‹ Finances du Canada (volume 2)Chapitre 18 sur 20 · OPÉRATION DU TARIF · texte numérisé non relu

OPÉRATION DU TARIF

Jetons encore un dernier coup d'oiil, avant de terminer, sur les résultats du tarif. Quelle influence a t-il eu sur les intérêts divers du pays? Prenons par exemple les porteurs de titres. Il n'a pas nui à leur fortune. Les valeurs possédées par les capitalistes d'Ontario et de Québec, aux cours de cette semaine, représentent un capital de $30,000,- 000 au-dessus de ce que les cours cotés en 1879 auraient pu produire. A-t-il porté préjudice aux manufactures? Non, puisque, tout en vendant leurs produits moins cher que parie passé, leurs affaires se sont considérablement augmentées. Elles ont du travail autant qu'elles peuvent en exécuter, les ventes se font promptement, et môme avec des prix plus bas, les bénéfices sont meilleurs qu'auparavant.

Les ouvriers employés dans les manufactures en ont-ils souffert ? Non, puisque partout où les salaires n'ont pis été augmentés, ils ont un travail constant, au lieu des heures réduites d'autrefois. Dans bien des cas, non-seulement le travail est constant, mais il faut encore travailler la nuit, Leur situation esL donc meilleure qu'elle n'était autrefois, Comment se trouve le journalier aujourd'hui ? Il a du travail en quantité dans toutes les parties du Canada.

Une VOIX. — Non.

Sib LEONARD TILLE Y.— II a du travail en quantité, je le répète, et je suis surpris qu'un député puis.se dire u Non." Une VOIX.— Non.

Sm LEONARD TILLE Y. — Non ? Dans tous les cas, M. l'Orateur, sa situation s'est infiniment améliorée si on la compare à ce qu'elle était avant que le tarif actuel fût adopté. Le gouvernement n'est plus obligé de demander au parlement l'autorisation d'entreprendre des travaux d'intérêt public afin de donner de l'emploi à des ouvriers sans travail. Et le marchand ? r.,e négociant »n gros nous dit que son commerce a

6 Le, L'année dernière, le double de ce qu'il était en 1879, et plus considérable de 50 pour cent que ce qu'il était en 1880; que ses rentrées se font promptement, qu'il y a moins de banqueroutes et moins de pertes qu'auparavant. Et l'armateur? Celui-là, M. l'Orateur, est peut-être celui qui ressent le moins aujourd'hui les effets du changement survenu dans les industries et le commerce en général. 11 existe des circonstances qui influent sur les intérêts maritimes du Canada, et qu'il est impossible de modifier par des lois. Un fait, entr'autres : les navires en fer de l'Europe se substituent rapidement aux navires en bois du Nouveau-Monde, qui se construisent sur nos chantiers. Nous accordons un drawback qui compense, et au-delà, tout droit additionnel que l'on a pu imposer sur les matériaux employés pour la construction des navires, et j'en donnerai une preuve : c'est qu'un seul des dix-huit ou vingt constructeurs qui ont réclamé des drawbacks a demandé plus que les 75 centins accordés par la loi. Le drawback remet au constructeur plus qu'il ne paie pour les droits additionnels, et, dans bien des cas, il remet le montant entier de tous les droits perçus.

M. KILLAM. — Mais le gouvernement a fixé un drawback arbitraire.

Sir LEONARD TILLE Y. — Certainement.

M. KILLAM. — Si le montant du drawback a été arbitrairement lixé, pourquoi demanderai t-on davantage ?

Sin LEONARD TILLEY.* -Je parle des réclamations qui ont été faites avant que nous eussions adopté le système du taux spécifique. Lorsque nous avons annoncé aux constructeurs que les droits additionnels payés par eux sur les matériaux employés à la construction des navires leur seraient remis, le ministre des Douarfes a reçu des demandes de remise. Un seul constructeur a réclamé plus que le taux de 75 centins par tonne adopté par la suite ; et beaucoup n'ont demandé que la moitié de cette somme.

Et aujourd'hui, M. l'Orateur, nous venons proposer à la Chambre de donner une prime à une certaine classe de navires dont la construction fournira du travail à notre population ; à cette classe de navires qui est spécialement, adaptée à ia grande pêche. Nous faisons tout en notre pouvoir pour venir en aide à cette industrie, quoique, je l'admets, nous ne soyons pas en mesure de faire autant pour celle-là que pour d'autres.

Voyons maintenant le commerce de bois. On a dit que le gouvernement n'avait rien fait pour ce commerce. Je l'admets jusqu'à un certain point. Nous avons pu augmenter le prix de l'orge et des couvertures, si le commerçant de bois achète les articles de pacotille sur lesquels un droit de 45 pour cent est perçu. Mais, si l'on excepte ces articles, il est difficile de prouver qu'il paie une plus forte somme d'impôts, qui n'en doit verser au trésor comme contribution à la somme de $2.500,000 nécessaire pour couvrir les déficits des années passées. Il nous serait diliicile, je l'admets, de montrer qu'il retire de grands avantages d'une manière directe. Mais voici un raisonnement que je soumets à la Chambre. Chacun sait que, après trois ans d'expérience du nouveau tarif, les maisons vides ne portent plus l'affiche il à louer," qu'il y a par tout le Canada une augmentation de commerce de bois de construction pour la consommation locale, si on la compare avec celle de 1878, et chaque millier ou million de pieds de bois, vendu sur le marché local, diminue d'autant le total qui serait autrement exporté. Or, l'on sait parfaitement, dans les provinces maritimes, combien le prix du bois sur les marchés anglais et américains varie suivant l'offre et la demande. Ce que nous faisons pour le commerce de bois, c'est d'en accroître la demande pour la consommation locale.

