif que l'honorable monsieur proposa était un aliment et un encouragement pour l'étranger, mais cet, aliment et cet encouragement étaient refusés
à nos populations. Pendant que celles-ci lui demandaient du pain, il leur donnait de la pierre; aussi, par tout notre pays, les manufactures ou étaient fermées ou ne fonctionnaient que la moitié du temps.
M. McKENZIE.— Non ; il vous faut aussi prouver cette assertion.
Sir LEONARD TILLE Y. — Eh ! bien, je puis l'établir, car j'ai vu moi-même quelques-unes de ces manufactures fermées, et d'honorables membres de l'Opposition me demandaient, moins d'un an après, pourquoi nous ne les avions pas rouvertes Les gens n'avaient rien à faire, ils venaient frapper aux portes du parlement, aux portes du ministère des Travaux Publics pour demander de l'ouvrage, et ne pouvaient pas en avoir. Par conséquent, on ne devait pas s'attendre qu'ils pussent faire face aux exigences du tarif de l'honorable monsieur ; car, s'ils n'en avaient pas les moyens, ils ne pouvaient acheter ni les produits du Canada ni les articles importés d'autres pays. Aussi le revenu, au lieu d'augmenter, est-il tombé à ce qu'il était en 1874 avant l'élévation du tarif, et le peuple refusa de porter le fardeau qui lui était imposé.
Qu'avons-nous vu en 1879? Nous avons demandé au parlement d'opérer dans le tarif des modifications qui, non-seulement protégeraient les industries canadiennes, mais nous donneraient aussi une augmentation de revenu. Quelle a été la réponse ? J'ai dit en commençant qu'elle aurait été ample si les deniers qui appartenaient à l'exercice de 1879 avaient été versés cette année-là. Et, l'année suivante, quelle a été la réponse? Nous ayons eu un surplus de quatre millions de dollars et au-delà, parceque nous avions trouvé de l'ouvrage pour le peuple, parce qu'obtenant de l'ouvrage et de plus gros gages, il a pu acheter plus qu'auparavant. Ceux qui possédaient desaciions de banque en ont vu augmenter la valeur, les propriétaires de maisons vacantes en 1878-79 ont eu des locataires, et les revenus additionnels qu'il reçurent de tous côtés leur permirent d'acheter plus que les années précédentes ; ceux qui naguère travaillaient à demie-journée et à bas prix obtinrent des gages plus élevés et firent des heures supplémentaires ; les cultivateurs, qui ne trouvaient auparavant que de bas prix et des ventes difficiles, trouvèrent de gros prix et de" promptes ventes au ^comptant.
Résultat : nous avions porté à $1^,000,000 le chiffre de ce que nos populations pourraient verser dans le Trésor pour douanes, tandis qu'elles y ont contribué volontairement — c'est le mot — pour $1^,500,000.
Je dis volontairement parce que, parmi les augmentations de l'année dernière sur la précédente, $778,000 ont été payées pour objets de luxe, tels que vins, spiritueux, soies, satins et autres articles de cette nature. Ceci démontre très clairement que le peuple avait des ressources et que, ayant des ressources, il contribuait plus largement qu'auparavant au Trésor public. Ainsi, par exemple, pour les lainages fins, qui ne sont pas fabriqués au Canada, il a versé $400,000 de plus que l'année dernière ; pour les articles de coton, qui sont frappés d'un impôt de 20 pour cent, il a versé $300,000 de plus que Tannée dernière. Tout cela indique que le peuple a plus les moyens d'acheter. Nous avions donc estimé en moins l'amélioration de sa condition en calculant qu'il ne contribuerait que pour $17,000,000 : il a contribué $18,500,000.
Un fait important à noter : bien que nous ayons pendant ce même exercice déboursé $8,150,000 pour Travaux Publics et racheté pour $2,000,000 d'obligations courantes qui portaient 6 pour cent, le surplus de plus de $4,000,000, avec le montant des dépôts dans les caisses d'épargnes fédérales, $4,750,000, nous ont permis d'opérer ces paiements imputables sur le capital, et cependant notre compte d'intérêt a été de $90,000 moindre que l'année précédente. Voici comment j'explique la chose: nous avons servi $90,000 d'intérêt de moins qu'au précédent exercice; mais si nous prenons l'état de l'intérêt qui était dû pour l'année et le comptons comme tout acquitté — bien qu'il ne l'ait pas été entièrement dans le cours de l'exercice — il reste -encore $25,000,000 d'intérêt de moins que l'année précédente, nonobstant l'accroissement des dépenses pour le compte de la dette.
Maintenant on a dit que ce surplus est une charge inutile que nous n'aurions pas du imposer au peuple ; mais ceux qui professent cette opinion et prétendent qu'il est imprudent d'avoir un surplus de trois ou quatre millions de dollars, disent en même temps que les Etats-Unis acquittent leur dette à raison de $100,000,000 par année, et ils leur font de grands éloges à ce propos ; ils affirment que si nous ne surveillons pas nos affaires de près, nous serons soumis à des impôts qui, en présence du fait que la dette américaine sera bientôt totalement purgée et que nos voisins auront peu ou point de taxes, nous mettront dans une position très désavantageuse vis-à-vis d'eux. Eh ! bien, M. l'Orateur, si, selon ces messieurs, il est bon que les Etats-Unis aient un
surplus pour solder leur dette, je ne vois pas trop comment on puisse avoir objection à ce que le Canada ait un surplus, surtout quand ce surplus est perçu dans les circonstances dont je parle.