Où en sont les industries minières? N'avons-nous rien fait pour elles? N'avons-nous rien fait pour les mines de charbon, en augmentant de 400,000 tonnes, l'année dernière, leur production annuelle, augmentation qui aurait été beaucoup plus considérable sans l'accident de la mine Albion? Il y a aujourd'hui deux hauts-fourneaux, où il n'y en avait qu'un auparavant, et l'on projette encore — le capital est versé— l'érection de nouveaux hauts-fourneaux à Montréal. Le gouvernement a reçu des propositions qui peuvent aboutir à l'établissement de nouvelles industries pour le travail du fer. Mais prenons les faits actuels ; ils prouvent que notre politique est très-avantageuse à cette industrie.

J'ai déjà dit un mot des effets du tarif sur l'industrie agricole. J'ai démontré que le cultivateur a obtenu un marché local, et de meilleurs prix, en écartant la concurrence américaine ; tandis que les articles dont il fait consommation n'ont pas augmenté de prix. Passons maintenant aux chemins de fer. On croyait que le tarif aurait pour effet ào. diminuer leurs transports, Si nous pouvions faire un calcul exact de

tons les produit?» manufacturés transportés par les chemins de fer, nous verrions que leur revenu a été considérablement augmenté. Comparez ce qu'ils transportaient des ports à l'intérieur en 1877-78, et ce qu'ils transportent aujourd'hui, en y ajoutant les produits des diverses manufactures qui expédient leurs produits dans tout le pays, et vous verrez que les chemins de fer bénéficient largement de la nouvelle politique.

A mon avis, tous les intérêts du pays ont largement et pratiquement bénéficié des effets du tarif. Cette politique nationale, aidée par la législation qui nous assure la prompte construction du chemin de fer du Pacifique, a eu pour résultat de nous placer dans la situation prospère et enviable où nous sommes. Nous sommes dans la meilleure position de toutes les nations du globe. Examinons la un instant. Nous voilà avec la perspective de dépenses considérables pour l'avenir, c'est vrai, mais avec un domaine riche, fertile, inépuisable et sans limites qui nous remboursera largement des dettes que nous aurons à contracter pour en tirer parti. Mieux encore, ce qu'il nous fallait débourser pour l'entretien de notre police et de nos Sauvages, et pour le maintien de la paix dans le pays, nous sera remboursé par le produit de la vente de ces terres. Et si nous ne devions pas tenir compte de la nécessité — d'une nécessité qui, je l'admets, s'impose au parlement et ne peut être méconnue sans nuire aux plus graves intérêts du pays — s'il ne fallait tenir compte de la nécessité où nous sommes d'offrir aux masses du Vieux-Monde et à la population de notre propre pays des concessions gratuites de terres dans noire grand Nord-Ouest, nous pourrions réaliser en quelques années, en vendant nos terres aux enchères, une somme suffisante pour nous couvrir, non-seulement de ce que nous avons déboursé jusqu'ici, mais de ce que nous aurons à débourser jusqu'à l'achèvement du chemin de fer.

Mais l'avenir nous le promet; notre dette va diminuer, les intérêts annuels vont décroître, nous pourrons offrir aux gens industrieux et honnêtes qui ne peuvent trouver du travail dans le Vieux-Monde, un loyer chez nous, des terres gratis dans un pays sillonné en tous sens par des chemins de fer, et par le meilleur système de canaux du monde, dans un pays dont les institutions protégeront leurs. vies, leurs biens et leurs droits, en offrant aussi un refuge aux opprimés, s'il en existe encore en Europe. Nous ouvrirons nos bras à tous, nous leur souhai-

terons la bienvenue, et nous ferons de notre Canada, comme je le disais ii y a quelque temps en terminant un discours, ce que la Providence a voulu en faire, une des plus grandes et des plus riches nations du monde, une nation à qui l'on sera fier d'appartenir, surtout ceux qui auront appuyé la politique qui nous aura donné tout cela, cette politique qui ne sera poiut changée, et qui devra être continuée par l'opposition ou par nous, car le peuple la veut permanente.

Nous sommes donc fiers et heureux de nous présenter devant le parlement pour lui exposer notre cause ; nous sommes prêts à défendre ici et ailleurs la position que nous avons prise. Nous savons bien que, lorsque les arguments de part et d'autre auront été entendus, lorsque nous aurons rencontré nos adversaires face a face, de même qhe nous sommes aujourd'hui plus forts qu'en 1878, de même nous serons encore plus forts à la fin de la session qu'aujourd'hui. Et quand viendra le temps de demander au peuple l'approbation de notre conduite, nous savons qu'il l'approuvera et qu'il nous renverra au parlement pour poursuivre et perfectionner la politique que nous lui avons donnée.

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